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CHAP. XXIV. — INSTITUTION DES FILLES DE LA CHARITÉ I

Saint-Benoit; et ensuite, il s'en présenta d'autres qui furent placées à Saint-Nicolas du Chardonnet et en d'autres paroisses.

M. Vincent et Mlle Le Gras leur donnèrent les avis qu'ils jugèrent nécessaires pour leur aider à se comporter de la manière quelles devaient, tant envers les dames qu'envers les pauvres malades. Mais ces filles, étant venues de divers lieux, n'avaient alors aucune liaison ni correspondance entre elles, ni autre dépendance que des dames des paroisses où elles demeuraient. D'ailleurs, n'ayant point été dressées aux exercices de ces charités envers les pauvres malades, il s'en trouvait parmi elles qui ne donnaient point de satisfaction, lesquelles pour cela il fallait ôter ; et comme on n'avait point des filles de réserve éprouvées et formées, il arrivait que les dames et les pauvres retombaient dans leur premier besoin. Cela faisait bien voir qu'il était nécessaire d'avoir en main un grand nombre de filles pour en mettre en tous les lieux de Paris où ces Confréries se trouvaient établies ; qu'il fallait aussi en prendre un soin particulier pour les dresser au service des malades, leur apprendre à saigner et à préparer les remèdes, et encore plus pour les élever et les former à l'exercice de l'oraison et de la vie spirituelle; étant comme impossible de persévérer longtemps en cette vocation très pénible et de vaincre les répugnances que la nature y ressent, si on n'a un grand fonds de vertu.

M. Vincent voyait ce grand besoin, et il était fort souvent importuné sur ce sujet par les dames qui n'avaient recours qu'à lui, pour leur fournir des filles telles qu'il était à désirer, mais qui ne se pouvaient que très difficilement rencontrer. Or, comme il n'était pas homme à s'inquiéter ni empresser, il se contentait de recourir à Dieu par la prière, attendant qu'il plût à sa Providence lui découvrir quelque moyen pour pourvoir à cette nécessité. Il ne fut point trompé dans son attente; car, plusieurs filles s'étant

bientôt présentées, il en choisit trois ou quatre qu'il jugea les plus propres et les mit entre les mains de M,leLe Gras, qui logeait alors auprès de Saint-Nicolas du Chardonnet, Payant auparavant disposée à les recevoir, loger et entretenir en sa maison, pour les rendre capables de correspondre aux desseins de la Providence de Dieu sur elles.

Cela se fit en Tannée 1 633 *, seulement par manière d'essai. Et Dieu donnant bénédiction à ces commencements, le nombre des filles s'augmenta, et il s'en forma enfin une petite communauté qui a servi et qu; sert encore d'une pépinière de Filles de la Charité, pour servir les pauvres malades dans les paroisses, dans les hôpitaux et dans les autres lieux où elles sont appelées.

M"0 Le Gras voyant les bénédictions que Dieu répandait sur cette petite communauté naissante, et l'affection qu'elle avait pour les pauvres la poussant à s'appliquer plus particulièrement à dresser ces filles qui leur pouvaient rendre un service si utile et salutaire, elle voulut savoir de M. Vincent si elle se dédierait entièrement à cette sainte entreprise. Après qu'elle l'eût pressé plusieurs fois pour la déterminer et pour lui dire si elle devait écouter cettî pensée et suivre ce mouvement, voici la réponse qu'il lui fit, selon sa maxime ordinaire de ne s'employer aux œuvres nouvelles et extraordinaires que par manière d'essai :

« Quant à cet emploi, je vous prie une fois pour toutes de n'y point penser, jusqu'à ce que Notre-Seigneur fasse paraître qu'il le veut; car on désire souvent plusieurs bonnes choses, d'un désir qui semble être selon Dieu, et néanmoins il ne l'est pas toujours; mais Dieu permet ces

i. Le 29 novembre, veille de la fête de saint André. On peut voir quel fut dès le début leur règlement de vie, dans la conférence que leur faisait saint Vincent l'année suivante (3i juillet 1634), et qui a été recueillie par M1" Le Gras elle-même. Douze sœurs composaient alors la communauté naissante. (Voy. Conférences aux Filles de la Charité, t. Ier, p. 1.)

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