‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 182 sur 201 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Vie posthume de saint Vincent de Paul, son culte, son esprit, ses œuvres.

Saint Vincent de Paul, pendant le cours de sa vie, s'étudia toujours à s'abaisser devant Dieu et à cacher aux regards des hommes ce qui pouvait lui attirer quelque considération. C'est en particulier par sa prodigieuse humilité, que saint Vincent de Paul a été le fidèle imitateur de Jésus- Christ; aussi, à l'exemple de son divin Maître, il a été exalté en proportion de ses abaissements ; il a reçu en récompense un nom glorieux parmi les noms des saints; il a été glorifié par le culte religieux que l'Eglise lui a décerné, et qui devient de jour en jour plus populaire; il a été glorifié par la diffusion de son esprit et par l'extension de ses œuvres.

Les deux chapitres précédents ont appris au lecteur comment Dieu a exalté son humble serviteur par le don des miracles et comment le Saint-Siège, répondante ce signe divin, lui a rendu le plus magnifique de tous les hommages en plaçant ses reliques sur les autels et sa statue dans la basilique de Saint- Pierre. Le culte de saint Vincent de Paul n'a pas cessé de se développer depuis deux siècles, et de nos jours surtout il s'est accru rapidement. De nombreuses églises ont été érigées sous son nom, des sociétés, des institutions charitables se sont placées sous son patronage et s'efforcent de se pénétrer de son esprit; la peinture, la sculpture, la poésie, l'histoire ont célébré à Tenvi ses vertus et ses œuvres ; des orateurs prononcent chaque année son panégyrique du haut de plusieurs milliers de chaires; le troisième centenaire de sa mort et de sa naissance a été célébré en 1860 et en 1876, avec une pompe magnifique dans le monde entier; enfin, on peut affirmer sans crainte qu'il y a aujourd'hui peu de saints qui soient

plus connus, plus honorés et plus invoqués dans toute l'étendue de l'Eglise. „

Saint Vincent de Paul a été dans les temps modernes l'organisateur de la charité envers les pauvres et les malades. L'amour des pauvres dont son cœur était embrasé s'est communiqué à une multitude d'âmes qui jusque-là étaient demeurées presque étrangères à la pratique de cette vertu; il a suscité d'innombrables institutions, il a fait élever sur tous les points du globe d'admirables monuments destinés au soulagement des pauvres. Ce n'est pas seulement en France et en Europe que ce mouvement charitable se fait sentir, c'est dans toutes les contrées où la civilisation chrétienne a pénétré : on en voit les effets dans le nouveau monde comme dans l'ancien, parmi les infidèles comme chez les catholiques, partout où la charité peut pénétrer. C'est le principe évangélique de l'amour des pauvres qui porte ses fruits.

L'influence de saint Vincent de Paul fut aussi efficace sur le clergé que sur les pauvres; on lui doit en grande partie la restauration de l'esprit sacerdotal et de la discipline ecclésiastique, par le moyen des exercices des ordinands, des retraites spirituelles, des conférences et des séminaires. Ces institutions étaient si conformes aux besoins de l'Eglise qu'elles se sont établies presque partout, et se sont maintenues au milieu des révolutions qui ont bouleversé l'ordre social; elles nous paraissent si nécessaires qu'on comprend difficilement qu'il y ait eu un temps où elles n'existaient point. Elles fonctionnent aujouid'hui régulièrement, à la grande édification du peuple chrétien, après avoir profité de ce qu'une expérience de deux siècles et demi y a apporté de perfection, et c'est leur action qui entretient dans le clergé cette sainteté de vie sacerdotale qui fait sa force et son honneur.

Les sociétés fondées par saint Vincent de Paul se sont développées en même temps que son esprit s'est propagé

dans le monde, ou plutôt la Providence s'est servie de ces socie'tés pour répandre l'esprit du saint fondateur. La Congrégation de la Mission, complètement organisée par saint Vincent lui-même, et approuvée de son vivant parle Saint-Siège, a continué ses deux œuvres principales : les missions des campagnes et la direction des séminaires. L'apostolat parmi les infidèles, qu'elle avait commencé presque au sortir de son berceau, en Barbarie et à Madagascar, a pris sur la fin du dix-huitième siècle de grands développements. Les missionnaires ont depuis étendu leurs travaux à la Chine, au Levant, à la Perse, à l'Abyssinie, à l'Amérique du Nord et du Sud, aux îles Philippines, etc. Grâce à leurs efforts, les séminaires se multiplient dans les pays catholiques de l'Amérique méridionale, et préparent, pour cultiver ces immenses contrées, un clergé instruit et zélé.

