Ch. 1", sect
prêtres de sa Congrégaiion pour aller travailler au salut de plusieurs pauvres âmes abandonnées et délaissées dans les Iles Hébrides, qui sont au delà du royaume d'Ecosse, vers le Septentrion.
L'année suivante, i652, les prêtres de la même Congrégation furent établis au diocèse de Montauban, où M. Pierre de Bertier, évêque de cette ville, leur a donné la direction de son séminaire, et les a aussi employés à faire des missions dans son diocèse.
L'établissement des mêmes prêtres se fit en la ville de Tréguier en la basse Bretagne, en l'année 1654, par les bienfaits de messireBalthazar Grangier, évêque et comte du lieu; comme aussi par les libéralités de M. Thépant, s'eur de Rumelin, chanoine de l'église cathédrale de Tréguier, qui s'en est rendu le fondateur.
En cette même année, M. Vincent envoya de ses Missionnaires en la ville d'AGDE en Languedoc, selon le désir de messire François Fouquet, alors évêque et comte d'Agde, et maintenant archevêque de Narbonne, qui les avait demandés à dessein de les y établir.
Cette même année, M. Vincent envoya des prêtres de sa Congrégation à Turin, capitale du Piémont, à l'instance que lui en fit M. le marquis de Pianezze, premier ministre d'Etat du duc de Savoie. C'est un seigneur de piété très exemplaire, lequel poussé d'un très grand désir de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, a voulu se rendre fondateur d'une maison de la Congrégation de la Mission en la ville de Turin.
En l'année 1657, la cour était allée en la ville de Metz. La reine, mère du roi, toujours appliquée selon sa piété ordinaire à procurer le bien public, ayant été informée de quelques besoins spirituels qui se trouvaient dans cette grande ville, pensa qu'un des moyens plus efficaces d'y remédier était d'y envoyer des prêtres de la Congrégation de la Mission. Pour cet effet, Sa Majesté étant à Paris, et ayant
mandé M. Vincent ', lui déclara son dessein, et lui dit que pour l'exécuter elle désirait qu'il envoyât des Missionnaires en la ville de Metz pour y faire la mission. A quoi il répondit : « Votre Majesté ne sait donc pas, Madame, que les pauvres prêtres de la Congrégation de la Mission ne sont missionnaires que pour les pauvres. Que si nous sommes établis dans Paris et dans les autres villes épiscopales, ce n'est que pour le service des séminaires, des ordinands, de ceux qui font la retraite spirituelle, et pour aller faire des missions à la campagne, et non pas pour prêcher, catéchiser ni confesser les habitants de ces villes-là; mais il y a une autre compagnie d'ecclésiastiques qui s'assemblent à Saint-Lazare toutes les semaines, qui pourront bien, si Votre Majesté l'a agréable, s'acquitter plus dignement que nous de cet emploi. »
A quoi la reine répondit qu'elle n'avait pas encore su que les prêtres de la Congrégation de la Mission ne fissent point de missions dans les grandes villes; qu'elle n'avait garde de les détourner de leur Institut; et que ces MM. de la Conférence de Saint-Lazare venant de sa part, elle trouverait très bon qu'ils fissent cette mission. Et en effet ils la firent avec beaucoup de bénédiction pendant le carême de l'an i658. Ils étaient plus de vingt prêtres, tous ouvriers d'élite choisis par M. Vincent qui pria feu M. l'abbé de Chandenier2, personnage de singulière vertu et de très grand exemple, de vouloir prendre le soin et la conduite de cette mission. Il s'en acquitta dignement, s'étant rendu très exact à suivre les avis que M. Vincent lui avait donnés et à observer toutes les pratiques qu'il avait jugées propres pour la faire heureusement réussir. Ce vertueux abbé ayant ensuite rendu compte de cette mission à Sa Majesté, elle en
i. Conférence aux Missionnaires, du 17 mai i658. 2. Louis de Chandenier, abbé de Tournus. — Voir ci-après, ch. XLIX.
fut si satisfaite qu'elle conçut le dessein de faire en ladite ville de Metz un établissement des prêtres de la Congrégation de la Mission; ce qui n'a pourtant pu être exécuté qu'après la mort de M. Vincent.
En Tannée 1659, il envoya à Narbonne des prêtres de sa Congrégation pour satisfaire au désir de M. François Fouquet, archevêque de cette ville-là, qui les avait demandés à dessein de les y établir.
Feu M. l'abbé de Sery, de la maison de Mailly en Picardie, avait proposé plusieurs fois et en diverses années à M. Vincent le dessein qu'il aurait de contribuer à la fondation d'une maison des prêtres de sa Congrégation dans Amiens. Mais Notre-Seigneur l'ayant retiré de ce monde avant qu'il l'eût accompli, il n'a pas laissé de s'exécuter depuis; et cet établissement a été fait par messire François Faure, évêque d'Amiens, qui a donné la direction perpétuelle de son séminaire aux prêtres de la Congrégation de la Mission. Ce bon abbé ayant survécu peu de temps à M. Vincent a voulu être enterré auprès de lui dans l'église de Saint-Lazare.
Feu M. Henri de Baradat, évêque et comte de Noyon, pair de France, désirant avoir des prêtres de la Mission en son diocèse, en écrivit à M. Vincent et lui en fit parler. Mais M. Vincent ne voyant pas pour lors toutes choses disposées à leur établissement, différa d'en envoyer; la Providence de Dieu réservant l'exécution de ce pieux dessein à son très digne successeur, M. François de Clermont, lequel n'a pas eu plus tôt la conduite de ce diocèse qu'il a pensé aux moyens de pourvoir à ses besoins spirituels. Et pour cela ayant appelé des prêtres de la Congrégation de la Mission, il leur a donné la direction perpétuelle de son séminaire en l'année 1662.
Il est à remarquer qu'en tout temps quantité de prélats non seulement de France, mais encore d'autres endroits de la chrétienté, se sont adressés à M. Vincent pour avoir des
ouvriers de sa Compagnie, afin de les établir en leurs diocèses et de les employer aux missions, aux exercices de l'ordination et aux séminaires. Mais ce sage instituteur ne pouvant pas en fournir à tous, ou pour n'avoir pas des hommes prêts, ou pour d'autres empêchements, a laissé ces propositions sans effet, ne voulant rien embrasser ni hors de temps, ni au-delà de ses forces.
Voilà comment Dieu voulut que ce père des Missionnaires recueillît même dès cette vie quelque partie des fruits de ses saints travaux, et qu'il eût la consolation de voir ses enfants spirituels multipliés comme les étoiles du ciel, et sa Congrégation heureusement établie en fort peu de temps en diverses parties du monde. Comme ses plus ardents désirs ne tendaient à autre fin qu'à procurer que Dieu fût glorifié et les âmes qui ont coûté le sang de Jésus-Christ sanctifiées et sauvées, aussi avait-il une reconnaissance indicible de voir que sa Providence eût daigné se servir de lui, quoique très chétif et misérable, comme il s'estimait, pour procurer tous ces grands biens. Car la pensée de tous ces excellents ouvrages le portait, non à s'en glorifier et à s'y complaire, mais plutôt à s'abîmer de plus en plus dans la considération de son inutilité et de son néant, et à en rendre de continuelles actions de grâces à sa divine Majesté, qu'il estimait devoir être d'autant plus glorifiée de tous ces effets de sa miséricorde qu'elle avait voulu se servir d'un instrument plus faible et plus inutile, tel qu'il pensait être, pour le produire.