‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 72 sur 201 · Les religieux de Saint-Victor · texte numérisé non relu

Les religieux de Saint-Victor

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là à une personne de grande vertu, en qui il avait une grande confiance : « Vous savez bien, lui dit-il, que les religieux de N. N. nous contestent Saint-Lazare. Vous ne sauriez croire les devoirs de soumission que je leur ai rendus 6elon Tordre de l'Evangile, quoique en vérité ils ne soient point fondés en raison, à ce que M. Duval m'a assuré, et à ce que me disent toutes les personnes qui sa vent de quoi il s'agit. Il en sera ce qu'il plaira à Notre-Seigneur, qui sait en vérité que sa bonté m'a rendu autant indifférent en cette occasion qu'en aucune autre affaire que j'aie jamais eue; aidez-moi à l'en remercier, s'il vous plaît. »

Il y a encore, sur le sujet de ce procès, une autre chose très digne de remarque, qui fait voir le merveilleux détachement de ce grand serviteur de Dieu : c'est qu'en prenant possession de la maison de Saint-Lazare, il fut obligé de se charger de trois ou quatre pauvres aliénés d'esprit que leurs parents avaient confiés au soin de M. le prieur Le Bon. Il ne se peut dire avec quelle charité M. Vincent faisait servir et servait lui-même ces pauvres insensés: à quoi il s'appliquait avec d'autant plus de plaisir que la nature y trouve moins de satisfaction; ces gens-là n'étant pas capables de reconnaître le bien qu'on leur fait, et d'ailleurs étant ordinairement sales, embarrassants, et quelquefois même dangereux. M. Vincent donc se voyait lors en hasard d'être évincé de la maison de Saint-Lazare par cette communauté religieuse opposante, qui avait beaucoup de crédit et d'amis. Pour se préparer, selon sa bonne coutume, à tel événement qu'il plairait à Dieu de donner à ce procès, il se mit un jour à considérer, comme il a lui-même déclaré à quelques personnes de confiance, qu'est-ce qui lui pourrait faire peine s'il fallait quitter cette nouvelle demeure qui était si commode et avantageuse à sa Congrégation; et parmi toutes les commodités et avantages d'une maison seigneuriale, située aux portes de Paris, telle qu'était celle

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de Saint-Lazare, il ne trouva rien qui lui pût donner de la peine, que de quitter ces pauvres aliénés d'esprit: le service desquels, ou plutôt le service qu'il rendait à Jésus-Christ en leurs personnes, lui tenait plus au cœur que tout le reste de cette seigneurie et de toutes ces possessions qu'il regardait avec une entière indifférence. Oh ! que le cœur de ce saint prêtre avait des sentiments bien différents de ceux du monde, et que ses pensées étaient bien élevées au-dessus des pensées ordinaires des hommes ! Il réputait pour folie de s'attacher aux biens et commodités delà terre, et tenait pour sagesse de servir les fous : il estimait ce service rendu pour l'amour de Jésus-Christ comme un grand trésor qu'il craignait de perdre, et il ne se mettait point en peine d'être dépouillé d'une riche possession dont il commençait à jouir et qui lui pouvait être si commode pour la subsistance et affermissement de sa nouvelle Congrégation ! Oh ! que le saint Apôtre a eu grande raison de dire que Dieu se plaisait de perdre et de confondre toute la sagesse du monde! et que, pour devenir sage selon Dieu, il faut quelquefois se porter à ce qui est estimé folie devant les hommes ' !

Certainement ceux qui ont connu M. Vincent peuvent rendre témoignage qu'il avait un esprit autant capable et éclairé qu'on eût pu désirer en une personne de sa condition ; il n'y avait aucun mélange de légèreté ni de ferveur indiscrète en sa conduite; elle était appuyée non sur le simple raisonnement humain, mais sur les maximes et vérités de l'Evangile qu'il avait posées pour fondement et qu'il portait gravées dans son cœur et avait toujours présentes en son esprit. Selon ce principe, il se conformait en toutes choses à la doctrine et aux exemples de Jésus-Christ: à son imitation, il fuyait, autant qu'il lui était possible,

ï. Perdam sapientiam sapientium, et prudentiam prudentium reprobabo. (I Cor., ï.)

tout ce qui ressentait tant soit peu la vaine gloire ou l'ostentation, et, au contraire, embrassait avec une affection particulière l'humiliation, l'abjection, le mépris, l'abnégation de soi-même et autres semblables pratiques, pour se rendre d'autant plus conforme à celui qui, étant Dieu par nature, a voulu pour notre sujet se ravaler jusque-là que de se faire non seulement homme, mais l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple.

C'est dans cet esprit que M. Vincent, après être demeuré paisible possesseur de la maison de Saint-Lazare, a voulu continuer toujours, quoique sans aucune obligation, ce même exercice d'humilité et de charité, recevant en cette maison ces pauvres insensés que tout le monde rebute et dont personne ne se veut charger, les regardant comme membres infirmes de Jésus-Christ, et en cette qualité leur rendant tout le service et toute l'assistance corporelle et spirituelle dont ils peuvent être capables.

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