Lettre du 17 janvier
Vie. — 14
lors, il n'y avait que douze ou quatorze cents livres par an de revenu assuré. Mais quoique depuis, le roi leur ait assigné douze mille livres par aumône sur les cinq grosses fermes l , M. Vincent ayant pour cela sollicité la piété de la reine mère; néanmoins, comme la dépense allait tous les ans à près de quarante mille livres, les dames se sont trouvées de temps en temps fort en peine de soutenir une si grande charge, et dans l'appréhension de succomber sous le faix d'une telle entreprise. Gela obligea M. Vincent de faire une autre assemblée générale environ l'an 1648, où il mit en délibération si la Compagnie devait cesser ou bien continuer à prendre soin de la nourriture de ces enfants : étant en sa liberté de s'en décharger, puisqu'elle 'n'avait point d'autre obligation à cette bonne œuvre que celle d'une simple charité2. Il leur proposa les raisons qui pouvaient les dissuader ou persuader; il leur fit voir que jusqu'alors par leurs charitables soins, elles en avaient fait vivre jusqu'à cinq ou six cents, qui fussent morts sans leur assistance, dont plusieurs apprenaient métier et d'autres étaient en état d'en apprendre; que par leur moyen tous ces pauvres enfants en apprenant à parler avaient appris à connaître et à servir Dieu; que de ces commencements elles pouvaient inférer quel serait à l'avenir le fruit de leur charité. Et puis élevant un peu sa voix, il conclut avec ces paroles : * Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants; vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés ; voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d'être leurs mères, pour devenir à présent leurs juges; leur vie et leur mort sont entre vos mains; je m'en vais prendre les voix et les