CHAP. XXIV. INSTITUTION DES FILLES DE LA CHARITE
nouvelle communauté de filles : communauté sur laquelle il a plu à Dieu répandre une si abondante rosée de ses bénédictions et de ses grâces, qu'elle a été désirée et recherchée de toutes parts, jusqu'à un tel point qu'on ne donne pas même le temps de bien dresser les filles, parce que, s'il faut ainsi parler, on arrache ces jeunes plantes de leur séminaire presque aussitôt qu'elles y sont mises, sans leur donner le temps de se former. A quoi néanmoins Dieu, suppléant par sa miséricorde, les a toujours assistées de telle sorte, que par leur frugalité, assiduité dans le travail, amour de la pauvreté, patience, modestie et charité, elles ont donné et continuent de donner beaucoup d'édification en tous les lieux où elles sont employées.
Les premiers fondements de leur communauté furent posés dans la maison de Mlle Le Gras, en la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet ; d'où depuis, par l'avis de M. Vincent, elle les transféra en une autre maison, au village de la Chapelle, à demi-lieue de Paris, comme à un lieu plus propre pour les élever, nourrir et vêtir à la façon des champs, dans un esprit de pauvreté et d'humilité, etint destinées pour être les servantes des pauvres. Ensuite de quoi, environ l'année 1642, elles retournèrent à Paris et furent logées et établies au faubourg Saint-Lazare, en la maison où elles sont encore aujourd'hui '. Enfin M. Vincent leur prescrivit des règles et constitutions qui furent approuvées par M. l'archevêque de Paris, lequel par son autorité les érigea en Congrégation ou Compagnie sous le titre de Filles de la Charité, servantes des pauvres, et sous la direction du Supérieur général de la Congrégation de la Mission. Le roi a confirmé et autorisé leur etabi cernent par ses lettres patentes, qui ont été vérifiées au Par-
1. Elles en furent chassées à la fin du siècle dernier par la Révolution. Aujourd'hui, leur maison mère est située à Paris, rue du Bac.
lement de Paris1. Outre le service et l'assistance qu'elles rendent aux pauvres malades, elles s'emploient encore, en plusieurs lieux, à instruire les jeunes filles, et leur apprennent surtout à connaître et servir Dieu et à s'acquitter des principaux devoirs de la vie chrétienne.
Cette œuvre semblera petite aux yeux du monde qui ne prise que les choses qui ont de l'apparence et de l'éclat. Mais ceux qui savent combien les œuvres de miséricorde et de charité sont précieuses devant Dieu et de quelle façon elles ont été recommandées par Notre-Seigneur connaîtront que cet Institut, quoique petit devant les hommes, est néanmoins grand devant Dieu. Ils le jugeront d'autant plus méritoire dans ses emplois, que Jésus-Christ a plus expressément déclaré qu'il avait aussi agréable le service qu'on rend aux pauvres que s'il était fait à sa propre personne, et que d'ailleurs la charité avec laquelle on lui rend ce service en la personne des pauvres est plus pure, et par conséquent plus parfaite : n'y ayant souvent rien à attendre pour toute reconnaissance de la part de ces pauvres créatures que des contradictions, des plaintes et des injures.
C'est Dieu qui, par l'humble et charitable Vincent de Paul, a fait naître et multiplier cette petite Communauté, laquelle a produit par le passé et continue toujours de produire des fruits d'humilité, de patience, de charité et des autres vertus que le Fils de Dieu a le plus chéries et plus particulièrement recommandées dans l'Evangile; de quoi il sera encore parlé en la seconde partie.
i. En 1668, la Compagnie des Filles de la Charité fut approuvée et confirmée par l'autorité apostolique, en vertu des lettres délivrées par le légat du Saint-Siège en France, Louis de Vendôme.