DE SA FAMILLE ET DE SA NAISSANCE
Saint Louis de Gonzague, dont nous entreprenons de raconter la vie, était le fils aîné des illustrissimes et excellentissimes seigneurs don Ferdinand de Gonzague, prince du Saint-Empire, marquis de Castiglione en Lombardie (1) et de donna Marta TanaSantena, de Chieri en Piémont.
Le marquis Ferdinand, père de saint Louis, était cousin au troisième degré du sérénissime seigneur don Guillaume, duc de Mantoue; son duché, héritage de ses aïeux, est situé entre Vérone, Mantoue et Brescia, non loin du lac de Garde. La marquise donna Marta était, elle aussi, d'une des plus nobles familles du Piémont, fille du seigneur Baltazar Tani, des barons de Santena et de donna Anna, des antiques barons délia Rovere, cousine germaine du cardinal Girolamo délia Rovere, archevêque de Turin.
( I) Castiglione délie Stiricre, à 39 kilom. NT. 0. de Mantoue et à 2V kilom. S. E. de Brescia, était alors place forte. Le château où naquit saint Louis de Gonzague fut détruit par les Français au XVIIe siècle. Les Français y vainquirent deux fois les Autrichiens en 179-2.
Le mariage des parents de saint Louis se fit en Espagne de la manière que voici. Le marquis don Ferdinand était à la cour du roi catholique don. Philippe II, où se trouvait également donna Marta, la plus aimée des dames d'honneur de la reine Isabelle de Valois, femme du roi et fille de Henri II de France. Le marquis, ayant eu occasion de connaître les nobles qualités de cette dame, eut un ardent désir de l'épouser, et après une mûre délibération, il s'en ouvrit à leurs Majestés qui l'approuvèrent. La reine daigna même assigner une riche dot à donna Marta, qu'elle combla de présents en témoignage de son affection.
Plus d'une circonstance fort édifiante servit à montrer quels fruits on pouvait attendre d'une telle union. A la première ouverture que la reine en fit à donna Marta, celle-ci fit dire une multitude de messes en l'honneur de la très sainte Trinité, du Saint-Esprit, de la Passion, de Notre-Dame, des saints Anges et d'autres encore, pour. obtenir de Dieu la grâce d'accomplir ce qui serait le mieux. De plus, des lettres ayant été écrites en Italie pour obtenir le consentement des parents des deux partis, la réponse arriva à la cour au moment même où tout le monde s'efforçait de gagner l'indulgence d'un jubilé publié à Rome. Le jour de la fête de saint Jean-Baptiste, le marquis et donna Marta communièrent ensemble, remplirent les conditions du jubilé et échangèrent leurs promesses. Et le même jour, cette dame (comme elle-même me l'a raconté) prit la ferme résolution de se vouer désormais avec toute l'ardeur possible à la dévotion.
La reine, qui était sur le point de mettre au monde un enfant (1), ne voulut point se priver, en cette circonstance, de sa dame d'honneur et fit différer le mariage jusqu'à sa délivrance.
il i (.<■ Tut la princesse Isabelle-Claire-Eugénie, née le H août 15GG, qui épousa l'archiduc Albert d'Autriche et fut gouvernante des Pays-Bas.
Il en fut fait ainsi, et par une heureuse coïncidence, ce fut encore le jour où se gagnait je ne sais quelle autre indulgence plénière, que le marquis et la marquise, de nouveau confessés et communies, célébrèrent saintement leur mariage, comme il convient à de bons catholiques (1).
Chose qui me parait cligne d'être notée, ce mariage fut le premier contracté en Espagne suivant les règles et avec la solennité prescrites par le saint concile de Trente, dont les ordonnances venaient d'être promulguées dans ce royaume.
Ce grand acte accompli, le marquis obtint du roi et de la reine de retourner en Italie et de conduire son épouse dans ses États. Mais avant qu'il ne quittât la cour, le roi le nomma grand chambellan et lui assigna d'honorables revenus à prélever dans le royaume de Naples et dans le duché de Milan, pour la durée de sa vie et de celle de son fds. Peu après, il lui conféra, en Italie, le grade de capitaine des gens d'armes, dignité qui se retrouve aujourd'hui parmi les premiers princes italiens.
Arrivée à Castiglione et délivrée des embarras de la cour, la duchesse, qui d'ailleurs avait toujours été portée à la piété chrétienne, profita de ce loisir pour s'appliquer aux choses de la dévotion, conformément à la résolution qu'elle avait prise en Espagne. Elle sentit en elle un ardent désir d'avoir un fils qui servît Dieu dans l'état religieux et, à cette intention, elle offrit au Seigneur d'instantes prières. L'événement montra bien, ce semble, qu'elle avait été exaucée, puisque son fils aîné entra.