Les Filles de la Charité ont reçu de Dieu des bénédictions non moins abondantes. Leur compagnie, presque entièrement détruite par la Révolution française, se releva promptement et répara rapidement ses ruines; elle vit bientôt s'accroître le nombre de ses sujets, et ses œuvres se multiplier dans des proportions qu'elle n'avait pas connues pendantlesdeux premiers sièclesde son existence. Ses établissements, qui s'élèvent environ à deux mille, sont répandus dans toutes les parties du monde : les pauvres, les malades, les ignorants, les enfants, les malheureux de toute sorte qu'elle assiste corporellement et spirituellement, forment une immense multitude qui bénit le nom de saint Vincent de Paul, en jouissant du bienfait de la charité de ses filles. Associées aux travaux apostoliques des prêtres de la Mission, parmi les infidèles et les hérétiques dans le Levant et la Chine, les sœurs contribuent, par leurs œuvres charitables, à la propagation de la foi, en même temps que les missionnaires s'y appliquent par la prédication de l'Evangile.

La divine Providence leur a donné dans ces derniers temps des marques signalées de sa protection, en choisissant deux sœurs de leur communauté pour répandre dans le monde la médaille de l'Immaculée-Conception et lescapulaire de la Passion. La médaille révélée par la sainte Vierge en i83o, à sœur Catherine Labouré, a été l'instrument de faveurs extraordinaires, dont il serait impossible de dire le nombre, et qui lui ont justement mérité le nom de Médaille miraculeuse ; le scapulaire rouge, approuvé par le Saint-Siège en 1847, a contribué et contribue encore efficacement à propager la dévotion à la Passion de Jésus- Christ, dévotion salutaire, où les fidèles trouvent une source intarissable de grâces et renseignement de toutes les vertus.

Les deux Compagnies de la Mission et des Filles de la Charité ont servi de modèle à plusieurs autres congrégations qui se sont formées depuis et qui ont adopté à peu près leurs constitutions et leurs œuvres. Le nom même de Missionnaire et de Sœur de charité est devenu un nom générique qui s'applique à des Instituts divers. Ce qui justifie cette remarque que les créations de saint Vincent de Paul ont un tel cachet de sagesse, qu'elles servent naturellement de type à ceux qui, après lui, entreprennent de faire le bien.

La confrérie ou compagnie des Dames de la Charité n'a pas laissé éteindre le feu sacré que saint Vincent lui avait confié; elle s'est maintenue, en divers lieux, au milieu des transformations par lesquelles la société civile a passé, et, de nos jours encore, elle continue à assister les pauvres malades, selon l'esprit et les règlements qu'elle a reçus de son saint instituteur. Emules des Filles de la Charité, dont elles sont les sœurs aînées, comme elles, et avec elles le plus souvent, les dames visitent les malheureux dans leurs pauvres réduits, leur portent l'aumône qui soulage, etmieux encore, de bonnes paroles qui consolent et fortifient; elles

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adoucissent les douleurs de la maladie et disposent doucement les âmes à une mort chrétienne. Ce quelles font à Paris et dans un grand nombre de villes catholiques, elles le font également dans les pays infidèles, à Constantinople, à Smyrne, à Alexandrie d'Egypte, etc., avec le même succès.

L'esprit de saint Vincent de Paul, qui anime ces femmes généreuses, s'est aussi révélé dans une autre société, qui est devenue de nos jours une ressource providentielle pour les pauvres et une des consolations de la sainte Eglise : le lecteur a déjà nommé l'admirable Société de Saint-Vincent de Paul. Ses premiers membres comprirent si bien qu'en fait d'oeuvres de charité on ne peut prendre un meilleur guide que saint Vincent de Paul, qu'ils se placèrent comme par inspiration sous son patronage, se pénétrèrent de son esprit, adoptèrent ses règles et ses maximes, et se proposèrent de l'honorer et de l'invoquer comme leur modèle et leur père.

Pour que rien ne manque à la gloire de saint Vincent de Paul, Dieu a permis que les lieux sanctifiés par le séjour de son fidèle serviteur fussent honorés par quelque monument qui rappelât son passage ou par des œuvres qui continuassent sa mission de charité. Le hameau où il est né est doté d'un magnifique établissement où ses deux familles exercent les fonctions de leur vocation, et l'humble chaumière où il a reçu le jour est devenue un oratoire où de nombreux pèlerins viennent s'agenouiller. Chàteaul'Evèque, où il fut ordonné prêtre ; la chapelle de Notre- Dame-de-Grâce, où il célébra sa première messe; la Barbarie, où il fui captif; Clichy, dont il fut curé; Folleville où il prêcha le premier sermon de mission; Châtillonles-Dombes, où il exerça le ministère pastoral, etc., possèdent aujourd'hui quelque souvenir de l'homme de Dieu et sont fréquemment visités par les pieux fidèles.

Tout le monde sait où, depuis cinquante ans, reposent

ses cendres qui, suivant l'expression de l'Église « respirent encore la charité ».

Léon XIII vient d'ajouter un nouveau rayon à l'auréole dont lespapes, ses prédécesseurs, avaient ceint déjà le front de saint Vincent de Paul; il l'a établi et proclamé Patron universel des œuvres et des associations de charité (i885). Ainsi s'accomplissent en saint Vincent les paroles de l'Esprit-Saint : Parce qu'il s'est humilié, Dieu Va exalté.

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