‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 43 sur 201 · CHAP. XIII. RETOUR CHEZ M. DE GONDI · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. RETOUR CHEZ M. DE GONDI

foi et les règles de la justice chrétienne : mais quant a ceux qui s'en éloignent, ils résistent au Saint-Esprit, et, bien qu'ils soient membres de l'Eglise, ils sont néanmoins de ceux qui vivent selon la chair — comme parle saint Paul — et qui mourront. » Quoique cette réponse fût plus que suffisante pour satisfaire cet hérétique, il demeura néanmoins toujours obstiné dans son erreur, tant il s'était mis fortement en l'esprit que l'ignorance des peuples et le peu de zèle des prêtres étaient un argument infaillible que l'Eglise romaine n'était point conduite du Saint-Esprit.

Et toutefois, nonobstant cette obstination, Tannée suivante, M. Vincent étant de retour à Montmirail, en la compagnie de M. Féron, alors bachelier en théologie et depuis docteur de Sorbonne et archidiacre de Chartres, et de M. Duchesne, aussi docteur de la même faculté et archidiacre de Beauvais, et de quelques prêtres et religieux ses amis, pour aller travailler avec eux aux exercices de la mission tant en ce lieu-là qu'aux villages circonvoisins, comme tout le pays fut imbu du bien qui se faisait dans ces missions, cet hérétique auquel on ne pensait plus eut la curiosité de voir les divers exercices qui s'y pratiquaient. 11 assista aux prédications et aux catéchismes; il vit le soin qu'on prenait d'instruire ceux qui étaient dans l'ignorance des vérités nécessaires à leur salut, la* charité avec laquelle on s'accommodait à la faiblesse et lenteur d'esprit des plu:, grossiers et stupides pour leur faire bien entendre ce qu'ils devaient croire et faire, et les effets merveilleux que cela opérait dans le cœur des plus grands pécheurs pour les porter à se convertir et à faire pénitence. Toutes ces choses firent une si forte impression sur son esprit, qu'il vint trouver M. Vincent et lui dit : « C'est maintenant que je vois que le Saint-Esprit conduit l'Eglise romaine, puisqu'on y prend soin de l'instruction et du salut des pauvres villageois; je suis prêt d'y entrer, quand il vous plaira de m'y recevoir. » Sur quoi M. Vincent lui ayant demandé

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s'il ne lui restait plus aucune difficulté : « Non, lui répondit-il ; je crois tout ce que vous m'avez dit, et suis disposé à renoncer publiquement à toutes mes erreurs. » M. Vincent lui ayant encore fait quelques interrogations plus particulières sur les vérités catholiques, pour voir s'il s'en ressouvenait bien, et lui, ayant satisfait par ses réponses, il lui dit de se trouver le dimanche suivant en l'église du village de Marchais, près de Montmirail, où se faisait alors la mission, pour y faire son abjuration et y recevoir l'absolution de son hérésie; à quoi il ne manqua pas. Et M. Vincent, à la fin de la prédication qu'il y fit le matin, en ayant averti ses auditeurs, appela cet homme par son nom, et, lui ayant demandé devant toute l'assistance s'il persévérait dans la volonté d'abjurer son hérésie et d'entrer dans le bercail de la sainte Eglise, il lui répondit qu'il y persévérait, mais qu'il lui restait encore une difficulté, qui venait de se former dans son esprit en regardant une image de pierre assez mal façonnée, qui représentait la sainte Vierge. « C'est que je" ne saurais, dit-il, croire qu'il y ait quelque puissance en cette pierre, » montrant cette image qui était vis-à-vis de lui. A quoi M. Vincent repartit « que l'Eglise n'enseignait pas qu'il y eût aucune vertu dans ces images matérielles, si ce n'est quand il plaît à Dieu la leur communiquer, comme il le peut faire, et comme il l'a fait autrefois à la verge de Moïse, qui faisait tant de miracles : ce que les enfants mêmes lui pourraient expliquer ». Sur quoi, en ayant appelé un des mieux instruits, et lui ayant demandé ce que nous devions croire touchant les saintes images, l'enfant répondit « qu'il était bon d'en avoir, et leur rendre l'honneur qui leur est dû, non à cause de la matière dont elles sont faites, mais parce qu'elles nous représentent Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa glorieuse Mère, et les autres saints du Paradis, qui, ayant triomphé du monde, nous exhortent par ces figures muettes de les suivre en leur foi et en leurs bonnes œuvres ».

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