‹ La vie de sainte Anne, pouvant servir de mois de juillet aux âmes pieuses [microforme]Chapitre 14 sur 52 · INF · texte numérisé non relu

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minieuse disgrâce qui pût arriver à une famille. Ainsi les deux époux étaient un objet de mépris. Ils prièrent alors le Seigneur avec plus de ferveur que jamais, afin qu’il daignàt éloigner à’eux ce blâme immérité et ler accorder un enfant qu'ils promirent de consacrer au service du temple.

Un jour de grande fête, Joachim vint à Jérusalem avec d'autres gens de sa tribu pour faire son offrande au temple d'après l'institution de la loi. Déjà il s'était approché de l’autel et y avait déposé ses présents. Un prêtre, nommé Ruben, l'ayant aperçu, s’approcha et lui dit : “Pourquoi te méles-tu à ceux qui sacrifient au Seigneur, toi dont Dieu n'a point béni le mariage, et qui n’as point donné d’enfant à Juda?

Il ne nous convient pas de recevoir ton offrande avec celles des hommes chéris de Dieu.”’ A ces paroles, Joachim fut grandement attristé. Humilié devant tout le peuple, il baissa les yeux, n'osa proférer une seule parole, ni regarder qui que ce fût, et il sortit du temple en pleurant. Insulté en présence de ses amis et du peuple, il n'osa par honte retourner à Nazareth, craignant que ses voisins ne lui fissent un reproche de son aventure. Il alla donc rejoindre les pasteurs qui gardaïent ses troupeaux en dehors de Nazareth; il s’enfonca

au loin dans les montagne et résolut de demeurer là jusqu’à ce qu'il plût au Seigneur de le consoler et de lui faire connaître quel était le meilleur parti à prendre Joachim vivait dans la solitude depuis cinq mois. Un jour qu'il était seul, nn ange environné d'une clarté immense, lui apparut, l’&vertit de ne pas avoir peur, et lai parla ainsi: ‘‘Vois, je suis un ange envoyé par Dieu pour t’annoncer que le Seigneur à exaucé ta prière et que l’encens de tes aumônes est monté jusqu’au ciel.

J'ai vu ta confusion et entendu le reproche qu'on t’a fait. Ce blâme est injuste : Dieu en effet punit le péché et rien que le péché. Quand il suspend ses lois, c’est pour en mieux manifester la sagesse et mieux faire voir que les bénédictions qu'il accorde sont un effet de sa divine munificence.

Est-ce que Sara, la première aïeule de ta race, n’est point restée étrangère aux bénédictions du ciel jusqu’à sa quatre-vingtiéme année? Pourtant, dans son extrême vieillesse, elle a donné naissance à Isaac, en qui, selon la promesse divine, toutes les nations seront bénies. De même Rachel, si agréable au Seigneur et si aimée du bienheureux Jacob, après une longue stérilité, reçut Joseph, devenu plus tard non seulement le maitre de l'Egypte, mais le libérateur de tout votre peuple condamné à p<-

rir. Qui parmi les chefs d'Israël fut yius fort que Samson, ou plus saint que Samuel ?

Pourtant leurs mères à tous deux avaient été longtemps sans espérance. Ainsi Anne, ta compagne, aura une fille que tu dois nommer Marie. Celle-ci sera consacrée à Dieu, et, des le premier instant de son existence, elle sera remplie de l’Esprit- Saint. Et de mème que, par une merveille divine, elle naïîtra d’une mère stérile, ainsi, par un prodige incomparable, en demeurant vierge, elle donnera le jour au Fils du Très- Haut, lequel s’appellera Jésus, et sera, comme son nom l'indique, le Sauveur de toutes les nations. Et comme signe que cela est vrai, Anne, ton épouse, te rencontrera à Jérusalem à la Porte dorée et s’en réjouira, car elle soupire après ton retour.” Quand l’Ange eut ainsi parlé à Joachim, il disparut à ses yeux.

Cependant Anne était restée durant ces cinq mois sars apprendre aucune nouvelle de Joachim. Elle pleurait et répétait dans ses prières: “Seigneur, Dieu d'Israël, Dieu puissant, pourquoi m'avez-vous privée d'enfant? Pourquoi avez-vous éloigné de moi mon époux? Voilà que.cinq mois se sont passés, et je ne le vois point; j'ignore s’il est mort et si on lui a donné la sépulture.”

Un jour qu’elle se lamentait ainsi, elle

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se retira dans l’intérieur de sa maison, ct, tombant à genoux, elle répandit avec abondance ses soupirs ct ses vœux devant le Seigneur. Son oraison finie, elle fit un effort pour dissiper sa douleur, quitta ses vétements de deuil, orna sa tête de joyaux et revêtit sa robe nuptiale. Vers la neuvième heure, elle descendit se promencr dans son jardin. Là était un laurier sous lequel elle s’assit et elle fit à Dieu cette prière: ‘Dieu de mes pères, écoutez-moi et bénissez-moi comme vous avez béni Sara, à laquelle vous avez donné un fils.” Et, élevant les yeux, elle aperçut sur Je laurier un nid de passercaux et ge prit à pleurer.

