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CHAP. V. — SON RETOUR EN. FRANCE

capable pour un tel emploi que M. Vincent, à la discrétion et fidélité duquel il confia ce secret, pour être porté avec assurance au roi.

Et c'est en cette occasion que M. Vincent fit derechef connaître la solidité de sa vertu et la droiture de son esprit, qui ne regardait que Dieu, et qui n'avait point d'autre prétention que de lui plaire et lui rendre un fidèle et agréable service; car, étant arrivé à Paris, et ayant eu une si favorable entrée auprès d'un grand roi, qui savait très bien faire le discernement des esprits, et de qui par conséquent étant connu, il pouvait espérer un avancement très considérable, selon le siècle : il ne voulut point néanmoins se prévaloir de cette occasion, que d'autres eussent recherchée et ménagée avec tous les soins et toutes les adresses possibles ; mais, craignant que la faveur du roi de la terre ne servît d'obstacle aux grâces du Roi du ciel, au service duquel il s'était attaché par des liens indissolubles, il jugea qu'il ne devait point s'engager plus avant à la cour; s'étant acquitté de sa commission et conservant dans son cœur une sincère affection d'obéissance et de fidélité envers son prince, il se retira en son particulier, dans le dessein de mener une vie vraiment ecclésiastique, et de s'acquitter parfaitement de toutes les obligations de son caractère.

Le logement qu'il avait pris d'abord dans le faubourg Saint-Germain, lorsqu'il arriva à Paris, lui procura la connaissance de quelques-uns des principaux officiers de la défunte reine Marguerite ', qui demeurait au même endroit, l'un desquels était M. Dufresne, secrétaire de Sa Majesté, avec lequel il contracta dès lors une très étroite amitié, à cause de la vertu et des bonnes qualités qu'il

1. Marguerite de Valois. Elle épousa, en Ô72, le prince de Béarn, devenu plus tard Henri IV. Ce mariage, contracté sans consentement

véritable de la part delà princesse, et à un degré de parenté prohibe par l'Eglise, fut déclaré nul par le pape. Marguerite de Valois mourut en 1 G 1 5.

voyait en lui, pour lesquelles, après la mort de cette princesse, il l'attira en la maison de Gondi, où il fut secrétaire, et puis intendant du seigneur Emmanuel de Gondi. comte de Joigny et général des galères de France. C'est lui qui a rendu ce témoignage, « que dès ce temps-là M. Vincent paraissait fort humble, charitable et prudent, faisant bien à chacun, et n'étant à charge à personne, circonspect en ses paroles, écoutant paisiblement les autres, sans jamais les interrompre; et que dès lors il allait soigneusement visiter, servir et exhorter les pauvres malades de la Charité ».

Pendant ce premier séjour, que M. Vincent fit à Paris, il lui arriva un étrange accident, que Dieu permit pour éprouver sa vertu, et qui n'a été su que depuis sa mort, par le moyen de M. de Saint-Martin, chanoine de Dax, qui en a rendu un fidèle et assuré témoignage. Ce fut en l'année 1609, qu'étant encore logé au faubourg Saint-Germain, dans une même chambre, avec le juge de Sore, qui est un village situé aux Landes et du ressort de Bordeaux, il fut accusé à faux de lui avoir dérobé quatre cents écus. Voici comment la chose arriva :

Ce juge s'étant un jour levé de grand matin s'en alla en ville pour quelques affaires, et oublia de fermer une armoire où il avait mis son argent. Il laissa M. Vincent au lit, un peu indisposé, attendant une médecine qu'on lui devait apporter. Le garçon de l'apothicaire, étant venu avec sa médecine, trouva cet argent, en cherchant un verre dans cette armoire qu'il vit ouverte; et, sans dire mot, il le mit dans sa poche et l'emporta, vérifiant le proverbe qui dit que l'occasion fait le larron.

Ce juge étant de retour fut bien étonné de ne trouver plus sa bourse. Il la demanda à M. Vincent, qui ne savait que lui en dire, sinon qu'il ne l'avait ni prise ni vu prendre. L'autre crie, tempête, et veut qu'il lui réponde de sa perte; il l'oblige de se séparer de sa compagnie, le dilfame partout, comme un méchant et un voleur, et porte ses

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