CHAPITRE LI
Ses préparations à la mort.
M. Vincent se voyait approcher de plus en plus de sa fin, et chacun s'en apercevait aussi. C'était avec des sentiments fort différents, caries siens et tous ceux qui avaient affection pour lui appréhendaient cette séparation et concevaient un grand regret de la voir si proche; et, au contraire, ce saint vieillard, comme un autre Siméon, attendait avec juij cette dernière heure et montrait à tous un visage fort serein. Il s'y disposait en souffrant gaiement en esprit de pénitence et d'humilité; aspirant à cette vie en laquelle il espérait posséder son Dieu, l'invoquant en son cœur, s'unissant
intérieurement à lui par une profonde conformité à toutes ses volontés, et lui remettant son corps et son âme entre les mains pour en disposer selon son bon plaisir au temps et en l'éternité. Et quoique toute sa vie eût été une continuelle préparation pour bien mourir, et que ses pratiques de vertus et ses exercices de piété et de charité qui rendaient ses journées pleines, fussent autant de pas pour avancer avec bénédiction vers ce dernier période, il s'était néanmoins dès longtemps servi d'une disposition plus particulière, ayant pris cette sainte coutume de réciter tous les jours après l'action de grâces de la messe les prières pour les agonisants, et les recommandations de Pâme, se préparant ainsi par avance au départ de la sienne.
Que s'il usait de cette préparation tous les matins pour se disposer à bien mourir, il n'en faisait pas moins tous les soirs ; et voici par quelle occasion on en a eu connaissance :
Un peu avant son trépas, un prêtre de la maison de Saint-Lazare écrivant à un autre de dehors, lui manda, entre autres choses, dans sa lettre, que M. Vincent n'avait pas longtemps à vivre, et que, selon les apparences, il devait bientôt mourir. Puis, sans y faire aucune réflexion, il alla porter la lettre à M. Vincent pour la lire, suivant ce qui se pratique dans la Compagnie. M. Vincent ayant pris la lettre lui dit qu'il la verrait à loisir, comme en effet il la lut; et faisant attention sur ces paroles qui parlaient de sa fin prochaine, il pensa en lui-même pour quelle raison ce prêtre mettait cela dans une lettre qu'il lui faisait voir. Un autre aurait pu condamner cela d'imprudence en celui-là; mais M. Vincent pensa que peut-être il lui avait voulu rendre un bon office, en l'avertissant de sa mort; et, passant encore plus avant, son humilité lui fit craindre qu'il n'eût donné quelque sujet à ce prêtre de lui faire cet avertissement, sans toutefois connaître comment ni en quelle oc-' casion. Pour cet effet, il l'envoya quérir, et, le remerciant de cet avis, lui dit qu'il lui avait fait plaisir, et le pria, s'il