XVI. .'Hpparttton ocs 88. Pierre et Banl à Hatnt Dominique
Gette peinture est la première que l'on trouve sur la paroi gauche, en entrant. Saint Dominique est à genoux dans la basilique de Saint- Pierre, devant un autel orné de mosaïques anciennes; saint Pierre et saint Paul lui apparaissent, lui donnant, le premier, un bâton, le second, un livre, symboles de juridiction et de science. « Cette composition est surtout remarquable par la noblesse et le mouvement des figures. » (1) Le saint Dominique de cette composition est un portrait du P. Lacordaire. On lit cette inscription au-dessous: s. petrvs virgam, s. pavlvs
EVANGELIVM, S. P. DOMINICO TRADIT.
Vincent de Beauvais nous raconte en ces termes ce que nous a peint le P. Besson: «Un jour que le serviteur de Dieu, Dominique, se trouvait à Rome et priait ardemment, devant le Tabernacle, pour la conservation et la dilatation de l'Ordre qu'il avait fondé, la main de Dieu se manifesta sur lui et il vit tout-à-coup les glorieux Apôtres Pierre et Paul lui apparaître dans une vision d'imagination. Il vit Pierre lui donner un bâton, Paul un livre; et tous deux lui dirent: «Va et prêche, «parce que le Seigneur t'a choisi pour cette «mission.» (2) Flaminio interprête ainsi la vision: Le bâton signifie le pouvoir de prêcher et aussi de lier ou de délier les consciences; non seulement parce que Honorius donna à Dominique et à tout l'Ordre des Prêcheurs ce double pouvoir, mais encore parce que parmi leurs enfants on devait compter beaucoup de Papes, de Cardinaux, d'Evêques et d'autres prélats de la sainte Eglise. Le livre ouvert indique la clarté d'intelligence avec laquelle ils devaient saisir le sens et la force de la Loi divine.» (3)
Dans toute son histoire, l'Eglise compte peu de visions comparables à celle dont nous venons de lire le récit. Les personnages, le
(1) Cait. Op. cit.
(2) Spec. Histor. Lib. XXX. Cap. LXVI1.
(3) Vit. S. Dom.
lieu, l'époque, le fait lui-même et sa signification, tout ici est d'une importance exceptionnelle et nous n'hésitons pas à nommer cette apparition : « La Vocation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. »
Quand Jésus envoya ses disciples par le monde, il leur prescrivit la pauvreté : Nihil tollerent in via, nisi virgam tantum, (Marc, vi. 8.)
Un bâton devait être leur seule richesse, le signe de leur juridiction, le sceptre de leur royauté. Ne devait-il pas aussi leur rappeler la Tige de Jessé, la Vierge Marie, dont ils devaient faire le soutien et la compagne de leurs travaux? Les Frères-Prêcheurs du XIIIe siècle, comme on peut le voir dans les Vies des Frères, comprenaient ainsi ce texte et voyageaient toujours avec un long bourdon qui leur rappelait cette pensée consolante.
Quoi d'étonnant si le Prince des Apôtres, voulant reconnaître les Frères-Prêcheurs pour «l'Ordre de Saint Pierre» remet à leur chef un bâton, comme signe de son propre apostolat, qu'il lui transmet à lui et à ses enfants? Quoi d'étonnant si dans la vocation, l'appel d'en haut de l'Ordre apostolique par excellence, Y Apôtre par excellence, Paul, parait à côté de Pierre? Est-ce peut-être au souvenir de cette vision, de cette vocation, que les premiers Prêcheurs portaient sur eux, outre leur bâton, l'Evangile ou les épîtres de saint Paul? Est-ce pour obéir à l'Apôtre des nations que ses épitres ont toujours été en très grand honneur dans l'Ordre de saint Dominique? Les chapitres généraux veulent qu'on les fasse étudier par cœur aux novices; l'enseignement théologique dominicain en est le développement magnifique; et récemment encore le P. Jandel n'en était-il pas tellement pénétré que ses lettres semblaient être un tissu de textes de saint Paul, disons mieux, qu'empruntant à l'Apôtre quelques-unes de ses expressions, elles exprimaient tout son esprit?
Oui, l'Ordre de saint Dominique, le jour de la vision de son Patriarche, a été adopté solennellement par les Princes des Apôtres et il est l'ordre apostolique par excellence, l'Ordre de saint Pierre et de saint Paul.