‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 96 sur 201 · CHAP. XXX. LES ENFANTS TROUVES · texte numérisé non relu

CHAP. XXX. LES ENFANTS TROUVES

suffrages : il est temps de prononcer leur arrêt, et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront si vous continuez d'en prendre un charitable soin; et au contraire ils mourront et périront infailliblement si vous les abandonnez : l'expérience ne vous permet pas d'en douter. » M. Vincent ayant prononcé ces paroles avec un ton de voix qui faisait assez connaître quel était son sentiment, ces dames en furent si fort touchées, que toutes unaniment conclurent qu'il fallait soutenir, à quelque prix que ce fût, cette entreprise de charité et pour cela elles délibérèrent entre elles des moyens de la faire subsister.

Ce fut en suite de cette résolution qu'elles obtinrent du roi les bâtiments du château de Bicêtre ', où elles ont logé pendant quelque temps ces enfants, après qu'ils étaient sevrés. Mais outre que l'air y était trop subtil pour ces petites créatures, il y avait encore d'autres incommodités qui obligèrent les dames de les faire ramener à Paris et de prendre à louage une grande maison au bout du faubourg de Saint-Lazare, où ils sont encore présentement nourris et élevés par dix ou douze Filles de la Charité. On entretient plusieurs nourrices dans cet hôpital pour donner du lait aux enfants nouvellement apportés, en attendant que d'autres nourrices des champs les viennent prendre 2, auxquelles on paye par mois le salaire dont- on convient avec elles. Lorsque les enfants sont sevrés, elles les rapportent au même hôpital où ces bonnes Filles de la Charité prennent soin d'eux, et, en leur apprenant à parler, leur apprennent à prier Dieu, à le bien connaître, à l'aimer et à le servir;

i . Près de Gentilly. Ce château avait été construit sous Charles V; il avait été restauré sous Louis XIII, pour servir d'hôpital aux soldats invalides.

2. Même alors la sollicitude de Vincent n'abandonnait pas ces pauvres enfants : il les faisait visiter chez leurs nourrices par les Filles de la Charité, et, en 1040, il chargea de ce soin un frère de sa Congrégation, qui employa six semaines à parcourir les villages.

et quand ils avancent un peu en âge, elles les occupent à faire quelque petit ouvrage pour éviter l'oisiveté, en attendant que la Providence de Dieu fasse naître quelque occasion pour les pourvoir et mettre en état de subsister par leur travail et industrie.

Voilà quels ont été les fruits de cette sainte œuvre qui s'est continuée avec grande bénédiction depuis plus de vingt-cinq ans, par la sage conduite de M. Vincent, et par les soins et les bienfaits de ces vertueuses dames l. Leur charité a été si avantageuse et si favorable à ces enfants qu'on peut dire qu'ils sont plus heureux dans l'abandon où ils ont été exposés, que s'ils avaient été nourris et élevés parmi leurs parents que l'on peut présumer être ou très pauvres ou très vicieux. En sorte que Dieu semble avoir voulu vérifier par le mouvement de sa grâce qui est le premier principe de cette charitable entreprise, ce qu'il a dit par un Prophète : que s'il se trouvait des mères si dénaturées que de mettre en oubli et à l'abandon leurs propres enfants, sa Providence paternelle en prendrait le soin, leur suscitant et donnant d'autres mères bien meilleures, qui auraient l'affection et qui prendraient le soin de suppléer abondamment au défaut des autres.

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