‹ La vie de Saint Thomas le Martir: poème historique du XIIe siècle composéChapitre 36 sur 59 · E BREF · texte numérisé non relu

E BREF

1® e^ bref libre du latin classique (è ouvert du latin populaire) est devenu ie. Il en est de même du classique ae, réduit à e, et de oe dans le mot cœlum : Rimes, XII, ie masculin, K; XIII, ie féminin, a, b.

C'est sans doute par la réduction de ieu à iu que Ton trouve pius {= lat. pius) : Cfius : dus : fins : lius, 750-755 ; Giwius : 'pius : lius : fius : fedius^ 5756-5760, fol 78 a 1-5. La notation ieu est très rare : gieu 3446, fol 39 a 11.

Cette diphthongue ie rime avec celle qui provient de a infecté d'i dans les conditions ordinaires, c'est-à-dh'e autant qu'elles sont suivies de la même ou des mêmes consonnes. Cependant quelques modifications dans l'orthographe de certaines rimes laissent supposer qu'à l'époque de la transcription des manuscrits que nous possédons du poème, sinon avant, il se produisait déjà une réaction faisant prévoir la simplidcation prochaine de la diphthongue ie. Nous lisons en effet : messa-gier : chier : envei-er : destiner : contrali-er, 2211-2215, fol 18 b 16-20; apareill-ier : li-er : nunc-ier : esmorier : plaiss-ier, 1701-1705, fol 9 b 1-5; respun-dié : escumen-gié : desli-é : tar-gié : la-cié, 5191-5195, fol 68 b 1-5; crucifl-é : pe-chié : adrcrcié : martiri-zié : esnei-é^ 5526-5530, fol 74 a 6-10. Nul doute que é ou er, dans desli-er^ li-^r, contrali" .

(1) Ici la langue de Garnier ne se distingue nullement de la langue des contemporains. Sur la production de cette diphthongue et sur le sort qu'eUe a eu dans la langue française, cf. Romania, lY, p. 122-124.

cr, crucifi'é^ n'ait été, au temps de Garnier, prononcé, sinon écrit ié, ier, comme le voulait l'étjmologie. Il ne faut pas s'arrêter à la notation par e de la diphthongue ie dans Tédition Hippeau (manuscrit de Paris). Ce manuscrit est dû à un scribe anglo-normand, et c'est un fait établi que l'un des traits du dialecte anglo-normand est la substitution de e simple à ie,

2® ^ bref entravé (è ouvert du latin populaire) donne è ouvert : Rimes, XV, è ouvert masculin, a; XVI. è ouvert féminin, a, b.

Canlatis a donné régulièrement chantez; or, par analogie avec la première conjugaison, les autres ont adopté la même terminaison, qui se retrouve ainsi à la deuxième personne plur. du présent de l'indicatif, du futur et de l'impératif de tous les verbes. Ez venant de a latin rime régulièrement avec ces diverses formes verbales, quelle que soit la conjugaison : Rimes, e fermé masculin, h, j. Mais Garnier distingue avec soin les rimes en é (= a latin) de celles en è ouvert (= e, e, i latins). Cette règle souffre de rares exceptions : Rimes, XI, é féminin, c. Dans la stropbe guardez : estorez : guardez : apemez : feelz, 3066-3070, fol 32 b 21-25, la mesure du dernier vers {Les povres Deu e force faites à hwmhles fez), indique qu'il faut lire non feelz = fidèles, mais, comme dans le manuscrit de Paris, fez (1).

Les poèmes contemporains présentent des exemples analogues. En voici quelques-uns que nous puisons dans la brochure de M. Mebes : Roman d'Alexandre, 9, 15 : près : cités; 41, 32 : près ordenés; 87, 22 : après : irés; — Amis et Amiles : 1250 cruel plorer; 2517 montèrent : terre; — Chevalier au lion : 4191 pel : tel; 4141 : quel : cruel; — Huon de Bordeaux, p. 72 : peiH cité; p. 118 : apert : tu^; p. 177 : flamer : cruel; — Guillaume d'Orange, I, p. 60, v. 2257 : ver : assez, etc., etc.

Dans certains dialectes de la France, notamment dans la partie orientale du domaine picard, é dérivé de a latin avait un son plus ouvert que fermé et pouvait fort bien se représenter par ei, com^ne cela se trouve dans un certain nombre de textes picards. C'est la prononciation qui s'est conservée aujourd'hui encore dans certains

(1) Voy. Paul Lorenz, ûber die Sprache deê Garnier von Pont-Sainte-Maocencê, Halle, 1881, p. 5.

patois de la Champagne. De là la confusion de cet e avec é ouvert dérivé de e, e, t latins, lequel se diphthonguait peut-être légèrement (1). Mais à Touest il n'en devait pas être de même, ou du moins le fait était beaucoup plus rare. Chez Gamier, cette tendance est à peine perceptible, et il est à présumer que, dans le poème de saint Thomas, e (= a latin) a un son plus fermé qu'ouvert.

3*^ e libre ou entravé, devant une palatale, a produit i : sire^ 1074, fol 1 a 4 ; engin, 3120, fol 33 b 15 ; 'piz, 2557, fol 24 a 2 ; iglise, 2927, fol 30 b 2, etc.

3). — E long, i bref.

l®ê, Tlibres du latin classique [é fermé du latin populaire) aboutissent à la diphthongue ei, celle que les dialectes français et picard représentaient déjà par oi. Garnier n'écrit jamais oi : Rimes, XIX, XX, ei masculin et féminin.

Sous l'influence d'une gutturale, ei s'est parfois réduit à i : firent^ Rimes, i féminin, f; de même berbiz, 4665, fol 56 a 25 ; merci^ 1642, fol 5 b 2.

