‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 115 sur 201 · CHAP. XXXV. SECOURS A LA LORRAINE, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. XXXV. SECOURS A LA LORRAINE, ETC

Lorraine obligea enfin une partie des habitants d'en sortir et de se venir réfugier à Paris; un grand nombre se vint jeter entre les bras de M. Vincent, comme au commun et au plus assuré asile des pauvres et des affligés. Il prit soin de les faire loger en divers lieux, leur procura du pain et des habits ; et ayant reconnu que, par le malheur du temps et faute d'assistance de leurs pasteurs qui étaient pour la plupart ou morts ou en fuite, il y en avait plusieurs qui depuis longtemps n'avaient point approché des sacrements, il leur fit faire deux missions dans l'église d'un village distant environ d'une demi-lieue de Paris, nommé La Chapelle, au temps des fêtes de Pâques pendant deux années consécutives 1 ; auxquelles missions il y eut un grand nombre de personnes de condition de Paris, qui eurent dévotion d'assister, les uns pour prendre part au travail, et les autres aux fruits et au mérite de l'œuvre par leurs bienfaits et aumônes. Et par ce moyen, ces pauvres gens en recevant le bien spirituel qu'on leur procurait furent aussi secourus pour leurs besoins temporels, les uns ayant été mis en condition, et les autres en état de gagner leur vie.

Or, entre ces réfugiés de Lorraine il se trouva plusieurs personnes de condition de tout sexe, gentilshommes et demoiselles, que la nécessité obligea aussi de venir à Paris. Y ayant vendu ce qu'ils avaient pu apporter et sauver du débris de leurs biens et s'en étant entretenus quelque temps, après que tout fut consumé, n'ayant plus de quoi subsister, ils se trouvaient pour la plupart réduits à una. nécessité d'autant plus grande qu'ils ne l'osaient faire paraître : la honte de se voir déchus de leur premier état leur fermant la bouche et les faisant résoudre à souffrir plutôt toutes sortes d'extrémités que de manifester leur pauvreté. Une personne d'honneur et de mérite en ayant eu connaissance en donna avis à M. Vincent, et lui proposa la pensée

i. En 1641 et iG\.2..

qu'il avait eue de chercher les moyens de les assister. A quoi il répondit : « O Monsieur, que vous me faites plaisir ! Oui, il est juste d'assister et de soulager cette pauvre noblesse pour honorer Notre-Seigneur qui était très noble et très pauvre tout ensemble. » Après quoi, ayant recommandé cette affaire à Dieu et considéré en lui-même par quel moyen il pourrait rendre cette assistance, il jugea que cette œuvre était un digne objet de la charité de quelques personnes de condition. Et en effet, il en disposa sept ou huit d'entre eux, qui étaient d'une insigne piété, du nombre desquels était feu M. le baron de Renty', dont la sainte vie qui a été rédigée par écrit et donnée au public après sa mort, peut servir d'un parfait modèle de toutes sortes de vertus aux âmes vraiment nobles.

Ces messieurs donc ayant été conviés par M.Vincent de s'assembler pour ce sujet, il leur parla si efficacement de l'importance et du mérite de cette œuvre de charité, qu'ils prirent résolution de se lier et associer ensemble pour secourir et assister cette pauvre noblesse. Et quelquesuns s'étant chargés de les aller voir en leurs chambres pour reconnaître plus en particulier leurs besoins, prendre leurs noms et savoir au vrai le nombre des personnes de chaque famille, le rapport en fut fait en la prochaine assemblée où ils se cotisèrent tous pour leur fournir la subsistance d'un mois. Depuis, ils continuèrent de s'assembler à Saint- Lazare tous les premiers dimanches des mois, et se cotisaient de nouveau selon les besoins de ces pauvres réfugiés. M. Vincent y contribuait toujours de son

1. Gaston de Renty, né en 1611, au Bény, dans le diocèse de Baveux. II fut un des plus dignes et des plus actifs coopérateurs de saint Vincent de Paul. A son château de Bény, il instruisait et servait lui-même les pauvres; à Paris, il les visitait tous les jours à l'Hôtel-Dieu, et chaque soir allait faire le catéchisme ou une lecture aux passagers de Saint-Gervais. Il n'avait que trente-huit ans quand il mourut. — Sa vie a été écrite par le P. J.-B. Saint-Jure, S. J.3 in-4, Paris, i65i.

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