‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 169 sur 201 · CHAP. LI. PRÉPARATIONS A LA MORT · texte numérisé non relu

CHAP. LI. PRÉPARATIONS A LA MORT

avait remarqué en lui quelque autre défaut, de lui faire la même charité de l'en avertir. A quoi ce prêtre lui ayant répondu qu'il n'en avait remarqué aucun, M. Vincent lui répliqua en ces termes : « Pour ce qui est de cet avertissement que j'estimais que vous me vouliez faire, je vous dirai tout simplement que Dieu m'a fait la grâce d'en éviter le sujet; et je vous le dis afin que vous ne soyez point scandalisé de ne me voir pas faire des préparations extraordinaires. Il y a dix-huit ans que je ne me suis point couché sans m'être mis auparavant en disposition de mourir la même nuit. »

Ce prêtre lui faisant derechef excuse de son inconsidération l'assura qu'il n'avait point eu dessein de lui faire aucun avertissement, ee qu'il n'avait fait aucune réflexion à ce que contenait la lettre en la lui présentant; comme lui-même l'a encore témoigné, en rapportant ce qui s'était passé entre M. Vincent et lui en cette rencontre : connaissant trop bien quelle était la vertu de M. Vincent, pour concevoir aucun doute qu'il ne fût parfaitement préparé aussi bien à la mort comme à toutes les autres dispositions de la volonté de Dieu. On a trouvé sur ce même sujet une lettre écrite de sa propre main plus de vingt-cinq ans auparavant, qui porte ces mots :

« Je tombais dangereusement il y a deux ou trois jours; ce qui m'a fait bien penser à la mort. Par la grâce de Dieu, j'adore sa volonté et y acquiesce de tout mon cœur; et m'examinant sur ce qui me pourrait donner quelque peine, j'ai trouvé qu'il n'y a rien sinon de ce que nous n'avons pas encore fait nos règles », etc.

Il y avait donc longtemps que ce fidèle serviteur, selon ce qui est dit dans l'Evangile, avait les reins ceints et la lampe allumée en main pour aller au devant de son Seigneur lorsqu'il viendrait; et cette dernière heure lui était presque toujours présente en l'esprit. Quelques années même avant que son décès arrivât, il disait souvent aux siens : a Un de

ces jours, ce misérable corps de ce vieux pécheur sera mis en terre et sera réduit en cendres, et vous le foulerez aux pieds. »

Et quand il parlait de son âge il disait : « Il y a tant d'années que j'abuse des grâces de Dieu; Heu mihi quia incolatus meus prolongatus est! Hélas! Seigneur, je vis trop longtemps, parce qu'il n'y a point d'amendement en ma vie et que mes péchés se multiplient avec le nombre de mes années, etc. » Et, lorsqu'il annonçait aux siens la nouvelle de la mort de quelque Missionnaire, il ajoutait ordinairement : « Vous me laissez, mon Dieu, et vous tirez à vous vos serviteurs. Je suis cette ivraie qui gâte le bon grain que vous recueillez, et me voilà occupant toujours inutilement la terre; ut quid terram occupo? Or sus, mon Dieu, que votre volonté soit faite et non point la mienne. »

Il remettait quelquefois aux siens devant les yeux la pensée de la mort comme une des plus salutaires, et les exhortait à s'y préparer par de bonnes œuvres, les assurant que c'était là le meilleur et le plus assuré moyen pour bien mourir. Il voulait pourtant que cette pensée de la mort fût animée de confiance en la bonté de Dieu, et non pas telle qu'elle nous causât aucun abattement ou inquiétude d'esprit. Ce fut l'avis qu'il fit donner à une personne qui, ayant une vive appréhension de la mort, l'avait incessamment dans la pensée; car il lui fit dire, comme il se voit dans une lettre qu'il écrivit sur ce sujet, « que la pensée de la mort était bonne, et que Notre-Seigneur l'avait conseillée et recommandée, mais qu'elle devait être modérée, et qu'il n'était pas nécessaire ni expédient que cette personne Teût incessamment présente en son esprit; qu'il suffisait qu'elle y pensât deux ou trois fois le jour, sans s'y arrêter néanmoins beaucoup de temps; et même si elle s'en trouvait inquiétée, qu'elle ne s'y arrêtât point du tout et qu'elle s'en divertît doucement ».

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