‹ La vie de saint DominiqueChapitre 26 sur 31 · REGINALDO HABITVM ORDINIS OSTENDIT · texte numérisé non relu

REGINALDO HABITVM ORDINIS OSTENDIT

Il nous faut entendre l'antiquité nous faisant le récit de la vision représentée dans cet espace. «Pendant que le B. Dominique se trouvait à Rome, dit Vincent de Beauvais, maître Réginald, doyen du chapitre de Saint -Aignan d'Orléans, y arriva lui aussi. C'était en 1218. Maître Réginald, connu par son savoir et sa sainteté, jouissait d'une grande renommée. Pendant cinq ans il avait enseigné le droit canonique à Paris. Sous l'effet d'une inspiration divine, il avait conçu le projet de tout laisser pour se livrer entièrement à la prédication et il se disposait à réaliser son dessein : cependant il n'était pas encore fixé sur la manière dont il l'exécuterait. Il ne connaissait pas l'existence des Frères-Prêcheurs. Un jour néanmoins, dans un entretien intime avec un Cardinal, il fit connaître son projet, et déclara combien il serait heureux de tout quitter, pour prêcher Jésus-Christ en tout lieu, dans la pauvreté volontaire. Le Cardinal lui répondit: «Voici précisément qu'un nouvel Ordre, celui des Prêcheurs, vient de s'établir, comme vous le souhaitez. Il a pour but la prédication et pratique la pauvreté volontaire, le Maître de l'Ordre est en ce moment dans Rome même, se livrant à l'office de la prédication.» A cette nouvelle, maître Réginald se mit aussitôt en rapport avec Dominique et lui manifesta son secret désir. Il fut en même temps séduit par son air de sainteté et ses

gracieux encouragements et il résolut d'entrer dans son Ordre.

« Mais à cette résolution il faut une épreuve fortifiante. Maître Réginald tombe gravement malade; le mal fait de rapides progrès; la mort est imminente et les médecins désespèrent de le sauver.

«Cependant le B. Dominique ne peut se faire à la pensée de perdre son nouvel enfant. Il se met ardemment à prier, sollicite la bonté divine par ses supplications brûlantes, déclarant qu'il ne cessera d'importuner le Souverain Maître que lorsqu'il lui aura laissé cet enfant qui était plutôt conçu que né pour lui ; et, comme il le racontait lui-même plus tard dans un entretien avec les frères, il le suppliait de le lui donner au moins pour un peu de temps. Pendant qu'il était en prière, voici que la bienheureuse Vierge, Mère de Dieu et Reine du monde, apparut visiblement à maître Réginald, qui était éveillé, bien que souffrant beaucoup de la fièvre. Elle était accompagnée de deux jeunes filles incomparablement belles. Le malade entendit la Vierge lui parler ainsi: « Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. - Pendant qu'il cherchait ce qu'il allait demander, l'une des jeunes filles qui accompagnaient Marie lui suggéra de ne rien demander que ce que Marie voudrait lui accorder dans sa miséricorde; et de s'abandonner simplement à son bon plaisir. Il reçut ce sage conseil, et s'en remit à la bienveillance de la Mère de Dieu. Alors celle-ci, étendant sa main virginale, oignit les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, les mains et les pieds du malade avec une huile bienfaisante qu'elle avait apportée, et en même temps elle proférait des formules spéciales pour chaque onction... Puis elle lui montra l'habit de l'Ordre des Prêcheurs en lui disant: * Voici l'habit de ton Ordre. - Et à l'instant la vision disparut. Mais le malade resta pleinement guéri... Le matin Dominique arriva, lui demandant avec familiarité comment-il se trouvait. " Je suis parfaitement guéri,- répondit Réginald. Et il lui raconta la suite de la vision. * (1)

La même merveille se répéta en une autre circonstance. Puis enfin, ajoute Flaminio,

i i , Spec. Hist. Lib. XXX.

