‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 166 sur 201 · Thomas Berthe · texte numérisé non relu

Thomas Berthe

à Rome avec M. son frère et deux de nos prêtres; et s'en revenant il est décédé à Chambéry, et a fait de très grandes instances à l'un de nos prêtres, qui était avec lui, de le recevoir en la Compagnie, comme il a fait. Il me les avait faites à moi-même diverses fois ; mais sa naissance et sa vertu étant trop au-dessus de nous, je ne le voulais pas écouter. Nous étions indignes d'un tel honneur. Et en effet, il n'y a eu que notre maison du ciel qui ait mérité la grâce de le posséder en qualité de Missionnaire: celles de la terre ont seulement hérité les exemples de sa sainte vie, autant pour les admirer que pour les imiter. Je ne sais ce qu'il a vu en notre chétive Compagnie, qui ait pu lui donner cette dévotion de se vouloir présenter devant Dieu couvert de nos haillons, sous le nom et l'habit de prêtre de la Congrégation de la Mission : c'est en cette qualité que je le recommande à vos saints sacrifices. »

Le corps de ce vertueux abbé a été depuis porté à Paris, par les soins de M. l'abbé de Moustier-Saint-Jean, qui chérissait et honorait uniquement ce frère qui lui tenait lieu de père, et qui était toute sa consolation. Il fut inhumé en l'église de Saint-Lazare, où il repose en l'attente de la résurrection générale. Il n'y a point de doute que c'a été une perte très grande pour l'Eglise et pour la Congrégation de la Mission, et une des plus affligeantes que M. Vincent ait jamais ressenties; en sorte qu'il en pleura, quoiqu'il ne pleurât presque jamais.

Voilà comme Dieu voulut en la dernière année de sa vie mettre le comble à ses mérites en lui envoyant plusieurs grands sujets de douleur, c'est-à-dire plusieurs grandes occasions de signaler sa vertu, le privant en fort peu de temps de trois personnes qu'il chérissait très saintement et très tendrement entre toutes les autres.

35o LA VIE DE S. VINCENT DE PAUL

Page 1