Les mots en ei riment tous ensemble, que ce soient des substantifs, des adjectifs, des pronoms ou les terminaisons verbales de l'imparfait de l'indicatif et du présent du conditionnel. On peut s'en convaincre par l'inspection des rimes que nous venons de signaler. Voyez notamment : Rimes, ei masc, a, b, e, f; ei fémin., a, 6. Ajoutons, comme nouvelles preuves à l'appui : dreit : esteit : entrediseit : asoilleit : dreit, fol 26 a 11-15 ; pemeit : defendeit : ocieit : mespemeit : seit, 3521-3525, fol 40 a 26-30 ; meneit : destreigneit : coupeit : moreit : revendreit^ 3541-3545, fol 40 b 21-25.

2® E long entravé, devenu libre par la suppression d'une nasale, est assimilé à e libre : meis {z= mensem, mesem), 1220, fol 3 a 30; burgeis, 2522, fol 23 a 27 ; Franceis, 2584, fol 24 a 29 , etc.

Cependant il donne aussi, dans les mêmes conditions, i : pris :

(1) Cf. la prononciation actueUe de f appelle, tu appelles, il appelle ("Z j'appeiUe^ VappeiUes, U appeille) dans plusieurs patois de la Champagne.

pof» : Rîmes, XXI, i masculin, e. Cet e était devenu de bonne heure i long dans le latin populaire. C'est pour une raison identique que, dans les formes verbales, e- long aboutit souvent à i : Rimes, XXI, i masculin, d.

3*^ E, T entravés, devant une palatale, donnent ei : descreis - Rimes, ei masculin, e; dreit, 1641, fol 8 b 1 ; mais, devant la terminaison tia, Hum, cium, t reste i : Rimes, XXII, i féminin, g; de même pris {=^ pretium), 1514, fol 6 a 24.

4P E, T entravés donnent, dans tous les autres cas, è ouvert : Rimes, XV, e masculin, 6, c; letres, 1092, fol 1 a 22; mètre, 1158, fol 2 a 28, etc. S'ils sont placés devant une nasale, il en résulte la voyelle nasale en : Rimes, XVII, XVIII, en masculin et féminin.

M. PaulMejer (1) a démontré qu'avant le XIP siècle les sons an et en étaient confondus dans une même prononciation. Néanmoins, il a dû exister pendant longtemps, pour les oreilles délicates, une différence entre les sons an, en. Aussi les rimes en en et en an, à part de rares exceptions, ne sont-elles pas confondues chez Garnier. Ces exceptions mêmes doivent être, en partie, attribuées aux copistes : Sanz (= Sens) : genz, , , : Rimes, XVII, en masculin, c; servanz : anz : rendanz : assanz (= assenz) : taisanz, 1471- 1475, fol 5 b 11-15.

On sait que le plus ancien français distingue trois sortes d-'e : 1^ E z= â latin ;29 E =^ e^ ouvert latin entravé ; 3<^ £" = e, Tlatins entravés (ce dernier a été signalé par MM. Darmesteter et Bohmer). Ainsi mette (= mittat), belle (=i bella), père (=. patrem) appartiennent à trois assonances incompatibles, et ces trois E ont été distincts jusqu'à la un du XP siècle; mais il n'en est pas de même au XIP siècle : Garnier fait rimer sans scrupule E = X, E entravés et £ = JB latin entravé : Rimes, XVI, è ouvert féminin, c.

4). — I long latin.

t long du latin classique, libre ou entravé {i du latin populaire)

(1) Mémoires de la Société de linguistique de Paris (I, p. 541 et suiv.).

s'est maintenu invariablement : Rimes, XXI, i masculin, a, 6, c, d, e. f, g, A, XXII; i féminin, a, c, d, e, /*, g.

5). — O bref.

1^ t5 bref libre du latin classique (0 ouvert du latin populaire) se dédouble en oe, ue. La notation flotte incertaine entre ces deux diphthongues ; toutefois, la dernière est plus fréquente. Comme les rimes n'en offrent aucun exemple (1), il serait difficile de décider laquelle des deux il faut attribuer à Garnier : puepèe, 1153, fol 2 a 23 ; huent, 1161, fol 2 b 1 ; puet, 1162, fol 2 b 2; coeu, 1281, fol 4 b 1 ; cuer, 1282, fol 4 b 2; quer, 1284, fol 4 b 4; duel (substantif verbal du verbe doleir = dolere), 2691, fol 26 b 6; cuens, 1289, fol 12 a 14, etc.

Soient (t^ soient), 3608, fol 41 b 23, notation du manuscrit de Wolfenbûttel, est moins correct que suelent du ms. de Paris.

La diphthongue ue (oe) provient aussi, mais sporadiquement, de u latin libre ou entravé, ramené sans aucun doute à par le latin vulgaire : joevenes, 1643, fol 8 b 3; sueffrent, 2759, fol 27 b 14; suens, 1935, fol 14 a 5, etc.

L'o bref latin est devenu successivement uo (X® siècle), ue (XI et XIP), oe (XIP et XIIP) ; enfin eu dès le XIV« siècle. C'est avec ce dernier son qu'il devait rester. A l'époque qui nous occupe, non seulement il hésite entre ue et oe, mais, dans certains mots, notamment devant les nasales, il subit un traitement particulier et tend à rester o. C'est ainsi qu'à côté des exemples réguliers cités plus haut, on trouve : bon, 5028, fol 65 b 18 ; bons, 1636, fol 8 a 26, etc.; de plus, avec la notation m : hum, 1495, fol 6 a 5; humme, 2770, fol 27 b 25, etc.

Enfin, même lorsque la consonne qui suit n'est pas une nasale volent, 2762, fol 27 b 17 ; rove (P. roeve), 2832, fol 28 b 27 ; roves (P. roeve), 3325, fol 37 a 10 ; ovres (P. oevres), 3126, fol 33 b 21, etc.

(1) Notons cepeudant que Vbref accentué a parfois donné u (= ou} provenant de long accentué : demure {z demÎDrat) : Rimes, XVI, u (z ou) féminin pur. Le substantif verbal demur est toujours noté par u (z ou), même à la rime : v, 1393, fol. 41 à 29; 3796, fol. 45 al; etc.

On peut, sans témérité, attribuer aux copistes la plupart des formes en simple.

bref accentué libre a donné, devant une gutturale, iu dans lius (= locus), 755; gius, 1626, fol 8 a 16.

