CHAPITRE VII
Son entrée et sa conduite en la maison de GondL
Ce fut environ Pan 161 3 que le Révérend Père de Bérulle porta M. Vincent à accepter la charge de précepteur des enfants de messire Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, alors général des galères de France ', et de dame Françoise- Marguerite de Silly, son épouse, femme d'une excellente vertu, d'autant plus digne d'être estimée que la piété était en ce temps-là plus rare parmi les personnes de la cour. Et ce choix qui fut fait de M. Vincent pour cet emploi n'est pas une petite preuve du jugement avantageux que ce premier supérieur général de l'Oratoire faisait de sa vertu et des bonnes qualités de son esprit, le donnant à une famille des plus pieuses et des plus illustres du royaume, en lui confiant la conduite et l'éducation de trois jeunes seigneurs de grande espérance, dont l'aîné est duc et pair de France; le second a été élevé à la dignité de cardinal de la sainte Eglise, et pour le troisième, qui promettait beaucoup, pour les belles qualités de corps et d'esprit dont il était doué, Dieu le retira de ce monde à l'âge de dix ou onze ans, pour lui donner dans le Ciel un partage plus avantageux que celui qu'il eût trouvé sur la terre 2.
1. Philippe-Emmanuel de Gondi, né en i58i. Ses brillantes qualités l'avaient fait remarquer par Henri IV. Il succéda, en ibgS, à son père dans la charge de général des galères, et se distingua en cette qualité dans une expédition contre les Barbaresques, et dans un combat naval contre les Rochelais. Rempli des sentiments les plus chrétiens, il entra, après la mort de Mme de Gondi, sa femme, dans la congrégation de l'Oratoire et y mourut le 29 juin 1G62.
2. Des trois enfants dont l'éducation fut confiée à saint Vincent, l'aîné était Pierre de Gondi, qui devint duc de Retz, et succéda à son père dans la charge de gênerai des galères. Fidèle aux traditions
Vie. — 4
M. Vincent a passé douze ans dans cette illustre maison, où il s'est toujours comporté avec une telle sagesse, modération et retenue, qu'il s'est acquis tout ensemble et l'estime et l'affection de toutes les personnes qui l'ont connu. Il ne se présentait jamais devant M. le général, ni devant Madame, qu'ils ne le fissent appeler; il ne s'ingérait de luimême en quoi que ce fût, sinon en ce qui regardait la charge qu'on lui avait confiée. Hors le temps destiné au service de ces trois petits seigneurs, il demeurait dans cette grande maison, où il y avait un abord continuel de toutes sortes de personnes, comme dans une Chartreuse, et retiré en sa chambre comme dans une petite cellule, d'où il ne sortait point que lorsqu'on l'appelait, ou que la charité l'obligeait d'en sortir; tenant cette maxime que, pour se produire au dehors avec assurance parmi tant de périlleuses occasions qui ne sont que trop fréquentes en cette grande ville, il faut se tenir volontiers dans la retraite et dans le silence, quand il n'y a aucune nécessité de sortir ni de parler. 11 est bien vrai que , lorsqu'il était question de rendre quelque bon office au prochain pour le bien de son âme, il quittait aussi volontiers sa retraite qu'il s'y tenait quand il n'y avait aucune cause qui l'obligeât d'en sortir, et
pieuses de sa famille, il fut un des fondateurs de la mission de Montmirail, l'un des premiers théâtres des travaux apostoliques de saint Vincent.
C'est le plus jeune, nommé Henri, qui mourut, encore enfant, d'un accident de chasse.
Avant Henri était né Jean-François de Paule, le futur et trop célèbre Coadjuteur, puis cardinal de Retz. Saint Vincent n'eut que peu de part à son éducation : cet enfant n'était pas né quand le saint quitta la première fois la maison de Gondi; lors du dernier départ du saint, il n'avait que onze ans, et le but du second séjour de Vincent n'avait guère été que la conduite spirituelle de Mme Gondi et l'évangélisation des terres de cette noble et chrétienne famille. — Le cardinal de Retz garda toujours le plus respectueux attachement pour son saint instituteur, dont il seconda en plusieurs circonstances les entreprises charitables. Les dernières années de sa vie furent régulières et édifiantes. 11 mourut en 1079.