‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 28 sur 201 · CHAP. VII. SEJOUR CHEZ LES GONDI · texte numérisé non relu

CHAP. VII. SEJOUR CHEZ LES GONDI

on le voyait alors parler et s'entremettre avec grande charité, et faire tout le bien qu'il pouvait aux uns et aux autres. Il apaisait les querelles et dissensions, et procurait l'union et la concorde entre les domestiques; il les allait visiter dans leurs chambres quand ils étaient malades, et après les avoir consolés, leur rendre jusqu'aux moindres services; aux approches des fêtes solennelles, il les assemblait tous pour les instruire et les disposer à la réception des sacrements; il faisait couler de bons propos à table pour en "bannir les paroles inutiles; et, lorsque Monsieur ou Madame le menaient aux champs avec MM. leurs enfants, comme à Joigny, Montmirail, Villepreux, et autres de leurs terres, tout son plaisir était d1employer les heures qui lui étaient libres à instruire et catéchiser les pauvres, et à faire des exhortations et des prédications au peuple, ou administrer les sacrements et particulièrement celui de pénitence, avec l'approbation des évêques des lieux et l'agrément des curés.

Une manière d7agir si prudente et si vertueuse gagna bientôt le cœur et l'affection de tous ceux avec lesquels il vivait, et particulièrement de Madame *, qui fat tellement édifiée de la modestie, de la discrétion et de la charité de M. Vincent, que dès la première ou seconde année qu'il fut en sa maison, elle se résolut de lui 'confier la conduite

i. Françoise-Marguerite de Silly, dame de Commercy, fille aînée du comte de la Rochepot, gouverneur de l'Anjou, dame de Folleville et de Paillart, mariée à Philippe-Emmanuel de Gondi, était, sous tous les rapports, une des femmes les plus accomplies de son temps.

Mère vraiment chrétienne, elle disait, au sujet de ses enfants : « Je souhaite bien plus faire de ceux que Dieu m'a donnés et qu'il peut me donner encore des saints dans le ciel que des grands seigneurs sur la terre.» Quand ils furent en âge d'être confiés à un maître, elle chercha, de concert avec le comte, son mari, « à leur procurer le plus saint et le plus vertueux qu'il fût possible de trouver». C'est pour répondre à ce désir que Bérulle leur indiqua Vincent de Paul.

de son âme. Et pour cet effet elle eut recours au Révérend Père de Bérulle, le priant d'obliger ce sage et vertueux prêtre de prendre soin de sa conscience et de l'aider de ses bons avis ; ce qu'il fit par esprit de déférence et de soumission aux sentiments de celui qu'il respectait comme le père de son âme, quoiqu'il en ressentît beaucoup de confusion, à cause de sa grande humilité.

Cette vertueuse dame, qui aimait parfaitement le bien, et qui désirait ardemment de le procurer dans sa famille et parmi tous ses sujets, fut sensiblement consolée de la grâce que Dieu lui avait faite, de lui avoir donné un prêtre tel qu'elle le pouvait souhaiter, et en qui elle reconnaissait, outre les dispositions et les qualités propres pour l'exécution de ses bons desseins, une conduite très sage et une charité parfaite pour s'y pouvoir confier en toute assurance.

Mais pour connaître encore mieux l'esprit avec lequel M. Vincent agissait, et de quelle façon il se comportait, pendant le temps qu'il a demeuré en cette grande et illustre maison, il faut l'apprendre de lui-même. Voici comme il en a parlé en deux occasions; la première fois en tierce personne dans une conférence avec plusieurs ecclésiastiques assemblés à Saint-Lazare, où l'on traitait de l'importance qu'il y a de bien s'acquitter de l'office d'aumônier dans la maison des grands, il dit entre autres choses: «Qu'il savait une personne qui avait beaucoup profité pour lui et pour les autres dans la maison d'un seigneur en cette condition, ayant toujours regardé et honoré Jésus-Christ en la personne de ce seigneur, et la sainte Vierge en la personne de la dame. Que cette considération, l'ayant toujours retenu dans une modestie et circonspection en toutes ses actions et ses paroles, lui avait acquis l'affection de ce seigneur et de cette dame et de tous les domestiques, et donné moyen de faire un notable fruit dans cette famille. »

La seconde fois il en parla ouvertement à un jeune avo-

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