2** bref entravé (ô ouvert du latin classique) est resté avec le son ouvert : Rimes, XXIII, o ouvert masculin, a, b, d; XXIV, ô ouvert féminin.

On sait que le latin classique au aboutit au même son : Rimes, XXIV, à ouvert féminin; de même osent, 1178, fol 2 b 18; Zos, (= laus), 2145, fol 17 b 5, etc.

6). — 5 long, u bref.

1® long, u bref, libres, du latin classique (d fermé du latin populaire), donnent u (= ou), rarement o : Rimes, XXV, u masculin pur, a; XXVI, w féminin pur; XXVII, m masculin nasal, a, 6, c; de même u (= ubi), 1094, fol 1 a 24, etc.

La notation u est infiniment plus fréquente que la notation o; elle est la règle devant les nasales. Si Ton trouve o à la rime, on peut être certain que c'est par le fait des copistes.

Signalons les mots tenebrur (= tenebrarum), 1984, fol 14 b 24; Francur^(= Francorum), 3768, fol 44 b 3; haûr, 1593, fol 7 b 13 ; irur, 3799, fol 45 a 4.

2*^ 0, w entravés sont également représentés par u : Rimes, XXV, u masculin pur, b; XXVII, u masculin nasal, d; XXVIII, u féminin nasal.

0^ bref entravé a donné u dans cuntc : vescunte : Rimes, XXVIII, u féminin nasal, ce qui prouve qu'il j avait déjà une tendance à confondre les deux syllabes nasales on (avec ô ouvert) et un (avec u = ou). Dans ces conditions, le français moderne arrivera au son unique on.

Nous parlerons plus loin des terminaisons verbales um, un, uns (1).

(1} Voy. Conjugaison. Remarques générales sur les verbes.

Tf). — u long du latin classique (ù en gallo-romain).

w long, libre ou entravé, a donné u (u) : Rimes, XXXI, û masculin, a^h^ c\ XXXII, iX féminin, a, b.

A û aboutit également, par une sorte de contraction, ui latin au parfait défini et à l'imparfait du subjonctif du verbe estre : fus, 1234, fol 3 b 14; fustes, 1661, fol 8 b 21 ; fust, 1109, fol 1 b 9; de même peust (= potuisset), 2090, fol 16 b 10. Il est vrai que Ton rencontre aussi les formes en ui : fui, 1801, fol 11 b 16; fuissum, 3643, fol 42 a 28 ; fuissent (P. fussent), 2652, fol 25 b 1, etc.

Tous ces û riment ensemble, mais ne riment jamais avec les formes issues du latin o ou o^.

. 0-\-i palatal donne une diphthongue, soit m, soit oi; mais il sera bon de distinguer plusieurs cas.

1*^0 ouvert -\- i(o venu de au) aboutit à la diphthongue ouverte di toujours notée par o, jamais par u. D'ailleurs cette diphthongue ne se trouve pas à la rime. Ex. : joie, 3250, fol 35 b 25; oi (= audio), 1798, fol 11 b 13; poi (= paucum), 1072, fol 1 a 2; cloistre, 5357, fol 71 a 17 ; encloistre, 5552, fol 74 b 2, etc.

2** 0, 0, u libres ou entravés, devant une patale, deviennent ui, rarement oi : Rimes, XXIX, ui masculin, a, 6, c, d.

Ajoutons, pour compléter la liste des rimes en ui qui se trouvent dans le poème : cestui : ennui : altrui : lui : andui, fol 80 b 16-20 ; chanuine : moine : broine : aoine : testemoine, 611-615. Ce dernier exemple, tiré du manuscrit de Paris, présente oi, qui est évidemment dû au copiste.

Aux XIP-XIIP siècles, les deux diphthongues oi (= au -f- i ou ô ouvert -f- i) eiui (= ô fermé -|- i) se confondent. En est-il de même dans le poème de Garnier ? C'est une question dont la solution est d'autant plus difficile que di ne se trouve pas à la rime.

La diphthongue ui {oi) venant de o, o -f- i est souvent disjointe

dans le manuscrit de Wolfenbûttel (édition I, Bekker), c*esf^à-dire que i est rejeté dans la syllabe atone suivante : apostolie, 1073, fol 1 a 3 ; testemonies, 2368, fol 20 b 23 ; ghrie, 3015, fol 31 b 30 ; escritorie^ 3587, fol 41 b 2. Il en est de même dans les mots suivants, qui n'ont aucun rapport avec la diphthongue ui : concilie^ 2588, fol 24 b 3 ; vicaries, 3289, fol 36 b 4 ; estudie, 3122, fol 33 b 17, etc. Mais il faut considérer comme une règle le transfert de cet i dans la tonique. L'exception présentée à la rime par testemonie, 2806, fol 28 b 1, lié avec des mots en i prouve simplement qu'à la rigueur, et sous l'influence de l'ancienne prononciation, on pouvait encore conserver et prononcer te ; c'est un archaïsme que se sera permis Garnier, car, partout ailleurs, le nombre des syllabes du vers n'est exact qu'autant qu'on reporte cet i à la tonique, et que l'on prononce, comme l'a déjà écrit le scribe du manuscrit de Paris : apostoile, iesièmoine,, gloire, escriioire, concile, estude, etc. Toutefois, l'écriture étant toujours en retard sur la prononciation, il est vraisemblable que la notation vicaries, escritories, etc., est celle de l'auteur du poème.

3® u long, libre ou entravé, -j- * palatal aboutit également à ui, qui rime avec le précédent, comme le prouvent les mots fui (= lat. fui pour fui), fuit (= lat. fugii), etc. : Rimes, XXIX, ui masculin, b, d.

Dans la diphthongue m*, l'accent porte sur u (= ou), de telle sorte que nuit, par exemple (Rimes, XXIX, Mt masculin, d), se prononce à peu près comme si le mot était écrit nouille,

9). — Syllabes atones.

