‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 90 sur 201 · Marie Fouquet, mère du fameux surintendant des finances · texte numérisé non relu

Marie Fouquet, mère du fameux surintendant des finances

3. La Cour elle-même désira avoir, comme les paroisses de Paris, sa Compagnie de Dames de la Charité. La reine Anne d'Autriche, qui avait de la piété et qui se montra toujours dévouée pour les œuvres que dirigeait Vincent de Paul, voulut en faire partie. (Voir le règlement que le saint dressa pour la nouvelle association, Supplément aux lettres, etc., p. 470. )

le moins 1,000 ou 1,200 d'ordinaire; et depuis ils ont été jusqu'au nombre de 2, oooet davantage. C'est un flux et un reflux continuels de pauvres malades qui entrent et qui sortent : les uns y demeurent huit ou quinze jours; les autres un mois ou davantage. Il y a des jours qu'on en reçoit 5o ou 60 ou 80, et quelquefois 100; et tous les ans il y en passe du moins 20 ou 25, 000, dont les uns guérissent, les autres meurent : et pour les uns et pour les autres, il y a une grande moisson d'âmes à faire, et une occasion favorable de travailler avec grand fruit, tant pour les mettre en état de commencer une bonne vie par une confession générale et par une vraie conversion de leurs mœurs, que pour leur aider, quand leur dernière heure est venue, à finir leur vie par une bonne mort.

M. Vincent n'eut pas peine d'associer ces dames, ni de les disposer à travailler pour les pauvres, mais bien de les mettre en exercice dans l'Hôtel-Dieu. Aussi leur prédit-il, lorsqu'il leur représenta le mérite et l'importance de cette entreprise, qu'elle ne serait pas sans difficultés de la part de quelques personnes qui pourraient leur être contraires, dans la pensée que ces exercices de charité feraient connaître les défauts qui étaient alors dans cet hôpital. De sorte qu'elles devaient se représenter que, s'il y avait de grands biens à faire, il y avait aussi beaucoup d'obstacles à surmonter, et par conséquent qu'il était nécessaire de s'y préparer et de bien prendre ses mesures ; sur quoi il ne manqua pas de leur donner tous les avis les plus convenables touchant la manière de s'y comporter. Et de sa part il jugea qu'il devait prévenir MM. les supérieurs spirituels et temporels de cet hôpital, leur donnant connaissance de la bonne intention de ces vertueuses et charitables dames et de l'ordre qui avait été donné par M. l'archevêque, afin qu'ils agréassent l'assistance qu'elles avaient dessein de rendre aux malades, comme ils l'agréèrent en effet.

Enfin, après avoir nommé celles qui devaient commencer

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cette charitable visite des pauvres malades et les autres qui les devaient suivre, il leur recommanda, comme il a encore fait depuis en diverses occasions : i° d'invoquer tous les jours, en entrant dans l'Hôtel-Dieu, l'assistance de Notre- Seigneur, qui est le vrai père des pauvres, par l'entremise de la très sainte Vierge et de saint Louis, fondateur de cette maison; 2* de se présenter ensuite aux religieuses qui' ont le soin des malades, s'offrant de les servir avec elles pour participer au mérite de leurs bonnes œuvres; 3° d'estimer et respecter les mêmes religieuses comme des anges visibles, leur parlant avec douceur et humilité et leur rendant une entière déférence; 40 s'il arrivait que ces bonnes filles ne prissent pas toujours en bonne part leur bonne volonté, qu'elles leur en fissent des excuses et tâchassent d'entrer dans leurs sentiments, sans jamais les contredire, ni les conîrister, ni vouloir l'emporter sur elles.

« Nous prétendons, leur disait-il, de contribuer au salut et au soulagement des pauvres; et c'est chose qui ne se peut sans l'aide et l'agrément de ces bonnes religieuses qui les gouvernent. Il est donc juste de les prévenir d'honneur, comme leurs mères, et les traiter comme les épouses de Notre-Seigneur et les dames de la maison : car c'est le propre de l'Esprit de Dieu d'agir suavement, et c'est le moyen le plus assuré de réussir que de l'imiter en cette manière d'agir. »

Voilà quel était l'esprit avec lequel M. Vincent entreprit cette sainte oeuvre, et la prudente et sage conduite sous laquelle ces vertueuses dames commencèrent d'aller exercer leur charité envers les pauvres de l'Hôtel-Dieu. Elles y trouvèrent un facile accès par cet abord amiable et respectueux à l'égard des religieuses, dont elles gagnèrent incontinent les cœurs par les services et assistances qu'elles rendaient, non seulement aux malades et convalescents, mais aussi aux parents des mêmes religieuses, lorsqu'elles les en requéraient pour quelques affaires de famille : et par ce

moyen elles eurent toute liberté d'aller de salle en salle, et de lit en lit, consoler les pauvres malades, leur parler de Dieu et les porter à faire un bon usage de leurs infirmités. Et pour ne point faire cette visite des malades les mains vides, elles convinrent avec M. Vincent qu'il était expédient, outre les paroles de consolation et d'édification qu'on leur disait, de leur porter quelques douceurs par manière de collation entre le dîner et le souper. A cet effet elles louèrent une chambre près l'Hôtel-Dieu, pour y préparer et garder les confitures, fruits, bassins, plats, linges, et autres ustensiles convenables. Il fut aussi résolu d'y mettre des Filles de la Charité pour acheter et préparer toutes les choses nécessaires, et pour aider les dames à distribuer ces collations aux malades. M. Vincent était absent lorsque ces Filles y furent établies, et l'ayant su il en écrivit à M,le Le Gras en ces termes : « Dieu vous bénisse, Mademoiselle, de ce que vous êtes allée mettre vos filles en fonction à l'Hôtel- Dieu, et de tout ce qui s'en est suivi. Ménagez votre santé: car vous voyez le besoin qu'on a de vous '. » Mais parce que cette vertueuse demoiselle, qui était fort zélée pour le service de ces pauvres malades, craignait toujours de ne pas faire assez pour correspondre aux desseins de Dieu, quoiqu'elle s'y employât autant qu'elle pouvait, M. Vincent dans une autre lettre lui dit ces paroles dignes de remarque : a D'être toujours à l'Hôtel-Dieu, il n'est pas expédient; mais d'y aller et venir, il est à propos. Ne craignez pas de trop entreprendre, en faisant le bien qui se présente à vous ; mais craignez le désir d'en faire plus que vous ne faites et que Dieu ne vous donne le moyen de faire. La pensée d'aller au delà me fait trembler de peur, parce qu'elle me semble un crime aux enfants de la Providence. Je remercie Notre-Seigneur de la grâce qu'il fait à vos filles d'être si généreuses et si bien disposées à lui rendre service. Il y a

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