CHAP. XXXIX. CONDUITE PENDANT LES TROUBLES
qu'il pensait selon Dieu être le plus expédient pour moyenner la paix et la tranquillité de l'Etat. Dans cette résolution, il partit de Saint-Lazare le i3 du même mois de janvier. Pour ne donner toutefois aucun ombrage de cette sortie, il mit une lettre entre les mains de celui auquel il laissait la conduite de la maison de Saint-Lazare pour la porter en même temps à M. le premier président1, par laquelle il lui déclarait le mouvement que Dieu lui avait donné d'aller à Saint-Germain faire ce qu'il pourrait pour procurer la paix; et que s'il n'avait pas l'honneur de le voir auparavant que de sortir, c'était pour pouvoir assurer la reine qu'il n'avait concerté avec personne de ce qu'il aurait à lui dire. Il crut devoir user de cette précaution pour deux fins : l'une pour ôter tout soupçon à la cour qu'il eût aucune communication avec ceux du parti contraire, et avoir moyen de parler plus efficacement à Sa Majesté quand elle serait assuré qu'il lui parlait seulement selon les mouvements qu'il en avait reçus de Dieu; et l'autre pour ne pas mécontenter le parlement, qui aurait pu trouver à redire qu'un homme comme lui eût quitté Paris de la sorte, s'il n'avait donné avis, à quelqu'un des principaux de ce corps, de son voyage et de son dessein.
Etant donc parti de grand matin, il arriva à Saint- Germain sur les neuf à dix heures, non sans péril, à cause du débordement extraordinaire des eaux et des courses que les soldats faisaient de tous côtés. S'étant présenté à la reine, il lui parla près d'une heure, et ensuite alla trouver M. le cardinal Mazarin, avec lequel il eut une assez longue conférence. Il fut reçu et écouté favorablement de Sa Majesté et de son Eminence, qui connaissaient assez la sincérité de son cœur et la droiture de ses intentions. Mais quoique sa remontrance n'eût pas alors l'effet qu'il eût désiré pour la fin qu'il prétendait, qui n'était autre que la paix et la