Les atones, par cela même qu'elles ne sont pas protégées par l'accent, sont exposées à bien des fluctuations, au milieu desquelles il n'est pas toujours facile de se reconnaître. Mais, comme la langue de Garnier ne présente sous ce rapport rien de particulier, nous nous bornerons à quelques courtes remarques.

La notation o (= lat. ") est, contrairement à ce qui a lieu à la tonique, au moins aussi répandue que la notation u; elle est près* que constante devant les nasales : reconter, 2772, fol 27 b 27;

encombrier, 2814, fol 28 b 9 ; contraire, 3408, fol 38 b 3 ; respundirent, 4054, fol 49 a 29.

Il y a en somme beaucoup d'incertitude. En voici probablement la raison : o, u, prononcés primitivement ou, tendaient peu à peu à prendre un son intermédiaire entre o et u, et, au XIP siècle, se rapprochaient, dans bien des cas, plus de o que de u (= ou) ; aussi, dans un certain nombre de mots où le son de latin devait rester ou, la notation u a-t-elle persisté à peu d'exceptions près, tandis que, devant les nasales, la transformation progressive du son d en ô amenait insensiblement la notation o. Ainsi mûrir, 1525, fol 6 b 5 ; cusiumes, 2744, loi 27 a 29 ; turment, 2987, fol 31 b 2; uhlier, 3129, fol 33 b 23; lurmente, 3198, fol 35 a 3, s'écrivent presque invariablement par u ; mais on comprend que les scribes devaient être souvent embarrassés pour l'écriture de certains mots dont la prononciation était encore incertaine ; de là numa, 2628, fol 25 a 18 ; refurmer, 3126, fol 33 b 21 ; escumengier, 3140, fol 34 a 5. Reprovez, 334, fol 37 b 2, s'explique par le simple, où o initial a donné, comme d'ordinaire, o.

2o CONSONANTISME.

Comme la question du dialecte repose en partie sur le traitement spécial de certaines consonnes, il est juste que nous apportions au consonantisme une attention particulière, tout en n'insistant que sur les faits saillants, sur les habitudes propres à Garnier ou au XIP siècle.

1). — Gutturales.

jo Gutturales initiales. — C vélaire se maintient invariablement devant o, u. Il est inutile d'en donner des exemples.

Devant a, il donne trè? souvent ch, mais assez fréquemment aussi c(l).

1). ca—Chalengeit, 1120, fol 1 b 20; chaitif, 1181, fol 2 b 21 ; chastier, 1190, fol 3 b 30; chanter, 1258, fol 4 a 8 ; chastievy 2302, fol 4 b 22 ; chier, 1450, fol 5 a 20 ; chanceliers, 1453, fol 5 a 23 ; chaû, 1462, fol 5 b 2 ; chanta, 1543, fol 6 b 23 ; chant, 1539, fol 6 b 19 ; chanta, 1549, fol 6 b 29 ; c/iape, 1605, fol 7 b 25 ; chape, 1608, fol T b 28 ; chanuz, 1643, fol 8 b 3 ; champiuns, 1650, fol 8 b 10 ; chastié, 1652, fol 8 b 12; charra, UU, fol 8 b 14; chambre, 1681, fol 9 b 11 ; chevaliers, 1791, fol 11 b 6; charitez, 1844, fol 12 a 29; chartre, 1849, fol 12 b 4 ; enchargié, 1859, fol 12 b 14 ; chambre, 1868, fol 12 b 23; chanter, 1922, fol 13 b 22 ; chantad, 1924, fol 13 b 24; c/icvattar, 1928, fol 13 b 23 ; chier, 1915, fol 13 b 15 ; chapel, 1939, fol 14 a 9 ; chantèrent, 1943, fol 14 a 13 ; chevals, 1953, fol 14 a 23 ; chape, 1959, fol 14 a 29 ; c/iies, 2008, fol 15 a 18 ; s'acheminèrent, 2020, fol 15 a 30 ; chevalier, chier, 2022-2023, fol 15 b 2-3 ; acheminé, 2028, fol 15 b 8; enchevestrer, 2040, fol 15 b 20; cheval, 2042, fol 15 b 22 ; chevalchier, 2046, fol 15 b 26 ; chemin, 2052, fol 16 a 2; cheval, 2094, fol 16 b 14; chardenals (P. cardenals), .2103, fol 16 b 53 ; c/ianc6/ier, 2152, fol 17 b 12; chastaus, 2164, fol 17 b 19 ; chierté, 2170, fol 17 b 30 ; chier, 2179, fol 18 a 9 ; ach&oé, 2182, fol 18 a 17 ; chanuz, 2199, fol 18 b 4; chardenals (P. cardunals), 2213, fol 18 b 18; chardenal (P. cardonal), 2301, fol 19 b 16 ; chardenaus (P- cardinals), 2303, fol 19 b 18; cAo^cun (P. chescun), 2314, fol 19 b 29'; purchacast, 2358, fol 20 b 13 ; c/ias- /e/, 2411, fol 21 b 6 ; c/ieveter, 2427, fol 21 b 22; chacier, 2429, fol 21 b 24 ; chascuns, 2442, fol 22 a 7 ; purchacier, 2469, fol 22 b 4 ; chaûz, 2476; fol 22 b 11 ; c/iacter, 2520, fol 23 a 25 ; chaitif, 2537, fol 23 b 12; chasel, 2604, fol 24 b 19 ; chapelains, 2629, fol 25a 14; c/iai7iveswns, 2655, fol 25 b 5; chies, 2709, fol 26 )} 24 ; c/ws/ie, 2808, fol 28 b 3 ; chastier, 2811, fol 28 b 6 ; changier, 2815, fol 28 b 10 ; chaïr, 2819, fol 28 b 14 ; champ, 2833, fol 28 b 28 ; dechacié, 2834, fol 28 b 29 ; dechacera, 2863, fol 29 a 28; cAoses, 2916, fol 30 a 21 ; chastier, 2933, fol 30 b 8 ; chalenr

(1) Rappelons ici que nous étudiond Tédition I, Bekker; la mention P se rapporte à rédition Hippeau (ms. de Paris).

