‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 149 sur 201 · CHAP. XLIII. DEVOUEMENT AU SERVICE DU ROI · texte numérisé non relu

CHAP. XLIII. DEVOUEMENT AU SERVICE DU ROI

choses soient un peu éclaircies. Plusieurs de nosseigneurs les évêques se trouvent en la même peine. M. de N. n'a pas seulement perdu tout son revenu courant, mais encore toutes les provisions qu'il avait faites pour longtemps; et bien qu'il soit en grande réputation à la cour, et cela avec sujet, toutefois ayant fait un voyage ici pensant se réparer, il n'y a pas eu satisfaction. M. de N.1, qui a tenu ferme en son diocèse, a fait revenir la ville sous l'obéissance du roi, lorsque dans les premiers mouvements elle s'était déclarée pour le parti contraire : de quoi il a reçu de grandes louanges à la cour, et s'est ouvert la voie à une reconnaissance. Et quoique vous n'ayez pas occasion de rendre un pareil service à Sa Majesté, votre présence néanmoins peut notablement aider à contenir la province, étant estimé et considéré au point que vous êtes. C'est une chose qui est maintenant fort à désirer et qui sera aussi fort bien remarquée. Je vous supplie très humblement d'agréer ma simplicité et les offres de mon obéissance, etc. »

M. Vincent écrivit plusieurs autres semblables lettres à divers prélats sur le même sujet.

Après cela se ressouvenant que saint Bernard et plusieurs autres saints personnages qui menaient une vie encore plus retirée que lui avaient néanmoins quitté leurs solitudes et leurs retraites pour venir à la cour des empereurs et des princes, quand il était question de pacifier les divisions et les troubles et de procurer la paix et la tranquillité publique, il crut les devoir imiter. Fermant les yeux à toutes les raisons humaines qui l'en pouvaient détourner et préférant le service du roi et le bien de la France à toute considération de propre intérêt, il se résolut de s'entremettre et de faire tous ses efforts pour procurer la réunion des princes avec Sa Majesté. On n'a pas su en particulier tout ce qu'il fit pour réussir dans ce dessein, parce qu'il l'a tenu fort

1. L'évêque de Sarlat, Nicolas Sevin. — V. Lettre du 23 mars i652.

secret; mais il est certain qu'il alla plusieurs fois à la cour et vers MM. les princes, auxquels il parla en diverses rencontres par ordre de Sa Majesté, et lui rapporta leurs réponses. On a trouvé après sa mort la minute de la lettre suivante écrite de sa main sur ce sujet à M. le cardinal Mazarin, pendant que la cour était à Saint-Denis ', où Ton peut voir quelque chose de cette entreprise.

« Je supplie très humblement Votre Eminence de me pardonner de ce que je m'en revins hier au soir 3 sans avoir eu l'honneur de recevoir ses commandements : je fus contraint à cela, parce que je me trouvai mal. M. le duc d'Orléans vient de me mander qu'il m'enverra aujourd'hui M. d'Ornano 3 pour me faire réponse, laquelle il a désiré concerter avec M. le Prince 4. Je dis hier à la Reine l'entretien que j'avais eu l'honneur d'avoir avec tous les deux séparément, qui fut bien respectueux et gracieux. J'ai dit à Son Altesse royale que si l'on rétablissait le roi dans son autorité et que l'on donnât un arrêt de justification 5, que Votre Eminence donnerait la satisfaction que l'on désire6; que difficilement pouvait-on accommoder cette grande affaire par des députés; et qu'il fallait des personnes de réciproque confiance qui traitassent les choses de gré à gré. Il me témoigna de parole et de geste que cela lui revenait, et me répondit qu'il en conférerait avec son conseil. Demain au matin j'espère être en état d'aller porter sa réponse à Votre Eminence, Dieu aidant. »

On n'a pas trouvé dans les papiers de M. Vincent quelle fut la suite de ces entremises qu'il tenait, comme nous avons dit, fort secrètes; mais le succès a fait voir que Dieu

i. Au commencement de juillet 1602.

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