"Hélas! à qui me comparer ?”” disait-elle en elle-même. “De qui suis-je donc néc pour ètre ainsi la malédiction d'Israël” On me repousse, on me méprise, on me rejette du temple.

"A qui me comparer? Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel peuvent paraître devant vous, © inon Dieu! Ils ont des nids bien peuplés.

"A qui me comparer? Je ne puis me comparer aux animaux de ia terre, car les animaux de la terre sont bénis de vous, Seigneur! Ils sont féconds à souhait.

“A qui me comparer? Je ne puis me

comparer aux fleuves et à la mer, car les fleuves et la mer ne sont point frappés de stérilité; ou calmes ou émues, leurs vaux, remplies d. poissons, chantent votre louange.

‘A qui me comparer? Je ne puis me comparer aux plaines, car les plaines portent leurs fruits en leur temps, et leur fertilité vous bénit, à mon Dieu!”

Que de douleurs épanchées dans ces oupirs d’une épouse prive: des gloires et des joies de la maternité! Comme ces répétitions expriment bien la tristesse d’une âme accablée de honte, et qui trouve un amer plaisir à se redire son hwniliation!

Et comme elle disait ces mots, un ange lui apparut tout à coup et lui dit: ‘Ne crains point, il est dans les desseins de Dieu de te donner une enfant, et celle qui naitra de toi fera l'admiration des siècles jusqu’à la fin des temps.” Ayant ainsi parlé, il disparut. Anne, émue et tremblante en présence d’une telle vision, rentra dans sa demeure et se laissa tomber sur son lit comme une personne sans conpaissance. Elle passa tout le jour et toute la nuit dans le tremblement et dans la prière.

Le jour veru, elle appela auprès d'elle sa servante Judith &t lui dit: ‘‘Tu sais que je suis seule et dans la peine; pourquoi n'estu point entrée auprès de moi?’ —‘Si

Dieu ne te bénit pas et s'il a éloigné de toi ton époux,” lui répondit en murmurant sa servante, ‘que puis-je y faire?’ En entendant ce dur reproche, Anne se prit à pleurer à chaudes larmes. Dieu la consola.

Au moment où un ange apparaissait :

Anne pour lui annoncer qu’elle serait mère, un autre messager céleste, dit la légende, se montrait à Joachim dans la montagne où il faisait paître ses troupeaux et lui donuait au nom du ciel la même assurance.

‘De ton sang’’, lui disait-il, ‘‘naîtra une fille; elle habitera dans le temple, et le Saint-Esprit descendra en elle, et son bonheur sera au-dessus du bonheur des autres femmes; son enfant sera béni; elle-même sera bénie et appelée la Mère de l’éternelle bénédiction. C’est pourquoi descends de la montagne, retourne auprès de ton épouse, et ensemble rendez grâces an Seigneur.

Tu la rencontreras à Jérusalem à la Porte dorée, comme il a été prédit. ’”

Joachim s'inelina devant lui et reprit :

"Si j'ai trouvé grâce devant toi, assieds-toi un peu dans ma tente, et bénis ton serviteur.” L'ange lui répondit : ‘Ne te nomme point mon serviteur, nous sommes tous serviteurs du même Maître. Je ne prendrai pas la nourriture que tu me présentes :

ma nourriture, à moi, est invisible, et ma boisson ne peut être connue des hommes.

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Joachim, ayant offert à Dieu le sacrifice que l'ange lui vait ordonné, retourna à Jérusalem, à la rcrte dorée, où son épouse devait le rejoindre. C’est ce qui arriva.

Quand les deux époux se rencontrèrent,.

ils se réjouirent tous les deux dans le Seigmeur et lui rendirent grâces, à cause de l'admirable promesse que l’ange leur avait faite. Tls se raconièrent leur vision, et après fervente action de grâces, ils reprire.… ensemble le chemin de Nazareth, où, sans la moindre défiance, ils attendirent en paix l’accomplissement de la promesse du Dieu tout-puissant.

Maintenant, si l’on nous demande pourquoi Dieu a soumis les parents de Marie à une si pénible épreuve, nous répondrons :

1° Dieu a voulu leur faire comprendre l'excellence du don qu'il leur accordait; 2° il convenait que celle qu’on honore sous le titre de Mère de la grâce, fût spécialement due à la grâce divine; 8° il convenait également que la Reine du monde eût une oricine non moins miraculeuse que celle de bien d’autres saints de l'Ancien Testament ; 4° Dieu a voulu nous faire estimer la prière, la solitude, l’aumône et le jeûne, la confiance et la persévérance.

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