XIV. Saint lOominique visite les recluses IDers I2iô
• r w" l'époque de Saint Dominique il exisi I tait dans Rome des recluses: femmes J"-^ héroïques jusqu'à l'étrange, et que l'on ne comprendrait guère aujourd'hui.
Saint Dominique les visitait. Il allait voir en particulier une recluse du nom de Bona,
(i) Vit. s. D.
près de Saint-Jean-de-Latran, et une autre appelée Lucie, près de Sainte-Anastasie.
Le P. Besson avait préparé un carton représentant la visite à la pauvre Bona. Saint Dominique est en face de la fenêtre lourdement grillée d'une tour, et de l'autre côté on aperçoit Bona qui parle a son visiteur.
Voici le fait rappelé par ce croquis, tel que le raconte Thierry d'Apolda: «Le B. Dominique avait coutume de \iM:er les affligés et de consoler les pauvres. Or il existait alors à Rome dans une tour, non loin de la porte de Latran une pauvre femme qui vivait solitaire. Elle s'appelait Bona, et elle méritait ce nom par sa vertu et par sa sainteté. Elle fut atteinte d'un mal affreux: elle avait constamment la poitrine rongée et remplie de vers sans nombre. Et pourtant elle supportait son mal avec tant de résignation, de courage et même de reconnaissance que souvent, lorsque les vers tombaient, elle les recueillait et les remettait dans sa poitrine. Saint Dominique la visitait, entendait ses confessions et lui portait fréquemment l'Eucharistie. Un jour qu'il lui avait porté ce sacrement et cette consolation, il lui adressa quelques paroles édifiantes, s'assit près de sa petite fenêtre et la pria de lui montrer délabrée comme elle devait se trouver sa poitrine si affreusement rongée. Elle obéit et lui montra cette partie de son corps toute pleine de vers. Dominique, profondément ému, lui dit: «Je vous en prie, donnez-moi l'un de ces vers, contre la recompense que vous voudrez.»
Mais elle n'accepta la demande qu'à cette seule condition que le ver lui serait restitué. Dominique promit, et alors elle lui passa un ver par sa petite fenêtre. Il était énorme et avait la tête toute noire. Or, à peine Dominique l'eut-il reçu dans ses doigts et regardé, qu'il se changea tout-à-coup en une pierre précieuse de la plus grande beauté. A cette vue, les frères qui l'accompagnaient, furent dans un grand étonnement, et conseillèrent au B. Dominique de ne pas lui rendre cette pierre précieuse. Mais Bona pleurait et suppliait qu'on lui rendit sa pierre précieuse. L'homme de Dieu, fidèle à sa promesse, s'approche et la met sur la fenêtre. Bona la prend, la place sur sa poitrine, et à la vue du B. Dominique et de ses
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compagnons, elle fut changée en ver comme auparavant. Alors Dominique se mit en prière, fit le signe de la croix sur cette femme et la renvoya en paix. Mais il descendait à peine de la tour que Bona voyait la pourriture tomber de son corps, les vers mourir, sa poitrine redevenir saine et son mal disparaître. Quelques jours plus tard, l'homme de Dieu lui fit une nouvelle visite et la trouva en parfaite santé et pleine de joie. Elle ne cessa plus de raconter aux frères comment par la grâce de Dieu et les mérites de son serviteur, elle avait été guérie. » (1)