CKAP. XLIII. — DÉVOUEMENT AU SERVICE DU ROI
dépourvus; en sorte que, de Paris on leur envoie dans les provinces plus proches du linge et des habits pour les couvrir, et quelques aumônes pour les aider à vivre : autrement il en demeurerait fort peu pour administrer les sacrements aux malades. De s'adresser à messieurs du Clergé pour la diminution des décimes, ils disent que la plupart des diocèses demandant la même chose, et que tous se ressentant de l'affliction de la guerre ils ne savent sur qui rejeter cette diminution. (Test un fléau général dont il plaît à Dieu exercer ce royaume Et ainsi, Monseigneur, nous ne saurions mieux faire que de nous soumettre à sa justice, en attendant que sa miséricorde remédie à tant de misères. Si vous êtes député pour l'Assemblée générale de 1 65 5, ce sera alors que vous pourrez plus justement prétendre quelque soulagement pour votre clergé. Il sera cependant consolé de jouir de votre chère présence de delà, où elle fait tant de bien même pour le service du roi. »
Cette lettre marque, d'une part, l'état déplorable où la France était réduite, et l'assistance qu'on donnait aux ecclésiastiques ruinés afin que le service de Dieu ne demeurât pas abandonné pendant que le diable s'efforçait de le détruire. Et d'autre part, elle fait voir comme M. Vincent détournait prudemment ce bon prélat du dessein qu'il avait de venir à Paris, pour l'obliger à demeurer en son diocèse où il pouvait plus avantageusement s'employer pour le bien de son Eglise et pour le service du roi.
Il y a une autre lettre qu'il écrivit à M. Jacques Raoul1, évêque de la Rochelle, sur le même sujet, où il lui parle en ces termes :
1. Jacques Raoul fut nommé évêque de Saintes en i63-2. Sur le conseil de saint Vincent, il accepta, en 1646, d'être transféré sur le siège de Maillezais; c'était afin de procurer, en consentant à l'extinction de ce dernier siège épiscopal, l'érection de celui de La Rochelle, dont il devint cette même année le premier évêque. 11 mourut en 1661, ûgé de soixante-douze ans.
« J'ai reçu comme une bénédiction de Dieu la lettre dont vous m'avez honoré : elle m'a fort consolé dans les afflictions communes de ce pays. Si celles qui ont menacé votre diocèse ne Pont pas tant incommodé, je crois qu'après Dieu il en a l'obligation à vos sages conduites qui ont détourné l'orage en servant le roi ; et c'est de quoi je rends grâce à Dieu, aussi bien que de tant d'autres biens que vous faites en dedans et dehors votre ville, par lesquels les peuples sont maintenus en leur devoir envers Dieu, envers l'Eglise et envers leur prince. Les hérétiques mêmes qui voient cela, voient aussi l'excellence de notre sainte religion, l'importance et la grâce de la prélature, et ce qu'elle peut quand elle est saintement administrée, comme elle l'est par votre sacrée personne. Je prie Dieu, Monseigneur, qu'il nous donne quantité de prélats semblables à vous, qui travaillent à l'avancement spirituel et temporel du peuple, etc. »
C'était une pratique assez ordinaire à M. Vincent, quand il écrivait ou parlait aux personnes constituées en dignité, de les porter aux actions dignes de leur état, plutôt par manière de congratulation que d'exhortation ; ce qu'il faisait, et pour témoigner le respect qu'il leur portait, et aussi pour s'insinuer plus efficacement et plus doucement dans leur esprit.
Voici un extrait d'une troisième lettre qu'il écrivit à un autre prélat encore vivant, qui exprime mieux que les deux précédentes l'affection de ce grand serviteur de Dieu pour le service du roi, et la prudence avec laquelle il l'inspirait aux personnes de cette qualité.
« Je suis bien marri, Monseigneur, lui dit-il, de ce que le malheur du temps vous prive des fruits de votre abbaye. Je me trouve bien empêché de vous dire mon sentiment làdessus, tant parce que je ne suis pas en lieux de vous servir, qu'à cause des brouilleries du royaume : néanmoins, Monseigneur, il me semble que l'état présent des affaires vous doit divertir du voyage de la cour jusqu'à ce que les