- Le B. Dominique conduisit Réginald au couvent et lui donna l'habit qui lui avait été miraculeusement montré. Bientôt il commanda à tous les religieux qui étaient à Rome, en Italie, en Espagne et ailleurs, de revêtir le même habit. »(i) -Ainsi, reprend Vincent de Béarnais, le B. Réginald reçut le premier des mains de Dominique l'habit montré par la Vierge, et que Dominique et tous les autres frères ont porté ensuite, c'est-à-dire la tunique, avec le scapulaire blanc et la chape noire.- (2)

— Jusqu'alors les Dominicains avaient porté la tunique blanche et le rochet; aussi dans la peinture du P. Besson, le Bienheureux est-il encore revêtu du rochet. Le rochet fut dès lors remplacé par le scapulaire, et Marie fut nommée Vestiaria Ordinis. Ces faits se sont passés à Sainte-Sabine même.

XXI 1 1. BLésurrectton ou jeune XJapoléon Orstnf (Hun. 1220, le H février)

Ge miracle eut lieu à Saint-Sixte, et dans la salle même du chapitre. Depuis de longs siècles il y avait été représenté, et Benoit XIII, de la famille des Orsini, un descendant du jeune ressuscité, n'avait pas omis de faire réparer ce monument de la puissance de Dieu et de la sainteté de Dominique.

Le prodige s'accomplit le jour même où les nouvelles dominicaines devaient prendre possession du monastère. Mais il faut citer l'une d'elles, témoin oculaire, la chère Sœur Cécile. Il avait été convenu entre le B. Dominique et les trois cardinaux ses amis, qu'on se réunirait à Saint-Sixte le premier mercredi du Carême, après l'imposition des cendres, pour recevoir l'abdication de l'Abbesse de Santa Maria-in-Trastevere, en présence de toutes les sœurs, et recevoir toute juridiction sur les biens du vieux monastère. Tout le monde était déjà réuni, lorsque tout-à-coup un homme entre en s'arrachant les cheveux et secriant de toutes ses forces que le neveu du cardinal Etienne est tombé de cheval et s'est tué. Ce jeune homme s'appellait Napo-

1 1 Vita S. D.

(2) Loc. cit.

PLlANCHE IX

■ XXUI> RÉSURRECTION DU JEUNE NAPOLÉON ORSINI STSIXTE . 14 FÉVRIER 1920.

XXIV. LES SŒURS INTRODUITES À S'ï SIXTE AVEC LIMACE MIRACULEUSE DE MARIE 11320.1

<XXV> VETURE DU BIENHEUREUX CESLAS À STE SABINE, i 1Q20.'

■ Vjom ITtL;!Brao»|

léon. A cette parole, l'oncle tombe en s'appuyant sur le B. Dominique. Les voisins le soutiennent; le B. Dominique se lève, l'asperge d'eau bénite, puis le laisse et se rend auprès du cadavre horriblement défiguré et broyé qu'il fait transporter et enfermer dans une maison voisine. Le B. Dominique commande alors à frère Tancrède et aux autres qui l'accompagnaient de préparer ce qui lui était nécessaire pour célébrer la messe. Il y avait autour du B. Dominique les trois cardinaux et beaucoup d'autres personnes, l'abbesse avec toutes ses religieuses. L'abbesse était grandement vénérée à cause de sa sainteté.

