CH. XXXVIII. — IL AIDE LES FILLES DE LA CROIX 2Ô
accru, pour affermir davantage un si bon dessein, elle en obtint l'approbation de M"'r l1 archevêque de Paris, et même l'érection de cette compagnie de tilles en Communauté et Congrégation formée sous le titre de Filles de la Croix ; ce qui fut ensuite autorisé par lettres patentes du roi vérifiées en la cour de parlement. Et Mme la duchesse d'Aiguillon, voyant le grand bien que cette nouvelle Congrégation pouvait produire dans l'Eglise, poussée par sa charité ordinaire contribua notablement pour les établir et fonder en la ville d'Aiguillon et ailleurs.
Plusieurs années se passèrent avant que cette Congrégation fût mise au point qu'il fallait pour subsister : les grandes et presque continuelles infirmités de Mme de Villeneuve y ayant apporté beaucoup de retardement, et enfin la mort l'ayant prévenue avant qu'elle eût pu donner la dernière perfection à ce qu'elle avait si bien commencé. De sorte que ces bonnes filles demeurèrent comme orphelines, ayant perdu leur mère; et cette perte leur arriva dans une conjoncture assez fâcheuse, en laquelle, Dieu le permettant ainsi pour en tirer sa plus grande gloire, on peut dire que Satan commençait d'attaquer leur Congrégation naissante pour la cribler, ainsi qu'il fit à l'égard des apôtres dans les commencements de l'Eglise, selon la prédiction de Jésus- Christ l. Il y avait pour lors, à la vérité, beaucoup de personnes de venu et de condition qui désiraient et s'employaient pour faire subsister cette Congrégation ; mais on y trouvait de si grandes difficultés, à cause des traverses qu'on lui donnait et d'autres fâcheux accidents qui lui arrivèrent en ce temps-là, que les personnes mêmes qui avaient plus d"affection et plus d'intérêt à sa conservation, concluaient presque toutes à la dissoudre ou bien à l'unir avec quelque communauté2. Sur quoi M. Vincent ayant été con-
i. Ecce Satanas expetivit vos, ut cribraret sicut triticum. (Luc, xxu.) 2. Aux Filles de la Providence, fondées par MUe Pollalion.
suite et s'étant tenu plusieurs assemblées en sa présence sur ce sujet, ce fut une chose merveilleuse que, nonobstant tout ce qui fut représenté pour faire voir que selon les apparences humaines elle ne pouvait subsister, ce grand homme, comme inspiré de Dieu, bien qu'il fût toujours assez tardif à prendre une dernière résolution dans les affaires de cette nature, et qu'il eût d'ailleurs difficulté d'approuver les nouveaux établissements, fut néanmoins absolument d'avis qu'on devait employer tous les moyens possibles pour soutenir et faire subsister cette Congrégation; et quoi qu'on pût dire au contraire, il tint toujours ferme dans ce sentiment. Il conseilla même à une vertueuse dame dont il connaissait le zèle et la charité, d'entreprendre cette bonne œuvre et de se rendre la protectrice et comme la tutrice de ces filles orphelines. Ce fut Mme Anne Petau, veuve de M. Renauld, seigneur de Traversai, conseiller du roi en son parlement de Paris. Déférant à cet avis de M. Vincent, elle s'est employée avec une affection infatigable à soutenir et défendre les intérêts de cette Congrégation des Filles de la Croix, qui a surmonté par son moyen et principalement par le secours de Dieu tous les obstacles qui lui étaient les plus contraires, et a été mise en état de subsister et de rendre comme elle fait, un service utile à l'Église. M. Vincent, non content d'avoir relevé de la sorte cette Congrégation qui semblait être sur le penchant de sa ruine et de lui avoir procuré un secours si favorable, exhorta de plus un ecclésiastique qu'il jugeait propre pour cet effet ', d'en accepter la charge de supérieur sous le bon plaisir de Mgr l'archevêque de Paris, pour aider ces vertueuses filles à se perfectionner dans leur état et pour suppléer à ce qui n'avait pu être fait du vivant de Mme de Villeneuve. Il lui donna ensuite, en diverses rencontres, plusieurs avis très utiles touchant la conduite de cette Congrégation à laquelle il a plu