CHAP. XXIV. INSTITUTION DES FILLES DE LA CHARITE
désirs pour la préparation de l'esprit à être selon ce que sa Providence même désire. Saûl cherchait des ânesses, et il trouva un royaume. Saint Louis prétendait à la conquête de la Terre sainte, et il obtint la conquête de soimême et la couronne du ciel. Vous cherchez à devenir la servante de ces pauvres filles, et Dieu veut que vous soyez la sienne, et peut-être de plus de personnes que vous ne seriez en cette façon. Pour Dieu, Mademoiselle, que votre cœur honore la tranquillité de celui de Notre-Seigneur, et il sera en état de le servir. Le royaume de Dieu est la paix au Saint-Esprit ; il régnera en vous, si vous êtes en paix. Songez-y donc, s'il vous plaît, et honorez souverainement le Dieu de paix et de dilection. »
Et par une autre lettre il lui manda : « Je n'ai pas le cœur assez éclairci devant Dieu en cette affaire ; une difficulté m'empêche de voir quelle est sa volonté. Je vous supplie, Mademoiselle, de lui recommander ce dessein pendant ces saints jours auxquels il communique plus abondamment les grâces du Saint-Esprit. »
Par ces lettres et plusieurs autres que M. Vincent écrivit sur ce même sujet, on voit avec quelle retenue il procédait au discernement de la vraie vocation de cette vertueuse demoiselle pour la direction de ces filles: non seulement parce qu'il la jugeait capable de plus grandes choses que celle-là, qui paraissait alors bien petite pour borner les talents et les grâces qu'elle avait reçus de Dieu, mais aussi parce que son humilité ne lui permettait pas de présumer que Dieu voulût se servir de lui1 pour exécuter tout ce que sa Providence a fait depuis par l'entremise de cette charitable demoiselle. Il la tint donc deux ans dans cette indifférence, la remettant toujours sans lui donner une dernière résolution, et l'exhortant de se confier uniquement en Dieu,