‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 69 sur 201 · Voir lettre du 3o janvier i · texte numérisé non relu

Voir lettre du 3o janvier i

2. M. de Lestocq, docteur en théologie, professeur, puis curé. de Saint-Laurent à Paris, homme estimé à cause de son savoir et de son habileté. Il se tenait uni aux docteurs Cornet, Grandin et à tous ceux qui défendaient les droits du pape contre le Parlement; aussi les jansénistes le regardaient et le dénoncèrent comme un de leurs ennemis. En plus d'une circonstance, saint Vincent se plut à prendre son avis.

gieux, qui le porta à vouloir permuter ledit prieuré avec un autre bénéfice. Plusieurs le pressèrent qui lui offrirent des abbayes et autres bénéfices de revenu; mais, ayant communiqué ce dessein à ses amis, ils l'en détournèrent, disant qu'on pourrait apporter remède au différend qu'il avait avec ses religieux par une conférence de lui avec eux, en présence de quatre docteurs; à quoi il consentit, et ses religieux en convinrent. L'assemblée s'étant faite chez un docteur fort recommandable en mérite et en sainteté, M. le prieur allégua ses griefs; et ensuite on ouït la réponse du sous-prieur qui parlait pour les religieux : après quoi il fut ordonné que Ton dresserait une formule de vie et un règlement qu'on suivrait à l'avenir. Ce qui ayant été exécuté, M. le prieur ne laissa pas de persévérer en la volonté de quitter son prieuré. Et ayant ouï parler de quelques bons prêtres qui s'adonnaient à faire des missions, sous la conduite de M. Vincent qu'il ne connaissait point, il eut la pensée que, s'il les établissait audit prieuré, il pourrait participer au grand fruit qu'ils faisaient dans l'Eglise. Il demanda où ils demeuraient; et le lieu lui ayant été déclaré, il me pria comme son voisin et son bon ami de l'accompagner : ce que je fis très volontiers, lui représentant qu'il ne pouvait mieux faire, et que cette pensée ne pouvait venir que du Ciel, qui avait suscité ces bons prêtres pour le bien de la campagne, laquelle avait un extrême besoin d'eux, tant pour l'instruction que les villageois en recevaient, que pour la déclaration de leurs péchés au tribunal de la confession, où ils ouvraient librement et entièrement leurs consciences et découvraient ce qu'ils n'avaient pas osé dire aux confesseurs du lieu, soit pour n'avoir pas été interrogés sur iceux, ou par honte de les manifester; que j'en pouvais parler et l'en assurer, pour y avoir été avec eux et l'avoir expérimenté; qu'au reste il verrait un homme de Dieu en leur compagnie, qui était leur directeur, entendant parler de M. Vincent, ainsi que lui-même reconnaîtrait.

« Etant donc allés ensemble au collège des Bons-Enfants près la porte de Saint-Victor, M. le prieur, parlant à M. Vincent, lui découvrit le sujet qui Pavait amené, qui était qu'on lui avait fait un récit très avantageux de sa Congrégation et des charitables emplois auxquels elle s'appliquait en faveur des pauvres gens des champs, qu'il serait heureux s'il y pouvait contribuer, et qu'il avait la maison de Saint-Lazare, laquelle volontiers il leur céderait pour un si digne exercice.

« Cette offre si avantageuse étonna grandement cet humble serviteur de Dieu, en qui elle fit le même effet qu'un éclat de tonnerre imprévu qui surprend un homme soudainement et qui le laisse comme interdit; en sorte que ce bon prieur, s'en apercevant, lui dit : « Eh ! quoi, Monsieur, vous « tremblez? — Ilestvrai, Monsieur, lui répondit-il, que votre « proposition m'épouvante, et elle me paraît si fort au-dessus « de nous que je n'oserais y penser. Nous sommes de pau- « vres prêtres qui vivons dans la simplicité, sans autre des- « sein que de servir les pauvres gens des champs. Nous vous « sommes grandement obligés, Monsieur, de votre bonne « volonté, et vous en remercions très humblement. » En un mot, il témoigna n'avoir aucune inclination d'accepter cette offre, et s'en recula si loin qu'il ôta toute espérance de le retourner voir sur ce sujet : néanmoins la douce et affable réception dont usa M. Vincent toucha tellement le cœur de M. Le Bon qu'il ne pouvait changer de dessein, et lui dit qu'il lui donnait six mois pour y penser.

