I. M. François du Coudray. Lettre du 20 juillet 1 63 r
Saint Vincent y dit : «Lorsque je fus à Rome, il y a trente ans. » Ces paroles paraissent indiquer que saint Vincent fit un premier voyage à Rome vers 1600, après sa prêtrise, à l'occasion de l'année jubilaire. Il n'y a pas lieu d'en douter, si les Filles de la Charité ne se sont pas trompées en rapportant les paroles du saint, il leur aurait dit à plusieurs reprises (Conférences du 3o mai 1G47 et du 10 sep-
« qu'il fut si consolé — ce sont ses propres termes — de se voir en cette ville maîtresse de la chrétienté, où est le chef de l'Eglise militante, où sont les corps de saint Pierre et de saint Paul, et de tant d'autres martyrs, et de saints personnages qui ont autrefois versé leur sang et employé leur vie pour Jésus-Christ, qu'il s'estimait heureux de marcher sur la terre où tant de grands saints avaient marché ; que cette consolation l'avait attendri « jusqu'aux larmes ». Et néanmoins, parmi ses sentiments de consolation spirituelle, l'affection qu'il avait toujours eue pour l'étude ne s'étant point diminuée parles peines et les traverses qui lui étaient arrivées, lorsqu'il se vit un peu en repos dans cette grande ville, il employa tout le temps qu'il avait libre pour rafraîchir et renouveler en son esprit les idées de ce qu'il avait appris en l'université de Toulouse. Pendant son séjour à Rome, M. le vice-légat le fit connaître au cardinal d'Ossat, lequel lui ayant diverses fois parlé et voyant la trempe de son esprit, en fut tellement satisfait, et en conçut un jugement si avantageux, qu'ayant à informer le roi Henri IV d'une affaire très importante1, qui ne pouvait être hasardée par une lettre, d'autant qu'elle devait être très secrète, et qu'il fallait l'exposer verbalement à Sa Majesté, ce grand cardinal ne trouva point de personne plus propre ni plus
tembre 1649) avoir vu le pape Clément VIII. Or, ce pontife mourut le 5 mars 1606.
1. On conjecture qu'il s'agissait de ce qu'on a appelé le grand dessein de Henri IV. Ce dessein comprenait un remaniement territorial de l'Europe, et le roi de France projetait à cette occasion d'agrandir les États de l'Église: il voulait aussi former une coalition contre la maison d'Autriche. — C'est par erreur qu'Abelly nomme ici le cardinal d'Ossat : il était mort à Rome, dès le i3 mars 1604. Henri IV avait alors plusieurs ambassadeurs auprès du Souverain- Pontife; c'étaient le marquis de Brèves, Denis de Marquemont et Charles de Gonzague, duc de Nevers. — Voyez Saint Vincent de Pau!, par Maynard, t. Ier, p. 60; et San \'incen^o de' Paoli e il suo tempo, par Giuseppe Maggio, t. Ier, p. 44, Firenze, i865. 3 vol. in-8°, trad. en français par l'abbé L. Barthélémy, 1869.