CHAPITRE XII
Changement merveilleux arrivé en la personne j d'un grand seigneur qui se mit sous la direction
de M. Vincent ! (1617)
La réputation de M. Vincent, pendant qu'il fut en Bresse, se répandant en divers lieux, et M. le comte de Rougemont qui demeurait en cette province-là, en ayant ouï parler, cela le convia de venir plusieurs fois le voir à Chàiillon, où, lui ayant souvent parlé des affaires de sa conscience et de son salut, il fut tellement satisfait de ses entretiens, qu'il prit résolution de se mettre entièrement sous sa conduite. C'était un seigneur de Savoie qui s1était retiré en France, lorsque le roi Henri le Grand unit la Bresse à son royaume, mais au reste un homme qui, ayant toute sa vie été nourri à la cour, en avait retenu tous les sentiments et toutes les maximes. Et comme en ce temps-là, par un malheur déplorable, les duels étaient un des moyens plus ordinaires parmi les gentilshommes pour signaler leur courage, celui-ci s^tait mis par ce moyen en réputation, ayant été un des plus grands duellistes de son temps. Et néanmoins, ô merveilleuse efficace de la grâce ! Dieu s'étant servi de la parole de M. Vincent pour lui faire connaître le malheureux et damnable état dans lequel il vivait, il en fut tellement touché, que non seulement il renonça pour jamais à cette furieuse pratique et à tous les autres dérèglements de sa vie, mais outre cela, pour réparer le mal passé, il se mit dans tous les exercices les plus héroïques d'une vie parfaitement chrétienne.
Et, premièrement, ayant vendu sa terre de Rougemont plus de trente mille écus, il employa une grande partie de cette somme en fondation de monastères, et puis il distribua tout le reste aux pauvres. Après s'être appliqué à la médita-