CHAPITRE VIII
COMMENT NAQUIT LA BIENHEURFEUSE VIERGE Mare.
LORSQUE le temps marqué dans les décrets divins fut sonné pour sainte Anne de donner le jour à cette bienheureuse en.
fant prédite par l'ange, Joachim manda chez lui plusieurs femmes respectables afin de servir son épouse et de 1 assister selon ses désirs. Il prit ensuite le chemin des Montagnes pour y aller inviter Elisabeth, l'épouse de Zacharie, et Hismarian, sœur d'Anne et mère d’Elisabeth.
Quand elles arrivèrent ensemble dans la chambre d’Anne, il leur sembla qu'elles entraient dans le paradis terrestre, tant était grande la joie qu'elles ressentaicnt dans leur cœur et délicieux les parfums qu'elles respiraient. C'était, d’après notre calendrier, le 8 septembre.
Soudain sainte Anne fut environnée d'une clarté céleste, et, pendant que Marie apparaissait au monde, une multitude d’an.
ges firent entendre un chant d’une extrême douceur: ‘Qui est celle-ci ?”’ Tel fut leur cri d'étonnement. ‘Quelle est cette ceréature, qui monte du désert comme une ‘Apeur légère d’aromates, de myrrhe, d'’en-
s les Anne > enanda afin selon des Jeth, sœur
1 la elles tant ent ums otre
inée [arie ’anéme leur réa:
va
en-
cens et de toutes sortes de parfums?”
(Cant., 2, 6.) C'était un chant de fête. Peut-être devinaient-ils le prodige que nous sommes maintenant obligés de croire et que l'Eglise a toujours cru. Notre foi nous enseigne que Marie naquit immaculée, ce qui signifie libre de la tache provenant du péché d'Adam, étrangère à toute mauvaise convoitise, parfaitement maitresse de tous ses sens, exempte de toute ignorance concernant les biens et les maux spirituels et revêtue d’une grâce éclipsant celle de tous les saints et de tous les anges réunis.
Ces privilèges lui convenaient à merveille. ‘Saint Augustin dit en effet ‘‘que la chair de Jésus c’est la chair de Marie”.
11 répugnait donc à la Sagesse de Dieu que le démon fût un seul instant le maitre d'une chair si souverainement prédestinée.
Il convenait également que Marie, future co-rédemptrice du genre humain, ne füt pas elle-même esclave de Satan. De plus Marie devait devenir l’Epouse de Dieu le Père ayant avec lui un même Fils. Elle devait devenir la Mère du Fils: Natus ex Maria Virgine. Il est né de la Vierge Marie, chante la sainte Eglise. Elle devait devenir l’Epouse du Saint-Esprit d’une manière plus excellente que toutes Îles âmes justes appelées du nom d’épouses
dans le texte sacré. — Marie est comme le complément de la Sainte Trinité, dit un Docteur. On aurait donc pu reprocher à cette Trinité trois fois sainte de n’avoir pu elle-même se soustraire entièrement à l’em.
pire de ses ennemis.
Sainte Anne venait donc de recevoir dans ses bras maternels le plus riche trésor du ciel et de la terre. Elle l'offrit avec enthousiasme à la Majesté divine, disant inté:
rieurement: Seigneur, dont la sagesse et la puissance sont infinies, je vous offre le fruit que je viens de recevoir de votre bont: et je vous rends mille actions de grâces éternelles de me l'avoir donné. Disposer, Seigneur, de la fille et de la mère selon votre très sainte volonté et daignez, de l'inaccessible trône de votre gloire, abaisser vos regards sur notre petitesse, Soyez éternellement béni d’avoir enrichi le monde d'une créature qui vous est si agréable.
Accordez-moi la lumière pour découvrir votre bon plaisir dans la mission que je dois remplir.
À la vue de cette miraculeuse enfant, de cette Rose mystique, de cette Aurore nais.
sante, la joie des saintes femmes monta à son Comble, et les six jours qu'elles avaient passés chez Anne ne leur paraissaient qu'un rêve. Elles louaient et bénissaient Dieu qui opère, quand cela lui plait, de
telles merveilles. La naissance de cette princesse conquit à sainte Anne et à saint Jonchim un bonheur et une dignité incomparables.
‘“QO bienheureux ÆEpoux, Joachim et Anne, s'écrie saint Jean Damascène, quelle
lans D, k
. qu midée ne devons-nous pas avoir de votre en. innocence et de votre sublime vertu! O nte. Miortunés époux, Joachim et Anne, quelles Æ merveilles si extraordinaires, quelles actions 1, si éclatantes, quels prodiges de sagesse et nt: de vertu eussent jamais pu nous donner ces Due aussi haute idée de votre mérite, que se, MB iauguste qualité de Père et Mire de la Jon M Mère de Dieu? Nulle grandeur, nulle + digité sur la terre, qui ne soit inférieure ais. Bi ce glorieux titre. Il était convenable
vez D 0° la sainteté de votre vie répondit ‘ Hi la sainteté de la file, que vous avez mise au monde et qui devait être la Mère du Saint des saints; oui, c’est en menant e Bure vie pure, innocente et exemplaire, que ] vous avez eu le bonheur de mettre au monde le Trésor de la Virginité. Quelle fut la joie de ce père fortuné, de cette
\is- :
# bienheureuse mère au moment que cette nt M Pienheureuse fille vit le jour! Saisis d’ad-
miration à la vue d’une gloire dont les anges mêmes étaient éblouis et pénétrés d'uné nouvelle ferveur de piété, leur vie dès lors ne fut qu’une çontinuelle contem-
plation et leur conversation ne fut plus quel dans le ciel; dès lors ils ne goûtèrent plusk que ce torrent de délices spirituelles qui sont un avant-goût des joies célestes.’