gier, 2907, fol 30 a 12 ; chier : chastier, 2994-2995, fol 31 b 9-10 ;

chastiement, 3073, fol 32 b 28 ; purchacier, 3120, fol 33 b 15;

chiece, 3187, fol 34 b 22; chastie, 3222, fol 35 a 27; chastier,

3319, fol 37 a 4; chastiement, 3321, fol 37 a 6; chacier, 3392,

fol 18 a 17 ; chascuns, 3497, fol 40 a 2 ; cïialz, 3502, fol 40 a 7 ^

chaï, 3592, fol 41 b 7 ; chéri, 3604, fol 41 b 19; chever, 3m,

fol 41 b 24 ; chaïrent, 3622, fol 42 a 7 ; chascun, 3624, fol 42 a 9 ;

chaitis, 3630, fol 42 a 15 ; purchacier, 3631, fol 42 a 16 ; chacier,

3634, fol 42 a 19; chacier, 3637, fol 42 a 22; chascun, 3640,

fol 42 a 25 ; chacerunt, 3816, fol 43 a 11 ; cheriruni, 3689, fol 43

a 14; cheval, 3691, fol 43 a 16 ; dechaï, 3795, fol 44 b 29;

dechaïr, 3805, fol 45 a 10 ; chambrete, 3824, fol 45 a 29 ; eschau-

fer, 3822, fol 45 b 12 ; chancun, 3837, fol 45 b 17 ; chievre, 3851,

fol 46 a 1 ; cJiar, 3855, fol 46 a 5 ; chaitif, 3874, fol 46 a 24 ;

chaitifs, 3875, fol 46 a 25 ; chapelains, 3876, fol 46 a 26 ; e?^«r-

denah (P. cardinal), '3927, fol 47 a 22 ; chalengié, 4184, foi 51

b 9 ; enchalcié, 4182, fol 51 b 7 ; chalengié, fol 51 b 9 ; cheval^

4261, fol 52 b 26 : er^âJT;^^, 4249, fol 52 b 14 ; er^â^mjo, 4270, fol 53

a 6 ; chier : chalengier, 4287-4289, fol 53 a 22-24 ; chalengié :

dechacié, fol 53 b 11-13; achaisuné, 4304, fol 53 b 9; dechacié,

4309, fol 53 b 19 ; purchacié : dechacié, 4447-4448, fol 56 a 7-8 ;

chapuns, 4464, fol 56 a 14 ; chalengiez, 4488, fol 56 b 18 ; achate,

4490, fol 56 b 20 ; purchacier, 4547, fol 57 b 17 ; chacier, 4580,

fol 58 a 20 ; chartre, 4575, fol 58 a 15 ; chambre. 4747, fol 61 a 7 ;

achaisunez, 4774, fol 61 b 4 ; chapeles, 4852, fol 62 b 22 ; chan-

gié, 4923, fol 64 a 3 ; chail, 4953, fol 64 b 3 ; achaisuner, 5105,

fol 67 a 5; chambre, 5110, fol 67 a 10 ; purchacier : chalengier,

5177-5179, fol 68 a 17-19 ; purchaz, 5196, fol 68 b 6 ; chaitiveté,

5288, fol 70 a 8 ; chascuns, 5293, fol 70 a 18 ; chapitre, 5336,

fol 70 b 26 ; chaïr, 5546, fol 74 a 26 ; chambres, 5568, fol 74 b 18 ;

chalice (P. calice), 5576, fol 74 b 26 ; er^iâ^Tz^^'e, 5602, fol 75 a 29 ;

chaperunée, 5616, fol 75 b 6 ; char gié, 5685, fol T6 b 20 ; rechau-

fast, 5700, fol 77 a 5 ; chaudement, 5698, fol 77 a 3 ; achaisu-

nus, achaisun, 5697-5699, fol 77 a 2-4; chaïst, 5699, fol 77 a4 ;

char, 5708, fol 77 a 13 ; dechaement, 5770, fol 78 a 14 ; chape,

fol 80 b 3.

A tous ces mots en ch, dont on pourrait encore augmenter le

nombre, il convient d'ajouter ceux qui, comme les dérivés de ca-

dalluSj sont invariablçment notés par cA. D'aillears, lorsque a latin est devenue te, on trouve constamment cà.

2). — C — Cantaj 1546, fol 6 b 26; canoine (P. chanuiné), 1608, fol 7 b 28; carbuns (P. karbwis). 1801, fol 11 b22; cambre (P. chambre), 1871, fol 12 b 26; capital (P. capitle), 2406, fol 21 b 1 ; carité, 2439, fol 22 a 4; capitel (P. capitles), 2491, fol 22 b 26 ; castiemenl (P. chasliement), 2618, fol 23 a 3 ; capifaitô (P. cliapUles), 2626, fol 25 a 11 ; escapai (P. eschapai), 3300, fol 38 a 25 ; calchier, 3272, fol 36 a 17 ; cas/ea/s (P. c/iosfefe), 2169, fol 17 b 29; catels (P. chateus). 3628, fol 42 a 13; cas/e/ (P. chaste!), 3744, fol 44 a 9; décoince (P. decha^nce)/ 3806, fol 45 a 11 ; cardenal (P. carc/wna/), 3960, fol 47 b 25; cardenal (P. cardonals), 3961, fol 47 b 26; capeZ (P. chapel), 4063, fol 49 b 8 ; cargier (P. chargier), 4120, fol 50 b 5 ; calengié (P. chalengié), 4143, fol 50 b 28 ; /jurcaaVr, 4285, fol 53 a 20; castier, fol 79 b 7 ; castiez, fol 80 b 26 ; candeille (P. chandeille), 4878, fol 63 a 18; carpentier (P. charpentier), 5314, fol 70 b 4; caitif{P. chaitif), 5556, fol 74 b 6, etc.

C palatal est toujours noté c, jamais c/i : c-elestien, 1205, fol 3 a 15 ; cyrogrefe, 2289, fol 19 b 4 ; cî7e 2411, fol 21 b 6, etc.

