I. Mole
réunion parfaite de l'Etat, les affaires n'y étant pas encore disposées, il eut au moins cette satisfaction d'avoir fait tout ce qu'il avait pu pour témoigner sa fidélité et son zèle au service de Leurs Majestés, et tout ensemble son affection à procurer le bien public et le soulagement des pauvres, lesquels, quoique les plus innocents, ressentaient néanmoins plus vivement que tous les autres les coups de cette tempête.
Ayant donc fait ce pourquoi il était allé à Saint-Germain, il en partit le troisième jour pour aller à Villepreux ', ne croyant pas, pour beaucoup de raisons, devoir retourner à Paris. De Villepreux, il s'en alla en une petite ferme située en Beauce à deux lieues d'Etampes, en un pauvre hameau nommé Fréneville, de la paroisse du Val-de-Puiseaux, laquelle ferme avait été donnée à la maison de Saint-Lazare par Mme de Herse 2, pour la fondation de quelques missions. Il y séjourna l'espace d'un mois, pendant lequel on peut dire qu'il ne se sustenta que du pain de tribulation et de l'eau d'angoisse; la saison étant extrêmement froide et le logement très pauvre, où l'on manquait de toutes les commodités pour la vie, et où dans un temps de trouble et de guerre tout était à craindre. Là, M. Vincent demeura pendant ce temps comme un autre Jérémie, déplorant les misères de ce royaume et offrant à Dieu ses larmes, ses souffrances et ses pénitences pour implorer sa miséricorde; ou bien comme un autre Job sur un peu de paille pour attendre l'exécution des desseins de Dieu et se soumettre à toutes ses volontés. Et en effet, pendant qu'il s'arrêta en cette pauvre chaumière, on lui rapporta que les autres
i . Chez le P. de Gondi, l'ancien général des galères.
2. Charlotte de Ligny, mariée au président de Herse. Elle était parente de M. Olier et fut associée à toutes les grandes œuvres de charité dirigées par saint Vincent; elle voulut en particulier contribuer par d'abondantes aumônes à l'œuvre des Exercices des ordinands. Elle mourut en 1662.