L'heureuse sainte Anne, toute triomphante et inondée de consolations ineffables, tenait donc un langage bien différent de celui de Noémi. Elle disait : ‘Appelez.
moi encore Noémi, c’est-à-dire, la belle, la charmante; ne m'appelez plus maru, c'est-à-dire amère, parce que le Tout-Puis.
sant m'a remplie d’allégresse.”’ Elle nc.
tait pas sans être convaincue que Marie
était comme Samuel un enfant de la grâce plutôt que de la nature: le fruit de ses p'ières, de ses larmes, de ses aumônes plus encore que de son sang, et elle eut le pressentiment que cette enfant apporterait au monde malheureux les plus insignes bicnfaits.
Quant aux honorables dames qui l’assistaient, pouvaient-elles manquer de lui adresser les aimables compliments que les dames de Bethléem faisaient à l’heureuse Noémi: ‘‘Béni soit le Seigneur qui n'a point permis que votre famille fût Sais successeur et qui a voulu que son nom se conservât dans Israël. Il vous a bénie afin que vous ayez une consolation et un soutien dans votre vieillesse. ”’ :
Sainte Anne donna à l’enfant le beau nom de Marie, ainsi que l’ange le lui avait rdonné. Puis elle s’appliqua uniquement à prodiguer ses soins à la garde de ce précieux trésor que le ciel lui avait donné en dépôt.
D'après l'opinion de beaucoup de théologiens, Anne a reçu sans douleur et sans honte celle qu’elle conçut sans lui transmettre la tache de. notre origine. Et, s’il est permis de soupçonner que cette grande âme avait appris par les anges du ciel les
S que plusk ÿ qui
riON- Leffa.
érent elezelle, 1ara,
Puis- :
n'e. Béstinées réservées à Marie, où emprunter Le des paroles capables d'exprimer les joies .. Mde son cœur maternel quand elle donnait ruce = : e =
ces 507 lait à Celle qui devait un jour donner as Me sien à ce Dieu qui nourrit tous les êtres L. vivants!” O la plus heureuse des mères, É continue saint Jean Damascène, quelle
gloire pour vous d’avoir nourri celle qui nourrit le Créateur de l'univers.
La joie de sainte Anne était bien SSIS- Æ légitime. La nôtre l’est encore davantage. lui Marie, c’est en effet l'aurore de notre gloire les À éternelle. En ce jour nos misères, finisuse D sent, nos maux trouvent un remède infail- NA Slible. C’est une naissance que Dieu atten- 81S Æ dait pour nous délivrer de nos iniquités et | se À nous préparer le chemin vers la terre proafin mise. Le jour de la naissance de Marie, OU- EE c'est le premier benu jour qui ait lui sur
ien-
notre terre. Le démon et ses suppôts sont seuls à s’en lamenter.
Les anges se réjouissent avec nous à l'occasion de ce grand événement. S'ik sont dans l’allégresse quand un pécheur revient à Dieu, parce que le nouveau converti porte désormais une marque de prédestination, comment ne point se réjouir:
devant le berceau de cette jeune princesse qui vient ruiner l’empire de l'enfer et ouvrir toutes larges les portes du paradis aux âmes généreuses ?
Et la Très Sainte Trinité qui plonge un regard dans l'avenir, n’a-t-elle pas sujet de contempler avec délices l’attendue des nations? Que cette enfant au berceau leur semble belle: “‘Tota pulchra es, Maria, ct macula originalis non est in Te: Vous êtes toute belle, Ô Marie, et la tache originelle n'est pas en vous!” Marie aime Dieu déjà plus que les Séraphins; son cœur donnera au monde un autre cœur, celui de l’Homme-Dieu, lequel aimera le Père Eternel encore plus que sa Mère ne l'aime. Et le feu de, ce cœur divin embrasera les cœurs des apôtres, des martyrs, des vierges, des cénobites, des religieux, des prêtres, des missionnaires, des pontifes, des saints de tout âge et de toute condition. Que d'’espérances cette naissance ne donne.t-ells pas au Créateur de l'univers! N'est:il pas
préjouir.
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aux
un t de naleur E. ct êtes elle déjà era omenb le
permis de croire qu'en ce jour les chœurs angéliques ont entonné le prélude du chant
de Bethléem Gloria in altissimis Deo:
Gloire à Dieu au plus haut des cieux ?
La sainte Vierge c’est la nouvelle Eve.
Elle apparaît en ce monde pour être notre co-rédemptrice. Adorons ce dessein de la divine Providence: C'est par une femme que nous avons été vendus, c'est par une femme que s’opérera notre rachat. La dévotion à Marie est done une dévotion nécessaire. Les enfants de Marie sont les enfants du paradis.