‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 51 sur 201 · CH. XVI. — IL EST SUPERIEUR DE LA VISITATION IOI · texte numérisé non relu

CH. XVI. — IL EST SUPERIEUR DE LA VISITATION IOI

mille, et qu'il s'en trouvait moins qu'on ne saurait dire, qui fussent capables de cet office^, que peut-on penser de la difficulté qu'il y avait de rencontrer un vrai père spirituel et un digne supérieur de cette sainte congrégation, qui allait s'augmentant tous les jours en nombre aussi bien qu'en vertu, et dont la conduite requérait d'autant plus de grâce et de lumière en celui qui en serait chargé, que la vie religieuse est plus sublime, la perfection plus importante, et son déchet plus pernicieux à l'Eglise? C'est pour cela qu'entre les qualités que ce bienheureux instituteur désirait en celui auquel on pût confier cette charge, outre celles qui lui sont communes avec les autres directeurs particuliers, il demande qu'il soit homme de grande vertu et de grande charité ; à quoi il joint la doctrine et l'expérience. Ce qui signifie, en un mot, qu'il faut un homme consommé en toutes sortes de vertus, et parfait en un si haut point, qu'il soit capable de perfectionner les âmes que Dieu appelle à la plus haute perfection.

Etant donc question de trouver un tel homme, ce n'est pas un petit témoignage de l'excellente vertu et des autres grandes qualités d'esprit de M. Vincent, qu'entre tant de personnages signalés en doctrine et en piété qui vivaient alors, le bienheureux François de Sales qui avait un don tout singulier du discernement des esprits, et la très digne Mère de Chantai qui avait un esprit grandement éclairé, aient jugé que M. Vincent fût le plus digne et le plus capable de cet emploi, auquel ils pussent confier ce qui leur était le plus cher et le plus précieux en ce monde. Il y avait alors dans Paris plusieurs ecclésiastiques savants, vertueux et plus âgés que M. Vincent : il y avait despasteurstrès sages et très vigilants dans les paroisses, des docteurs insignes en piété dans les maisons de Sorbonne, de Navarre et autres de la célèbre Université de cette première ville du royaume,

i. Introduction à la vie dévote, Iro part., ch. iv.

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outre plusieurs particuliers qui s'appliquaient avec grand fruit à la direction des âmes. El néanmoins, ce bienheureux prélat, après y avoir longtemps pensé devant Dieu, et persévéré longtemps en prières pour ce sujet, avec cette très sage et vertueuse supérieure, jugea qu'il ne pouvait faire un choix plus avantageux pour une charge si importante, que de la personne de Vincent de Paul, dans lequel il trouvait toutes les qualités qu'il pouvait désirer pour un premier et très digne père spirituel et supérieur de cette chère congrégation naissante '.

Certes, si ce qu'a dit un ancien est véritable, que c'est une grande louange d'être estimé et loué par une personne qui d'elle-même est très digne de louange2, et que l'excellence et la vertu de celui qui rend ce témoignage d'estime contribuent grandement à l'honneur et à l'avantage de celui auquel il est rendu3, il faut avouerque M. Vincent ne pouvait pa^s alors recevoir un plus signalé témoignage de sa vertu et de son mérite. On a depuis connu par l'erfet que ce saint évêque ne s'était pas trompé en son jugement.

M. Vincent a depuis ce temps-là toujours très dignement exercé cette charge, sous l'autorité et par la commission de M. le cardinal de Retz, alors évêque de Paris 4, et de ses successeurs. Nous verrons au deuxième livre3 la conduite

i. Saint François de Sales disait qu' «il ne connaissait pas de plus digne et de plus saint prêtre que M. Vincent ». Ce mot fut entendu plusieurs fois par Cocqueret, docteur de Sorbonne, comme le constate la lettre de l'évêque de Tulle à Clément XI, du 21 mars 1706. De son côté, saint Vincent s'écriait : « Combien Dieu doit être bon, puisque l'évêque de Genève est si bon! » (Lettre du 6 juin i65g, à Alexandre VII.)

2. Magna laus, laudari à laudato viro. (Cicero, lib. V, epist. xu.)

3. Adjicit laudum dignitati honor laudantis. (Mamertin., in Paiicgyr. Julian.)

4. Henri de Gondi, premier cardinal de Retz, oncle du futur et célèbre eoadjuteur, François-Paul de Gondi, plus tard, lui aussi, cardinal de Retz et archevêque de Paris.

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