‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 175 sur 201 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Béatification et canonisation de saint Vincent de Paul.

La vénération dont la personne de Vincent de Paul avait été entourée, surtout durant les dernières années de sa vie, se manifesta d'une manière plus sensible après sa mort. On a vu avec quel concours ses funérailles furent célébrées et comme, dans toutes les classes de la société, l'opinion de sa sainteté se mêlait aux regrets de Pavoir perdu. Le discours qui fut prononcé, deux mois plus tard, par Pévêque du Puy, à Saint-Germain-PAuxerrois, en présence du clergé de la Conférence des mardis, ressembla plutôt au panégy,rique d'un saint qu'à une oraison funèbre.

Dans toute la France, il n'y eut qu'une voix pour exalter les vertus du serviteur de Dieu. Dès que le bruit de sa mort se fut répandu, des personnages considérables par leur mérite et leur position s'empressèrent de rendre un éclatant hommage à sa mémoire. La reine-mère Anne d'Autriche s'écriait : « L'Eglise et les pauvres viennent de faire une grande perte. » La reine de Pologne écrivait : « J'ai bien de la douleur pour la perte que nous avons faite du bon M. Vincent. J'aurai toujours une grande estime pour sa mémoire. » Pour la consoler, on dut lui envoyer le crucifix

1. Nous empruntons ce Supplément à l'édition d'Abelly publiée par un prêtre de la Mission (in-12, Paris, 1881 ). Il est tiré en grande partie de la Vie de saint Vincent par Collet, et de celle du même saint par M. l'abbé Maynard.

du saint et une partie de son chapelet. L'ancien général des galères, M. de Gondi, devenu oratorien, disait de son ami : « Ce que j'ai admiré, entre les vertus de ce cher défunt, a été son humilité, sa charité et sa grande prudence en toutes choses. Jamais je n'ai remarqué ni entendu dire qu'il ait fait aucune faute contre ces vertus, quoiqu'il ait demeuré dix ou douze ans avec moi. Jamais je n'ai su qu"il ait eu le moindre défaut ; c'est pourquoi je l'ai toujours tenu pour un saint. »

Le président de Lamoignon, qui l'avait beaucoup connu, écrivit en ces termes : « Toute la France a perdu en la mort de M. Vincent, et j'ai en mon particulier beaucoup de sujets d'être sensiblement touché d'une si grande perte. Mais si, dans le regret qu'elle me donne, quelque chose peut me consoler, ce ne sera que par les moyens de témoigner à la Congrégation de la Mission combien la mémoire de son fondateur m'est en vénération. »

L'illustre marquis de Pianezze, ministre du Piémont, se consolait par la pensée du bonheur dont jouissait au ciel celui qu'on pleurait sur la terre. « L'heureux passage de M. Vincent, écrivait-il, doit plutôt donner de la joie que de l'affliction, et, quoique la perte des enfants soit incomparable, le bonheur du père est infiniment plus grand, et la charité nous convie à participer à ses félicités. »

L'évêque de Cahors, Nicolas Sevin, écrivait : « J'ai perdu en M. Vincent un des meilleurs amis que j'eusse au monde. J'ai pourtant la consolation que par la lettre qu'il m'a écrite cinq jours avant son décès, il m'a promis de ne jamais m'oublier devant Dieu, ce qui me fait croire qu'il me continue maintenant où il est les mêmes charités, et qu'il ne cessera de demander pour moi à la divine bonté que je sois un évêque selon son cœur. »

A ce concert d'éloges, il serait facile d'ajouter la voix d'un grand nombre d'autres prélats de France et d'Italie, de supérieurs de communautés religieuses et de personnes éle-

vées en dignité ; mais ce serait répeter à peu près ce qui a déjà été dit.

La Vie de Vincent de Paul, publiée quatre ans après sa mort par Abelly, servit puissamment à faire mieux connaître son esprit, ses vertus et ses œuvres, et confirma l'opinion déjà universellement répandue.

Cependant, au milieu de tous ces témoignages, il ne paraît pas que les Missionnaires aient eu la pensée de travailler à faire canoniser leur vénérable instituteur; pénétrés de l'esprit d'humilité qu'il leur avait si profondément inculqué par ses leçons et par ses exemples, ils auraient cru sans doute se rendre coupables de présomption en s'arrêtant à une telle espérance. Vincent de Paul lui-même semblait vouloir les tenir dans ces humbles sentiments, et continuer au ciel la vie cachée qui lui avait été si chère sur la terre. On ne rapporte aucun miracle opéré sur son tombeau ou obtenu par son intercession, pendant plusieurs années, du moins aucun miracle éclatant et qui ait été authentiquement constaté. Une observation d'Abelly vient confirmer cette remarque. Dans le dernier chapitre de son histoire1, il s'excuse « de ne rapporter aucun miracle fait pour preuve de la sainteté de M. Vincent », et il répond à cette objection qu'on pourrait, à la vérité, rapporter diverses choses qu'il a faites durant sa vie ou qui sont arrivées après sa mort, qui pourraient être reconnues comme miraculeuses, et qui prouveraient qu'il a eu le don de prophétie et le don des miracles. Mais il s'en abstient pour ne pas prévenir le jugement de l'Eglise et pour se conformer à l'humilité qui a toujours distingué le père des Missionnaires; et il ajoute comme conclusion, que les vertus et les œuvres de Vincent de Paul démontrent mieux sa sainteté que les miracles les plus frappants, et qu'après avoir lu sa vie, personne ne saurait douter qu'il ne soit grand devant Dieu.

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