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La vie de Saint Louis de Gonzague

C'est à la jeunesse chrétienne qu'est dédié ce livre, qui raconte la vie de son aimable et glorieux Patron. Saint Louis de Gonzagne y donne à tous les meilleures leçons et les plus beaux exemples. Voilà, en effet, un héros de vingt-trois ans tel que le monde n'en saurait jamais produire; la grâce divine a fait un de ses plus rares prodiges en le créant.

Quiconque étudiera de près ce parfait modèle, apprendra ce qui lui importe le plus de savoir : l'amour de Dieu jusqu'à l'oubli de soi, l'amour du prochain jusqu'au sacrifice de la vie même, l'horreur du mal, le mépris des choses qui passent, l'estime des biens éternels, le sentiment réfléchi du devoir, l'ardeur du zèle, l'héroïsme du dévouement.

Mais il ne suffirait pas de contempler avec un pieux

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enthousiasme ce qu'une telle vie offre d'admirable; il importe avant tout d'y chercher ce qu'elle a pour nous d'imitable. Sommes-nous contraints d'avouer, en lisant l'histoire de saint Louis, que nous ne trouvons guère au fond de notre cœur son incomparable innocence; n'est-ce pas un motif de plus pour le suivre, ne seraitce que de loin, dans la rude, mais sûre voie de la pénitence? C'est la résolution que l'Eglise elle-même nous suggère dans la belle prière qu'elle lui adresse : innocentent non secutï, pœniteniem imitemur.

C'est le 21 juin 1591 que saint Louis de Gonzague, cet ange dans un corps mortel, s'envola vers Dieu. Et le monde chrétien tout entier se prépare à célébrer solennellement le troisième centenaire de cette mort bienheureuse. D'où vient que sa mémoire survit à tant de bouleversements et de ruines? Qu'a-t-il fait, cet enfant, dans ce monde si agité du seizième siècle au déclin duquel il meurt et que remplissent d'interminables guerres civiles et religieuses, qu'illustrent tant d'hommes d'autorité et de génie, savants, conquérants, réformateurs, lettrés? Il a passé inconnu, après avoir renoncé à toutes les espérances humaines.

Qu'a-t-il fait dans l'Eglise, au moment où, toujours féconde, elle produisait une légion de saints, grands papes, grands évêques, grands apôtres, grands docteurs? Ah! cet enfant a fait des merveilles dans sa vie si courte; il mérite l'éloge prononcé sur le berceau de Jean le Précurseur : « Pour toi, enfant, tu seras prophète du

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Très-Haut, tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, pour apprendre aux hommes la science du salut. »

Voici trois siècles, en effet, que Louis de Gonzague exerce son apostolat dans l'Église. On est apôtre de bien des manières. A la même époque, François Xavier venait de conquérir à l'Évangile les Indes et le Japon; Pierre Clavier s'était fait l'esclave des esclaves; en Europe. Charles Borromée, Pierre Canisius, et tant d'autres avaient combattu l'hérésie et les mauvaises mœurs. Dans sa solitude, sainte Thérèse convertissait des milliers d'àmes par l'apostolat de la prière; et Louis de Gonzague, durant sa vie et depuis sa bienheureuse mort, n'a cessé d'être l'apôtre du bon exemple auprès de la jeunesse.

Ce qu'il prêche, c'est la piété solide et généreuse, affectueuse et fervente; c'est la pureté, fleur délicate qu'il place sous la sauvegarde de l'immaculée Mère de Dieu et entoure, comme d'une haie d'épines, de vigilance et de mortification: c'est surtout la charité qu'il pousse jusqu'à l'héroïsme et qui lui vaut d'entrelacer à la blanche couronne des vierges la couronne empourprée des martyrs.

Certes, le simple récit de sa vie, depuis trois siècles, a plus fait pour la cause de Dieu et de son Eglise que les plus éloquents discours et les plus savants écrits. Louis de Gonzague est une apologie vivante du catholicisme.

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Et qui nous dira l'efficacité merveilleuse de cet apostolat de l'exemple? Qui comptera les âmes de jeunes gens, de jeunes filles, attirés sur les pas de Louis au sommet de la perfection chrétienne ?

Or, c'est pour que l'aimable Patron de la jeunesse soit encore mieux connu, mieux aimé, mieux imité, que nous publions ce livre. Le récit qu'il contient est d'un témoin oculaire : le P. Virgile Cepari fut l'intime ami et le digne condisciple de Louis de Gonzague; celui-ci vivait encore, que déjà son pieux biographe écrivait, pour ainsi dire, jour par jour, les faits édifiants qu'il avait devant les yeux. Par malheur, le précieux ouvrage du P. Cepari a subi, à plusieurs reprises, l'affront d'une traduction française qui en altère gravement le caractère. Des éditeurs sont venus ensuite, qui ont modifié, retranché, sous prétexte de mettre le tout en meilleur style.

Il fallait donc recourir au texte authentique et faire passer en notre langue, autant que possible, la simplicité élégante de la forme, en respestant religieusement le fond. Nous avons suivi, dans notre travail, l'excellente édition donnée à Rome par P. Boero, en 1862 et dédiée à Pie IX de sainte mémoire. La correspondance et les écrits spirituels de saint Louis, le savant commentaire des Bollandistes (Acta sanctorum, T. IV Junii) nous ont fourni d'intéressants détails que nous plaçons en notes, pour ne rien changer à la déposition .-luthentique de notre vénérable témoin.

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Les gravures que n'accompagnent aucune mention spéciale, sont tirées d'un livre rare imprimé à Olmiïtz, en 1727, par les soins du P. Sigïsmond Wagner, sous ce titre : Via viri in adolescent/a. sire in primo œtatis flore Aloysii Gonzagœ matura sanctitas. Les autres sont l'œuvre d'artistes tel que les Wierix, les Galle, Kilian, Klauber, de Cayre, Rubens, Paul Véronèse, etc. Toutes contribueront pour une large part à rendre la lecture de cette belle vie plus agréable et plus édifiante.

Cil Clair, S. J.

Paris, 29 janvier 1891, fête de saint François de Sales.

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