‹ La vie de saint Grégoire le GrandChapitre 2 sur 6 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

DE

Le poème que nous publions n’a rien de commun avec la célèbre légende de S. Grégoire, dont la plus ancienne forme française, imprimée par M. Luzarche, va être publiée avec plus de critique par M. Alfred Weber pour la Société des Anciens Textes; le héros de cette légende porte bien le nom de Grégoire, mais on ne peut l'identifier à aucun des papes de ce nom. Le poème qu’on va lire raconte au contraire la vie de Grégoire 1°, dit le Grand, et n’est que la traduction de l’ouvrage bien connu de Jean le Diacre. 11 se trouve, avec une traduction des Dialogues de S. Grégoire, dans un précieux manuscrit de la Bibliothèque d’Evreux qu’a décrit M. Chassant (Mémoires de la Société de l'Eure, 1847, in-8°, p. 126-32) dans sa notice sur le poème de l’Adyocacie Nostre Dame, dont il a fait un petit volume en 1857.

Qu'il suffise ici de rappeler que ce manuscrit d’Evreux, n° 8 actuel, ancien n° 9$, haut de om,298 et large de o",210, se compose de 16$ feuillets de parchemin, écrits à deux colonnes dans la première moitié du xiv° siècle. Il provient de l’abbaye normande de Lire, comme on le voit par cette mention :

Iste Dialogus beati Gregorii est de cenobio Lirensi. Qui rapuerit aut furto eum abstulerit, sit anathema. Scriptum II. Idus Junii 1469. Alecis.

particulièrement curieuse en ce qu’elle est de la main du bon moine de Lire, le poète normand Guillaume Alexis, bien connu par le Blason des fausses amours.

Ce manuscrit se compose de quatre parties :

Folio 1. Dialogue S. Gregore (livre 1, fo 1 ; livre 11, f° 2$ v°; livre III, fo 56 vo; livre IV, f 93 v°).

$10 A. DE MONTAIGLON

Folio 135. Vie S. Gregore.

Folio 147 ve. Adyocacie Nostre Dame.

Folio 160 vo. Chapele de Baiex.

Je reviendrai ailleurs sur l’Adyocacie, dont le texte complet est déjà imprimé et auquel il me reste à ajouter la collation du ms. de Dijon, qui a été signalé par M. Gaston Paris dans une note du Bulletin de la Société des Anciens textes. La Chapele de Baiex est un petit poème relatif à un procès dont la chapelle du château de Bayeux fut le sujet en 1321; il a été analysé dans le Bulletin de la Société de Bayeux pour 18ç0-1 (p. 103-49) par M. Pezet, qui l’attribue, mais sans raison suffisante, à Jean de Justice, chantre et chanoine de Bayeux, le fondateur du collège de Justice à Paris. Tout le volume peut fort bien être d’un même auteur, mais celui-ci ne peut pas être nommé; rien, dans aucun des quatre poèmes, ne permet d’arriver même à une supposition, encore moins à une identification précise.

Nous n’avons à parler ici ni de la vie de Jean le Diacre, ni du Dialogue, qu’on a voulu retirer à saint Grégoire et que Dom Ceillier lui maintient, se fondant sur ce que dès le vise siècle — S. Grégoire est mort en 602 — il est couramment cité sous son nom; mais il est nécessaire de signaler dans notre Bibliothèque nationale un second manuscrit de la traduction d’Evreux. C’est un volume ïin-folio sur papier, d’une assez mauvaise écriture de la seconde moitié du xv° siècle (Lancelot 140, Regius 72717, nouveau 914). C’est parfaitement le même texte avec seulement les différences d’orthographe résultant de la postériorité de la transcription.

Voici le commencement du Prologue du traductèur :

Evreux. Lancelot.

David le prophete commande David le prophete commande Et à touz par son psautier mande Et a touz par son psaultier mande Que Dieu soit en ses sainz oé Que Dieu soit en ses sains loué Celui par est trop erroé Celuy par trop est erroé Et bien en doit avoir reprouche Et bien en doit avoir reproche Qui ne peut de cuer ou de bouche Qui ne peut de cueur on de bouche Dieu en ses sainz glorifier, Dieu en ses sains gloriffier Et henourer, et mercier… Et honnourer et mercier…

celui du Prologue de S. Gregoire :

[fe 2 v°, col. 1.] [f $ verso.] Pour la grant secularité Pour la grant secularité Ou il a tant de vanité Ou il a tant de vanité Et pour les negoces du monde Et pour les negoces du monde Ou par droite force m’afonde Ou par droicte force m’afonde Plus assez que je ne deüsse Plus assez que je ne deüsse

Se bon cuer et bien ferm eüsse… Si bon cueur et bien ferme eüsse…

LA VIE DE S. GREGOIRE LE GRAND sil le commencement du premier livre, 9 v° :

Jadis Venance le grant prince

Es parties de la province

Que le peuple Samnie apele

Out une vile bonne et bele

Et uns hons qui li coultivoit

Ses terres (et) dont miex se vivoit.…

Jadis Venance le grant prince

Es parties de la province

Que le peuple Samnie apelle

Out une ville bonne et belle

Et ungs homs qui cultivoit (sic) Ses terres dont mieux se vivoit.….

le commencement du second livre, 70 v’ :

Uns hons fut de vie hennourable A Dieu et au monde agreable Plein de grace et de bon renon Benoiet iert son propre non.

Ungs homs fut de vie honourable A Dieu et au monde agreable Plein de grace et de bon renom Benoit yert son propre nom.

La vie de S. Grégoire — on pourra voir ici le texte d'Evreux — commence au feuillet 369 r° :

Des senateurs extrait et né.

Moult fut saiges et homs sené; Son pere ot a nom Gordien

Qui fut moult tres bon crestien…

Saint Gregoire le tres noble homme, Celuy qui fut pape de Romme,

Le grant docteur de saincte esglise, Fut, si com lystoire divise,

Elle se termine f° 401-2 :

Quant est de faire l’escripture, Dieu luy envoyt bonne aventure.

Explicit per Dai gratiam.

Icy se define mon livre,

Et maistres Jehan le confès,

Qui en a bien porté son fès Actum per me, Anthonium [Si]monet, et patratum vicesima die mensis marcii

anno Domini M° quadringentesimo septuagesimo secundo, ad instanciam Domine

Domine (sic) comitisse Panthevrie, cujus optata compleat Deus pienter in exitu

presenti, scilicet ingressum regni celestis. Amen.

Il doit s’agir de Louise de Laval, femme de Jean de Brosse, IIIe du nom, comte de Penthièvre, vicomte de Bridiers, seigneur de Bonnac et de l’Aigle, mariée en mai 1468 et morte en 1480. On a vu que le ms. est daté de 1472.

Il était impossible de donner ici en entier la traduction des Dialogues, surtout alors qu’il existe une autre traduction en vers plus ancienne (voy. Meyer, Recueil, I), mais, comme celle d’Evreux est d’une bonne langue, il était intéressant d’en faire connaître un spécimen en donnant les liminaires personnels et la Vie de saint Gregoire.

On y retrouvera avec intérêt l’histoire de Trajan et de la veuve, que Dante a faite immortelle et qu'Eugène Delacroix a si admirablement représentée dans la célèbre toile du Musée de Rouen.

M. Gaston Paris a étudié cette légende dans le volume de Mélanges

A. DE MONTAIGLON

publié par l’École des hautes études, à l’occasion de son dixième anniversaire (1878), et nous ne saurions mieux faire que de renvoyer à sa

curieuse et savante étude.

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