« Après ce temps-là il me pria derechef de l'accompagner pour aller revoir M. Vincent auquel il fit la même proposition, et le conjura de vouloir agréer son prieuré, et que Dieu lui inspirait de plus en plus de le lui remettre entre les mains : à quoi, insistant aussi de mon côté, je priai M. Vincent de ne pas refuser une si belle occasion. Tout cela ne changea point son esprit et son sentiment : il demeura ferme sur le petit nombre qu'ils étaient, qu'à peine

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ils étaient nés, qu'il ne voulait pas faire parler de lui, que cela ferait du bruit, qu'il n'aimait pas l'éclat, et enfin qu'il ne méritait pas cette faveur de M. le prieur. Sur cela, M. Le Bon, entendant sonner le dîner, dit à M.Vincent qu'il voulait dîner avec lui et sa communauté, comme en effet il y dîna, et moi aussi. La modestie de ces prêtres, la bonne lecture et tout l'ordre plut tellement à M. Le Bon, qu'il en conçut une vénération et un amour si grand pour eux qu'il ne cessa de me faire solliciter M. Vincent. Ce que je réitérai plus de vingt fois dans l'espace de six mois; jusqu'à ce point qu'étant fort ami de M. Vincent, je lui dis plusieurs fois qu'il résistait au Saint-Esprit et qu'il répondrait devant Dieu de ce refus, pouvant parce moyen s'établir et former un corps et une Congrégation parfaite, dans toutes ces circonstances. « Je ne puis dire avec quelle instance on l'a poursuivi : Jacob n'a pas eu tant de patience pour obtenir Rachel, et tant insisté pour obtenir la bénédiction de l'Ange, que M. le prieur et moi en avons eu pour avoir un oui de M. Vincent, lequel nous pressions de nous accorder cette acceptation. Nous avons crié plus vivement après lui que la Chananéenne après les Apôtres. Enfin M. le prieur s'avisa de lui aller dire au bout d'un an : « Monsieur, quel homme « êtes-vous ? Si vous ne voulez pas entendre à cette affaire, « dites-nous au moins de qui vous prenez avis ? en qui vous a avez confiance ? quel ami vous avez à Paris, à qui nous « puissions nous adresser pour en convenir? car j'ai le con- « sentement de tous mes religieux, et il ne me reste que le « vôtre. Il n'y a personne qui veuille votre bien, qui ne vous « conseille 'de recevoir celui que je vous présente. » Alors M. Vincent lui indiqua M. André Duval, docteur de Sorbonne, qui était un saint homme et qui a même écrit la vie de plusieurs saints '. « Nous ferons, dit-il, ce qu'il nous con-

1. André Duval, né à Pontoise en i5Ô4, docteur de Sorbonne, remarquable par ses lumières et son zèle pour l'orthodoxie; il était

« seillera. » En effet, M. le prieur Tétant allé trouver, ils traitèrent ensemble de ce dessein, demeurèrent d'accord des conditions ', et ensuite fut passé concordat le 7 janvier i632 entre M. le prieur et les religieux de Saint-Lazare d'une part, et M. Vincent et les prêtres de sa Congrégation de l'autre 2. C'est par ce moyen que M. Vincent a cédé enfin aux importunités qui lui ont été faites, et entre autres par moi-même, qui pouvais bien dire en cette occasion que raucœ factœ sunt fauces meœ3. J'eusse volontiers porté sur mes épaules ce père des Missionnaires pour le transporter à Saint-Lazare et l'engager à l'accepter : mais il ne regardait pas l'extérieur ni les avantages du lieu et de tout ce qui en dépend, n'étant pas même venu le voir pendant tout ce temps-là ; de sorte que ce ne fut point sa belle situation qui l'y attira, mais la seule volonté de Dieu et le bien spirituel qu'il y pouvait faire. L'ayant donc ainsi accepté par ce seul motif, après toutes les résistances imaginables, il y vint le lendemain 8 janvier i632 4, et tout se passa avec douceur et au contentement de toute la maison. C'est ce qui fait voir que digitus Dei est hic 5, que c'est la terre de promission où Abraham a été conduit; je veux dire M. Vincent,

l'ami et le conseiller de saint Vincent. On a de lui un Commentaire sur la Somme théologique de saint Thomas, en 2 vol. in-fol.; un traité De suprema Romani Pontificis in Ecclesiam potestate, etc. L'ouvrage auquel Abelly fait ici allusion est celui du savant jésuite espagnol Ribadeneira, intitulé Fleurs de la Vie des saints, qu'André Duval traduisit en français et compléta. Cette traduction a été rééditée de nos jours (12 vol. in-8, Paris, Vives) par l'abbé E. Darras, qui lui a conservé, avec son parfum de piété, sa forme littéraire un peu vieillie, mais pleine de charme. Il l'a enrichie de la vie de plusieurs saints et bienheureux du dix-huitième siècle. André Duval mourut en i638.

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