‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 124 sur 201 · Séguier · texte numérisé non relu

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CHAP. XXXVII. LE CONSEIL DE CONSCIENCE ib"]

teur. Il fit toutes les instances qu'il put, pour obtenir la grâce, ainsi qu'il disait, d'être dispensé de cette charge; mais la reine, connaissant assez sa vertu et sa capacité, voulut absolument qu'il y demeurât. Il entra donc ainsi dans l'exercice de cet emploi en l'année 1643, par une pure déférence aux volontés de Sa Majesté, et avec une grande crainte, non pas de s'évanouir dans les honneurs du monde, dont il ne connaissait que trop la vanité, mais de n'en pouvoir pas sortir aussitôt qu'il l'eût désiré, pour vaquer seulement au soin de sa Congrégation et à la pratique de l'humilité et des autres vertus, qu'il préférait à toutes les grandeurs de la terre. C'est ce qui l'obligeait de s'adresser incessamment à Dieu, le priant tous les jours qu'il lui plût le délivrer de cet embarras; et il a dit à une personne de confiance que depuis ce temps-là il n'avait jamais célébré la sainte messe qu'il ne lui eût demandé cette grâce. Il la désirait jusqu'à un tel point que, s'étant retiré hors de Paris pendant quelques jours, et le bruit ayant couru qu'il était disgracié et qu'il avait eu ordre de se retirer de la cour, comme après son retour un ecclésiastique de ses amis se conjouissait avec lui de ce que ce bruit ne s'était pas trouvé véritable, il lui dit, en levant les yeux au ciel et frappant sa poitrine : Ah ! misérable que je suis, je ne suis pas digne de cette grâce.

Dieu voulut qu'il demeurât pour le moins dix ans dans cet emploi qui lui était très pénible, parce que c'était à lui qu'on renvoyait la plupart des affaires qui se devaien; traiter en ce conseil. Il recevait les placets qu'on présentai: à Sa Majesté, et prenait connaissance des raisons et des qualités des personnes qui demandaient ou pour lesquelles on demandait des bénéfices, pour en faire ensuite son rapport au conseil : la reine l'avait particulièrement chargé de l'avertir de la capacité des personnes, afin que Sa Majesté ne fût point surprise. Mais c'était un sujet digne d'admiration de voir ce grand serviteur de Dieu conserver une

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sainte égalité d'esprit au milieu d'un flux et reflux de personnes et d'affaires dont il était assailli continuellement, et posséder son âme en paix sous un accablement de distractions et d'importunités. Il recevait tous ceux qui le venaient trouver, toujours avec une même sérénité de visage; et, sans sortir de soi-même, il se donnait à un chacun et se faisait tout à tous pour les gagner tous à Jésus- Christ.

Il est vrai que qui l'eût considéré dans les occupations de ce nouvel emploi, joint à la conduite de sa Congrégation et des autres communautés, établissements et assemblées dont il a été parlé aux précédents chapitres, il eût semblé devoir être partagé et comme divisé en une infinité de soins et de pensées différentes; veillant et pourvoyante tout, et travaillant nuit et jour pour satisfaire à toutes ces charges que l'obéissance ou la chanté lui avaient imposées. Néanmoins, par un effet admirable de la grâce, on le voyait toujours recueilli en soi et uni à Dieu, toujours présent à lui-même et se possédant parfaitement avec autant de paix et de tranquillité que s'il n'eût eu aucune affaire; toujours prêt et disposé d'écouter ceux qui l'abordaient et de satisfaire à un chacun, sans rebuter jamais personne ni témoigner aucune peine, quelque importunité qu'on lui pût donner; recevant avec la même affabilité les petits et les pauvres, que les riches et les grands. Enfin, l'on peut dire de M. Vincent dans ce maniement des affaires publiques, ce que le saint Apôtre disait de lui-même, qu'il a été fait comme un spectacle au monde, aux hommes et aux anges: et que la cour a été comme un théâtre, où la vertu de ce fidèle serviteur de Dieu a paru dans 'son plus grand jour; où son humilité a triomphé des vains applaudissements des hommes; où sa patience s'est montrée invincible parmi les pertes, les afflictions et tous les traits envenimés de l'envie et de la malice; où sa fermeté à soutenir les intérêts de Dieu et de l'Eglise, s'est fait voir au

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dessus de toute crainte et de tout respect humain. C'est là qu'il a témoigné sa fidélité inviolable et son affection constante au service de Leurs Majestés; son respect et sa soumission envers les prélats; l'estime et la charité qu'il conservait en son cœur pour tous les ordres de l'Eglise et pour toutes les communautés ecclésiastiques et religieuses; le grand désir qu'il avait de bannir l'avarice et l'ambition de tous les bénéficiers, de remédier aux abus qui se commettaient dans l'usage des biens de l'Eglise et dans les moyens qu'on employait ordinairement pour parvenir aux bénéfices et aux autres dignités ecclésiastiques, de quoi il sera plus amplement parlé en la seconde partie '.

Mais ce qui est principalement digne de remarque et qui fait bien voir le parfait désintéressement de M. Vincent, est que la reine étant pour lors environnée et pressée de toutes parts de demandeurs et de personnes qui aspiraient avec ardeur aux charges, aux bénéfices et autres sortes de biens, il ne lui demanda ni ne lui fit demander aucune chose pour lui ni pour les siens; quoiqu'il fût si près de la source d'où ils découlaient abondamment sur tous les autres, et qu'il y ait grand sujet de croire que la reine, qui avait une estime particulière de sa vertu, l'aurait très volontiers gratifié de plusieurs choses s'il eût été dans la disposition de les accepter. Il courut même un bruit pendant quelques jours qu'il allait être cardinal, jusque-là que diverses personnes lui en firent compliment. Il est vrai qu'on ne sait pas si Sa Majesté eut ce dessein, comme on le disait publiquement; mais quoi qu'il en soit, l'on peut assurer que si elle avait eu cette intention, l'humilité de M. Vincent aurait été assez éloquente pour l'en dissuader 2.

i. Chap. xin.

2. Au Conseil de conscience, les vues souvent scandaleuses de Mazarin trouvèrent dans la conscience de Vincent une résistance dont le ministre sentit toute la puissance. Il n'osa essayer de la

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