En résumé, c initial, vélaire ou palatal, persiste ; il se transforme le plus souvent en ch devant a.

K, qu ne sont, à proprement parler, qu'un double et triple élément de c dur. Ces trois lettres, c, k, qu, ne font qu'un et s'emploient presque indifféremment dans le même mot : ki, 10.97, fol 1 a 27 ; cui, 5332, fol 70 b 22 ; ki (P. oui), 2447, fol 22 a 12 ; qui (P. cui), 3191, fol M h 2^; que (P. ke), 1210, fol 3 a 20; kei, 2840, fol 29 a 5; quei, 2916, fol 3 a 21.

La notation qu est la plus fréquente pour les mots où le latin avait qu.

2° Gutturales médiales. — Devant o, u, c vélaire tombe sans laisser de traces : seiirté, 1565, fol 7 a 15, etc. C reste quelquefois, surtout dans certains mots où Tinâuence du latin se faisait particulièrement sentir : seculer, 2830, fol 28 b 25. C'est une sorte de mot savant. Besaguë, 5408, fol 72 a 8 et secunt^ 3611, fol 41 b 26 sont des exceptions véritables qui ont passé dans la langue moderne.

Pour le traitement de c devant a, la langue de Garnier est conforme au français en général : rien de particulier à signaler. Les exceptions sont des mots savants : vicaries^ 3289, fol 36 b 4 ; avocat, 1640, fol 8 a 30, etc.

C non médial, dans le corps d*un mot, persiste généralement; parfois il s'est affaibli en g : engresté, 3165, fol 34 a 30.

Quant à c non médial devant a, dans le corps des mots ou même à la syllabe finale, il persiste et devient ch, et le groupe ce se réduit ordinairement à c : detrenchiez : escorchiez, 2545-2546, fol 23 b 21-22 ; achaisun, 5699, fol 77 a 4 ; péchiez, 1245, fol 3 b 25 ; secche, 2016, fol 15 a 26 ; deschalcier, fol 79 b 6 ; chevalchier, fol 79 a 8 ; enchalcié, 4182, fol 51 b 7 ; franche, 2157, fol 17 b 17 ; rachater, 4364, fol 54 b 14 ; vache, 4464, fol 56 a 24 ; jo a^at, 4486, fol 56 b 16, etc. La notation ca est si rare qu'il est inutile d'en rechercher des exemples.

2® C palatal {ce, ci et ti -j- ^^^^ voyelle). En prenant le son siflant, c palatal devient s douce ou sonore, et se fait précéder d'un i qui forme une diphthongue avec la voyelle précédente a, o, u : oreisun, fol 45 b 1 ; plaisir, 2718, fol 27 a 3 ; luneisuns, 2654, fol 25 b 9 ; preisiez, 1085, fol 1 a 15, etc. Les exceptions sont nombreuses, et s sonore est souvent remplacée par c doux. C est la règle dans la terminaison atiam = ace : corecera, 1218, fol 3 a 28 ; grâce, 1257, fol 4 a 7 ; face, 2434, fol 5 a 4 ; sace : place : face : trace : mes face, 4006-4010, fol 48 b 11-15; chadë, 2153, fol 17 b 13 ; ancesur, 1846, fol 12 b 1, etc. D'où viennent ces exceptions? Il est difficile de le dire.

Dans les plus anciens monuments, on trouve fréquemment c palatal remplacé par z (= ds, dz) ; c'était le signe de la sonore : ainsi aezo(=: ecce hoc) dans Eulalie; zo dans la Passion; fazon dans les sermons de saint Bernard. Mais il fallait renoncer à l'employer dans tous les mots où le c, suivi de a, o, ii, s'était changé en spirante sourde. Le moyen auquel eurent recours les scribes fut de faire suivre le c d'un e muet, parfois même d'un i : ainsi cio, reciut (Saint-Léger); ceos (sermons de saint Bernard) (1), etc.; mais le plus souvent on se contenta d'écrire c : ainsi, dans notre poème :

(1) Cf. Joret : du C dans les langues romanes, p. 111-123. Paris, Vieweg.

haucur^ 2854, fol 29 a 19 ; enhauca, 2565, fol 24 a 10 ; aucur, 3025, fol 32 a 10. .. D'un autre côté: clerzun (F.clergun), 1229, fol 3 b 9. Au lieu de c, on trouve parfois ss : parosse, 4836, fol 62 b 6. Dès le XII° siècle, les signes employés pour figurer le c palatal se réduisent à deux ; c, s ; ce sont presque les seules notations du poème de saint Thomas. Z, comme signe de la sonore, a été conservé dans duzime, fol 79 a 9.

En résumé, notre texte vérifie assez exactement la règle posée par M. Fritz Neumann (1) : « Le latin palatal c ou ci, ce, ti-\- une voyelle donnent la spirante s quand ils sont devant la tonique ; après la tonique, ils donnent c, ss. »

Quant aux mots comme legatiun, 1088, fol 1 a 28 ; appellatiunSy 3274, fol 36 a 19, etc., ce sont des formes savantes dont nous n'avons pas à nous occuper pour le moment.

Le c est tombé purement et simplement dans neent (= nec entem), 1755, fol 4 b 5 ; ^u est tombé dans siwre (= sequere), ensivum, 3030, fol 32 a 15 ; et m s'est consonnifié.

L'hésitation que nous venons de constater dans la représentation du c palatal médial se retrouve naturellement quand, par la suppression de la finale du mot, il devient lui-même final; toutefois le c né parait guère ; on n'y voit que s ou z. C'est ainsi que plus haut nous avons remarqué cruiz, tiers, dis {= decem), etc.; de même purchaz : solaz : viaz : laz : faz, 5196-5200, fol 68 b 6-10.

2). — Dentales.

Dentales médiàles. Leur chute s'était accomplie vers la fin du XI® siècle ; on n'en trouve plus de traces dans notre texte, sauf dans fedeilz (= fidelis), 3072, fol 32 b 27 ; encore le même mot se rencontre-t-il sans d : feeil^ 1214, fol 3 a 24.