(1) Au mariage assistèrent, avec le roi et la reine, 'les deux archiducs Rodolphe et Ernest, fils de l'empereur Maximilien II.
« Bon catholique », Ferdinand de Gonzague le fut certainement et durant toute sa vie. Au procès de canonisation, un de ses serviteurs, Jacques de Bellarini, déclarait que « le marquis Ferdinand, père du bienheureux Louis, communiait environ tous les mois en costume de chevalier de saint Jacques. Et je le sais, ajoutait-il, pour l'avoir vu, ayant été au service à sa cour près de trente-cinq ans. »
vécut et mourut saintement dans la Compagnie de Jésus. Et ce n'est pas merveille sans doute qu'un fils si saint, désiré pour une fin si parfaite, ait été accordé aux prières d'une telle mère. Ne lisons-nous pas dans la sainte Écriture que Dieu s'est montré favorable à de tels désirs? Anne, priant dans le temple, n'obtint-elle pas l'enfant qu'elle avait consacré par avance au service de Dieu? N'est-ce pas aux supplications maternelles qu'est due la naissance de saint Nicolas de Tolentino, de saint François de Paule, de saint André Corsini et de plusieurs autres? Celui qui inspirait à la marquise de réclamer une faveur semblable, a donc pu la lui accorder et choisir pour son service l'enfant qui allait voir le jour.
Dieu eut tant de hâte de posséder Louis, qu'il voulut que son baptême prévînt en quelque manière sa naissance et que la bienheureuse Vierge, Reine du ciel, bénît dès lors l'enfant qui lui devait être si parfaitement dévoué. Et de fait, la marquise avait coutume de raconter qu'au moment de mettre son fils au inonde, elle fut prise de telles douleurs qu'elle pensa mourir. Le marquis convoqua plusieurs médecins et leur recommanda, si l'on ne pouvait sauver l'enfant, d'assurer du moins le salut de son âme et la vie de sa mère. Mais tous les remèdes furent inutiles et l'on désespéra bientôt et de la mère et de l'enfant . Voyant que tous les secours humains étaient impuissants, la malade eut alors recours à ceux du ciel et spécialement à l'intercession de la bienheureuse Vierge, Mère de miséricorde, et mandant son mari, elle fit vœu, avec son assentiment, d'aller en pèlerinage à la santa Casa de Lorette et d'y porter l'enfant, s'il survivait. La promesse à peine faite, le danger s'évanouit, et Louis vint au monde, déjà purifié par le saint baptême; Marie avait sauvé tout ensemble et le fils et la mère.
Saint Louis naquit donc au château de Castiglione, capitale des États de son père, au diocèse de Brescia, sous le pontificat
Saint Louis est voué par sa mère à la Sainte Vierge.
du pape saint Pie Y, le 9 mars 1568, un mardi. Sa mère, aussitôt qu'elle le reçut dans ses bras, le marqua du signe de la croix et lui donna sa bénédiction. Une heure entière, l'enfant
demeura sans mouvement, de sorte qu'on ne savait s'il était vivant ou mort; puis, comme réveillé d'un profond sommeil, il poussa un léger vagissement; après quoi, il resta fort tranquille, sans crier, comme font d'ordinaire les nouveau-nés. Ce qui peut passer pour un présage de cette douceur innée et de cette aménité charmante dont il donna plus tard l'exemple. Les cérémonies du baptême furent suppléées avec une grande solennité, le 20 avril de la même année, en l'église de saint Nazaire, par monseigneur Jean-Baptiste Pastorio , archiprêtre de Castiglione. L'enfant reçut le nom de Louis, que portait déjà le père défunt du marquis. Le parrain fut le sérénissime don Guillaume, duc de Mantoue, qui députa à Castiglione don Prosper de Gonzague, son cousin. Celui-ci, au nom de son Altesse, tint Louis sur les fonts, comme l'atteste le registre de la paroisse, où j'ai noté, entre autres choses, que, tandis que tous les autres certificats de baptême sont rédigés en italien, seul celui de Louis, soit par respect pour sa personne, soit par une particulière inspiration de Dieu, porte ces paroles latines . si bien vérifiées en lui : sit felix carusque Deo ter optimo, terque maximo, et hominibus in œternum vivat! Qu'il soit heureux et cher à Dieu trois fois bon, trois fois grand, et pour le bien des hommes qu'il vive éternellement!