Le B. Dominique célébra la messe avec une grande abondance de larmes. Quand il arriva à la consécration du corps de Notre-Seigneur, au moment où le tenant dans ses mains il l'élevait selon la coutume, tous le virent avec stupéfaction s'élever lui-même de terre à la hauteur d'une coudée. Après la messe, il se rendit auprès du cadavre, accompagné des cardinaux, de l'abbesse, des sœurs et de tous les assistants. Arrivé près du mort, il disposa convenablement les membres, déchirés et disloqués des pieds à la tête, puis se prosterna et se mit à prier en répandant beaucoup de larmes. Il répéta trois fois cette prostration, disposa encore les membres du mort, puis se tint debout. Il fit le signe de la croix sur le défunt, se tenant près de sa tête. Il étendit ensuite les mains vers le ciel et on le vit encore s'élever par la puissance divine d'une coudée au-dessus du sol et enfin il s'écria d'une grande voix: «Jeune homme, Napoléon, je te le dis au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, lève-toi!» A l'instant, en présence de la foule réunie devant un si grand spectacle, le jeune homme se leva sain et sauf. Il dit au B. Dominique: «Père, donnez- moi à manger. » Le B. Dominique lui donna à boire et à manger, et il le rendit à son oncle, plein de santé et de joie, n'ayant plus trace de sa chute. Il était resté mort depuis le matin jusqu'à l'heure de None.» Tout le récit de ce grand miracle a été fait par Sœur Cécile, présente à tout le prodige; elle avait tout vu de ses yeux, tout entendu de ses oreilles. (1)

(i) Mirac. S. D. II.

Quiconque aura compris le magnifique récit de Sœur Cécile et saura ce qu'est la vie des Saints complétera avec plaisir ses impressions par la vue des beautés de la peinture que nous avons sous les yeux. «C'est sans contredit l'œuvre la plus importante et la plus remarquable du P. Besson. Il la quitta, la reprit souvent et ne l'acheva à peu près, disait- il, qu'au moment de retourner pour la seconde fois en Orient.

« La scène se passe dans la salle même du chapitre dont on reconnaît les colonnes et les voûtes(i). Au premier plan, le jeune Napoléon es: étendu sur le drap funèbre où l'on dépose les morts en Italie. A droite, les religieuses dominicaines, qui vont prendre possession du couvent; à gauche, les cardinaux, qui doivent être témoins de la cérémonie, et au centre, entouré de ses religieux, saint Dominique, élevé de terre, les bras étendus et le regard au ciel. Il est impossible de rendre l'impression mystérieuse qu'on éprouve devant cette peinture. On assiste vraiment à un miracle; on y croit sans le discuter et l'on partage l'émotion religieuse que chaque spectateur exprime selon son âge et son caractère.

Toute l'attention se concentre sur les deux principaux personnages : d'abord le jeune homme ressuscité ; ses jambes ont encore l'immobilité et la roideur de la mort, mais la vie envahit déjà la partie supérieure de son corps. Il se soulève et tend les mains vers son libérateur, que ses yeux, rendus à la lumière, contemplent avec amour et reconnaissance. Le Saint, d'autre part, semble s'élever de terre pour se reposer dans le sein de Dieu même. Le P. Besson a tellement mis son âme dans la figure du Patriarche, qu'elle lui ressemble; on le reconnaît, quoique les traits en soient plus beaux que n'étaient les siens. C'est lui, transfiguré et tel que nous le verrons un jour dans le ciel. «Cette composition, qui ne compte pas moins de quarante quatre personnages, est certainement son œuvre capitale. Elle suffirait à sa réputation ; car il y égale les plus grands maîtres par l'unité du sujet, la disposition des

(i) Cette peinture nous reproduit l'intérieur du chapitre, de même que le tableau de la résurrection de l'enfant nous a représenté l'entrée extérieure, telle qu'elle se voit aujourd'hui, sauf quelques détails ajoutés ou modifiés par le peintre.

groupes, l'intensité des expressions, la justesse des mouvements, le choix des draperies, la solidité de la peinture, la richesse et l'harmonie des couleurs. Jamais il n'a plus heureusement uni au style noble de Fra Bartolomeo les saintes inspirations du peintre de Fiesole. » (1) Au bas de la peinture on lit ces mots : in svblime vir

DEI ELATVS NAPOLEONEM VRSINVM MORTIS FAVCIBVS ERIPIT.

Au-dessous du tableau principal se trouvent simplement dessinés au trait les principaux détails de l'événement. Il y a deux scènes : le jeune Napoléon tombe de son cheval furieux et se tue; — puis son cadavre est emporté sur un brancard. Ces esquisses pleines de sobriété et de vie sont magistralement enlevées.

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