Dentales finales. T se maintient dans la conjugaison quand il ne suit pas un a ou un e muet venu d'un a latin : aveit^ 4329, fol 54 a ^\juri (= juret, subj), 1446, fol 5 a 16, etc.; mais a, 1653, fol 8 b 13 ; ala^ 1658, fol 8 b 18, etc. Cependant on trouve

(1) Zv/t Laut und FleœionaUhre des Altfr., p. 83 (HeUbronn, 1878).

très fréquemment ad et même alad. D'un autre côté, t final tombe souvent au parfait défini des verbes, après la voyelle latine i : /w, 1223, fol 3 b 3; oi\ 1916, fol 13 b 16; respundi, 2071, fol 16 a 26 ; etc. Cette incertitude se comprend aisément si l'on songe que la chute de la dentale finale, particulièrement après a ou e muet, ne remonte qu'à la fin du XP siècle, peut-être au commencement du XIP.

3). — Labiales.

Les labiales initiales p, 6, /* se maintiennent sans aucun changement. Les seules exceptions sont saintes, fol 80 a 1 ; et hors (= foris 2884, fol 29 b 9. On trouve même plus souvent /*ors, 1560, fol "7 a 10, etc.

Le w germanique, et, dans certain cas, le v latin, est régulièrement représenté par g : guerrea; 1093, fol 1 a 23; gxierpiseit, 1118, fol 1 b 18; Gascuingne, 356; guasier, 1273, fol 4 a 23, etc.

La notation w existe, mais elle ne représente pas le w germanique, quia donné ^w; elle représente un son semi-consonne, semivoyelle, une sorte de ou consonne.

Suivi de i, w équivaut à la diphthongue ui : wi (= hodie), 4082, fol 49 b 27 ; Sandwig, 2031, fol 15. b 11 ; Wincestre, 1478, fol 5 b 18; Wilaume, 2302, fol 19 b 17. C'est à peu près le son anglais w; il n'est pas d'origine latine.

Les labiales médiales ne donnent lieu qu'à une observation : dans le mot tieve {=. tepidam), 3052, fol 40 a 7, à rencontre de ce qui s'est passé pour le moderne tiède, c'est le d médial qui est tombé.

4). — Liquides et nasales.

Les liquides et nasales médiales se maintiennent ; mais, comme elles ont entre elles de grands rapports de parenté, surtout Z et r d'un côté, m et n de l'autre, il n'est pas rare de les voir permuter, sans qu'on puisse découvrir d'autre loi que le besoin d'euphonie. Ce phénomène avait lieu en latin, où les terminaisons alis et aris sont équivalentes et alternent, suivant que le radical ai ou r.

Nous lisons dans notre poème : palefreiz, 4254, fol 52 b 19 ; con^ tralier, 3176, fol 34 b 11 ; ordres, 4734, fol 60 b 24; girofre {= caryophyDum), 3834, fol 45 b 14; Londreis, 4842, fol 62 b 12; genterise{=^ gentilitia), 2457, fol 22 a 24, etc. Cette tendance devait encore se développer dans la langue moderne, qui dit, par exemple, diacre, orphelin, tandis que le texte de Garnier porte diacnes, 1111, fol 1 b 11; orphenins, 3391, fol 28 a 16. Par contre, les exemples de métathèse, particulièrement pour la lettre r, sont plus fréquents qu'aiyourd'hui : pur, 1492, fol 6 a 2 ; pemez, 3242, fol 35 b 17 ; freez (= ferez), 1577,fol 7 a 27 ; freai{= ferai), 1601, fol 7 b 1; espreviers, 2129, fol 17 a 19; pemant, 2227, fol 19 a 2 : entrediseit, fol 26 a 13 ; truble, 3944, fol 47 b 9 ; /ernetez, 4775, fol 61 b 5.

Plusieurs de ces métathèses, notamment freai, freez, sont des particularités dialectales et sont propres au ms. de WolfenbûtteL

5). — Groupes latins et romans.

I. — Le fait le plus saillant, le plus digne d'intérêt, est, sans contredit, la vocalisation ou la non vocalisation de la liquide {.

De la vocalisation de / résultent les diphthongues au, eau^ eu, ou, que nous allons étudier séparément.

1^ a-\- l donne au quand la liquide est suivie d'une consonne : Rimes, IX, au masculin, a, b. Il est bon de remarquer que la vocalisation n'a jamais lieu quand / n'est pas suivie d'une consonne. Les substantits et les adjectifs ont en général la forme aus aux cas du sujet singulier et du régime pluriel, mais restent notés par al quand / n'est pas accompagnée de 1'^ de flexion : Rimes, I, a masculin, c, f.

Nous n'avons trouvé nulle part au pour al; mais, en revancbe, als pour aus se rencontre fréquemment ; en d'autrestermes, la vocalisation de / devant une consonne souffre des exceptions : chevals, 1953, fol 14 a 23 ; vassals, 5165, fol 68 a 5 ; e l'altre sur Vautre, 3949, fol 47 b 14 ; fait, 4235, fol 52 a 30, etc., etc. L ne se vocalise jamais dans l'article al (= ad illum).

Il est difficile de décider à qui il faut faire remonter la notation au. Le manuscrit de Paris porte : itals : continuais. . ., mais, en

même temps, Reinaut : haut. . ., tandis que celui de Wolfenbiittel a Reinalt : haut ... La vocalisation de l était certainement effectuée au temps de Garnier, du moins dans la prononciation ; mais Tusage ne s'en était sans doute pas généralisé dans l'écriture, et il est plus rationnel d'attribuer aux copistes une grande partie des notations par au.

