CHAPITRE XIV
Ayant été fait aumônier royal des galères,
il fait un voyage en Provence et un autre en Guienne,
et procure le soulagement corporel et spirituel
des pauvres galériens.
M. le général des galères, voyant avec quelle bénédiction et quel fruit M. Vincent travaillait pour procurer le salut des âmes, voulut lui fournir une occasion d'étendre sa charité sur les forçats détenus aux galères '. Pour cet effet,
i. Les galères où les forçats subissaient leur peine faisaient partie
il demanda pour lui au feu roi Louis XIII, de très glorieuse mémoire, la charge d'aumônier royal des galères, qu'il lui accorda, et puis il lui en rit expédier le brevet '. Ce nouvel office obligea M. Vincent à faire un voyage à Marseille, en 1622, afin d'y visiter les galères et de connaître par lui-même les nécessités et indigences des pauvres forçats, pour y pourvoir et pour les soulager autant qu'il lui serait possible.
Etant arrivé en ce lieu, il vit un spectacle le plus pitoyable qu'on puisse s'imaginer : des criminels doublement misérables, plus chargés du poids insupportable de leurs péchés que de la pesanteur de leurs chaînes, accablés de misères et de peines qui leur étaient le soin et la pensée de leur salut, et les portaient incessamment au blasphème et au désespoir. C'était une vraie image de l'enfer, où Ton n'entendait parler de Dieu que pour le renier et déshonorer, et où la mauvaise disposition de ces misérables enchaînés rendait toutes leurs souffrances inutiles et sans fruit. Etant donc touche d'un sentiment de compassion envers ces pauvres forçats, il se mit en devoir de les consoler et assister le mieux qu'il lui fut possible; et surtout il employa tout ce que sa charité lui put suggérer pour adoucir leurs esprits et les rendre par ce moyen susceptibles du bien qu'il désirait procurer à leurs âmes. Pour cet effet, il écoutait leurs plaintes avec grande patience, il compatissait à leurs peines, il les embrassait, il baisait leurs chaînes, et s'employait autant qu'il pouvait par prières et remontrances envers les comités2 et autres officiers à ce qu'ils fussent traités plus humainement, s'insinuant ainsi dans leurs cœurs pour les gagner plus facilement à Dieu.
de la flotte, et en temps de guerre prenaient part aux opérations navales; mais elles formaient un commandement à part dont le général était nommé par le roi. Ce titre fut supprimé en 1748.