2® Dédoublement de e dans le suffixe ellu^, illus. M. G. Raynaud (1) considère comme un trait propre au dialecte du Ponthieu la transformation en eau de e//, ill latins devant Vs de flexion ou même devant une autre consonne. La même transformation a lieu dans notre texte, où ell, ill latins ont donné au, eau dans les mômes conditions. La rime, il est vrai, n'en fournit pas d'exemples ; mais on en trouve un certain nombre dans Je corps du vers : chasteaus (P. chasiels), 2164. fol 17 b 24; beaus (P. bels), 3956, fol 47 b 21 ; tuneaus (P. tonels), 5219, fol 68 b 29 ; oiseaus (P. oisels), 3730, fol 43 b 25 ; aigneaus^ 1939, fol 14 a 9 ; cuteaus (P. autels), 3797, fol 45 a 2 ; beaus (P. bels), 3954, fol 47 b 19; apeaus (P. apels), 2386, fol 21 a 11 ; ceaus (P. cels), 5250, fol 69 a 30 , etc.

Si / termine le mot, le changement n'a pas lieu, et alors el reste, sans même passer par la diphthongaison eal : bel semblant, 1935, fol 14 a 5; H bel offre, 3957, fol 47 b 22; bel, 3942, fol 47 b 7 ; capeL 4063, fol 49 b 8, etc.

Parfois, malgré Vs de flexion, la vocalisation n'a pas lieu : beats (P. bels), 4059, fol 49 b 4 ; peals (P. pels), 1307, fol 4 b 27 ; casieals (P. chastels), 2169, fol 17 b 29 ; beats reis (P. bels), 2886, fol 29 b 21 ; Ansealmes, 4005, fol 48 b 10, etc.

La notation als est l'exception ; aus est bien plus fréquent ; mais, dans le manuscrit de Wolfenbiittel même, la langue trahit encore une certaine incertitude ; et, comme le manuscrit de Paris opère rarement la vocalisation et qu'il serait pour le moins étrange de supposer que le scribe, auteur de ce manuscrit, revenant en arrière, a transformé ealSy eaus en els, on peut affirmer que non seulement la vocalisation de /, mais encore la diphthongaison doit être attribuée au scribe du manuscrit de Wolfenbiittel. Il ne serait donc

(1) É tilde 8iir le dialecte picard dans le Ponthieu, op. cit., p. 69.

pas téméraire de soupçonner un Picard dans le copiste de ce manuscrit.

3° S long accentué latin -[- ^ (français e + ^ produit la diphthongue eu dans le mot talis : teus, 2371, fol 20 b 26 ; 2576, fol 24 a 21 ; 3026, fol 33 b 21. Nous n'avons pas trouvé d'autres exemples que talis de cette modification du latin alis en eus. Alteus (= altaris), 5438, fol 72 b 8, provient sans doute de la substitution de / à r*. Alis a donné également a/, quelquefois et : talis =- tels^ teus. Notons que la vocalisation de / n'a lieu que devant Vs de flexion; encore la règle n'est-elle pas fidèlement observée : tels, 2200, fol 18 b 5 ; 4531, fol 57 b 1. Partout où / n'est pas suivie de Ys de flexion, la vocalisation ne se fait pas : un itel visiun, 3938, fol 47 b 3 ; tel, 1142, fol 2 a 12 ; 2216, fol 18 b 21. Selon M. Raynaud (1), la transformation de la flnale alis en eu, sans passer par la forme al, s'est généralisée dans le picard. Sous ce rapport, le poème de saint Thomas s'écarte de ce dialecte, et Ton peut dire que le changement de ali'^ en eu n'est que sporadique ; peut-être même est-il dû uniquement aux copistes.

Eu résulte aussi quelquefois de 7 latin bref entravé -|- / : eus, dans le manuscrit de Paris (els dans le manuscrit de Wolfenbiittel). Le manuscrit de Wolfenbùttel, disons-le, donne partout els, et celui de Paris très rarement eus : .ceus, 1200, fol 3 a 10. Quand Y s de flexion manque, les manuscrits présentent invariablement cel; et, malgré Vs de flexion, bien plus souvent cels que ceus. On trouve parfois, dans le manuscrit de Wolfenbiittel ceau^ (P. cels), 3392, fol 38 a 17 ; 1148 (P. ceus), fol 2 a 18. Là encore, la vocalisation, et, à plus forte raison, la diphthongaison, ne paraissent pas devoir être attribuées à Garnier.

4P Enfin o -j- ^ aboutit à ou quand / est suivie de Vs de flexion ou d'une autre consonne : fous, 1097, fol 1 a 27 ; couper, 1275, fol 4 a 25 ; aube, 1604, fol 7 b 24 ; haut, 1857, fol 12 b 12 ; leauté, 1720, fol 9 b 20 ; sout (= solet), fol 26 a 6 ; tout (P. toit = tollit), 3439, fol 39 a 4. Mais les cas de non vocalisation sont très fréquents : fols, 4638, fol 59 a 18 ; volt (P. vout), 1099, fol 1 a 29 ;

(1) Dialecte picard (tan^ le Ponthieu, op. cxi., p. 74.

(tu) vols, 3396, fol 38 a 21 ; voldrent (= voluerunt), 1943, fol 14 a 13 ; decolper, 5305, fol 70 a 25 ; asoldre, 4832, fol 62 b 2, etc. On peut conclure que la vocalisation est Texception.

II. — Les exemples du groupe ts sont très nombreux à la finale par suite de la chute de la voyelle finale située entre la première consonne et Y s de fiexion. Ce groupe a généralement donné z : de^ crez, 1183, fol 2 a 3, etc.

III. — Ct suivi d'un i et d'une autre voyelle. Ordinairement, dans les mots de formation populaire, t est traité comme s'il était seul, et c tombe, mais en empêchant le plus souvent la spirante de se changer en sonore. Ainsi, dans la langue moderne : dresser, leçon^ façon, etc. Mais Garnier n'emploie pas ces formes populaires et use exclusivement d'une forme savante littéralement empruntée au latin : desfactiun, electiun, etc.

IV. — Le groupe roman c7 présente une particularité dans le mot rnisc (u) latus : medlez, 1576, fol 7 a 26 ; metlée, 1578, fol 7 a 28 ; meslée, 1096, fol 1 a 26. Dans les deux premiers exemples, il 7 a substitution d'une dentale à une sif^ante.

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