VÉCURENT A NAZARETH, ET COMMENT MOURUT SAINT JOACHIM
NOUS avons vu plus uaut que les derniers moments que sainte Anne et saint Joachim passèrent dans la compagnie de leur fille chérie furent consacrés à louer le Seigneur pour les dons et les miséricordes qu’Il leur avait accordés. Leur prière terminée, ils se décidèrent enfin à reprendre le chemin de Nazareth. Leurs cœurs étaient navrés de douleur. Ce voyage dura trois jours. La nuit ils se reposèrent dans cette même auberge qui les avait abrités lors de leur arrivée. La tradition rapporte que leur retour fut signalé par plusieurs merveilles que Dieu fit en leur faveur pour adoucir leur trisiesse. Rentrés chez eux, ils furent en. is d’un indescriptible chagrin. Ils con. rirent alors mieux que jamais la grandeur du sacrifice que la Providence leur avait imposé. Leur petite Marie n'était plus là! Que la maison paraissait sombre! Que les jours étaient longs! Que la solitude était profonde!
Que la vie était monotone! La douce voix de Marie ne résonna't plus à l'oreille de sa joyeuse mère. Les échos de leur drmeure ne rediront plus le chants du roi prophète ni les gais refrains si bien connus
eu Israël. Ils se sout tus ct pour louytemps. Non, plus d° caresses, plus de baisers, plus d’embrassements, plus de rc.
gards d'amour! Adieu, beaux jours! adieu, moinents de sainte ivresse, adieu, Maric.
avec son bon sourire, ses délicates attentions, ses mille charmes enchanteurs. Aujourd'hui la noire tristesse pèse de tout son poids sur la maison de sainte Anue, comme un ciel d’airain sur un désert aride. Qu'on se représente un bon père et une tendre ruère qui rentrent dans leur logis après les .“nérailles d’une fille unique, leur seul espoir. Qu'on se figure la veuve de Naïm pleurant la mort de son cher enfant avec tant d'angoisse que Jésus intervint par uu iniracle pour calmer ses cris déchirants, et l’on n'aura qu’une pâle idée de l’abîme d’aumertume où sainte Anne et saint Jonchim se sentaient plongés. En effet fut-il jamais au monde une fille comparable à Marie? Qui pourra dissiper leur mortel ennui? C'est par de ferventes prières que sainte Anne et saint Joachim endormirent leurs souffrances. C’est aussi par un redoublement d'ac‘ivité au service de leur Créateur qu'i. réussirent à dissiper les gros nuages de mélancolie qui s'amoncelaient chaque matin au ciel de leur âme.
Ils travaillèrent donc avec la dernière ardeur à leur mutuelle sanctification, Sainte
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Anne était pour Joachim plus que le trésor caché äont parle l'Evangile. L'homme qui l'avait trouvé l’enferma et dans sa joie il vendit ce qu'il avait et acheta le champ qui le recélait. Le trésor matériel dont Jésus fait mention n'était qu’un bien rongé prr la rouille et les vers, un bien que les : »leurs déterrent et enlèvent. Mais il st un trésor d’une valeur impérissable. Ce trésor, c'est une femme selon le cœur de Dieu. Heureuse la mai-:nn où se trouve ce trésor, heureuse même quand elle est pauvrement couverte de chaume et que sur la modeste table on ne voit d'autre luxe qu'une cruche d’eau et un morceau de pain noir.
Oui, vraiment, on peut appliquer à cette femme ce que l’Ecriture dit de la sagesse :
‘’On ne l’achète point au poids de l'or; on ne l'obtient pas pour l'argent le plus pur. L'or d'Ophir n’en égale point le prix; elle surpasse l’onyx et le saphir. Le cristal, l'émeraude ne sont rien auprès d’+ile, ni les vrnements les plus beaux. Le corril et le béril s’effacent en sa présence; elle l'emporte sur les perles de la mer. On ne la compare pas à la topaze d’Ethiopie; on ne l’échange pas pour les tissus les plus précieux.””
C'est ce que sainte Anne était pour saint Joachim. FKlle était aussi pour lui une
Etoile brillante qu'il pouvait regarder. Elle l’éclaira par sa foi. Oh! que de splendeur environne la foi d’une femme vertueuse!
C’est une foi qui est profondément ancrée dans l’âme, qui ne doute pas, ne dispute pas; une foi qui embrasse avec humilité et allégresse tout ce que Dieu a révélé au monde. Cette foi pénètre le cœur de l’épouse vertueuse, et elle se manifeste de plus en plus chaque jour dans ses paroles et ses actions, dans toute sa conduite. Elle vit de la foi, pour parler avec saint Paul, et de cette facon elle devient une étoile lumineuse pour toute la maison. L'’époux voit en elle ce que renferme de prodigieux Ja foi vér'table et vivante: il voit en celle avec quelle ardeur on doit s’attacher à Dieu, avec quel respect on doit traiter les choses de la religion. Ainsi elle brille à ses yeux comme une lumière divine, et exerce. par là sur lui l'influence la plus salutaire. Oh! combien d’époux ont réchauffé leur froide indifférence à la foi de leurs épouses; combien d’apostats sont devenus des défenseurs de la religion grâce à la foi de leur compagne! Oh! avec quel éclat la bonne sainte Anne a brillé aux yeux de son vertueux époux ! car elle était de la race des croyants de l'Ancien Testament, lesquels étaient attachés à la révélation divine plus qu'à leur vie et regcrdaient la foi comme
leur guide infaillible et leur plus grand bonheur.
De plus sainte Anne éclaira son mari par ses vertus. Sa foi n’était pas une foi morte : c'était au contraire une foi vivante qui produisait sans cesse des fruits de grâce et de salut. Ces fruits, ce sont les vertus qui se manifestaient avec profusion et dans lesquelles elle servait de modèle à son mari.
Sainte Anne était pour lui comme le Miroir de lu piété : elle aimait à invoquer Dieu en tout temps par toutes sortes de supplications et de prières; elle s’appliquait avec ferveur à l’oraison; elle aimait à se rendre dans le temple du Seigneur. Elle était un modèle de douceur, évitant tout ce qui aurait pu amener des malentendus et des inimitiés, et tàächant dans la maison et au dehors de conserver l’amour et la paix et de les favoriser avec une sainte ardeur.
Sainte Anne éclaira Joachim comme un brillant modèle d'activité: elle vaquait tôt ct tard à ses affaires et expédiait avec diiivence tout ce qui regardait le ménage.
Elle l’éclaira comme un molèle de bienfaisance. D’après ces paroles: ‘Ne refuse pas l’aumône au pauvre et ne détourne pas les yeux de lui’’; elle donnait volontiers, et quand elle pouvait, elle ne laissait aucun pauvre quitter le seuil de sa maison sans l'avoir secouru.
Elle l'éclaira comme un modèle de chasteté. On eût dit qu'elle connaissait déjà ces paroles de l’Apôtre : ‘‘Qu’en toutes chcses le mariage soit respecté et que le lit nuptial soit sans tache.’”’ Elle conserva la pudeur comme la prunelle de ses yeux et ne fit et ne souffrit rien qui aurait pu ternir l'éclat de la plus noble des vertus.
Elle l’éclaira comme un modèle de résignation, d’après ces paroles : ‘Supporte les délais de Dieu, accepte tout ce qui arrive, demeure en paix dans ta douleur, et au temps de ton humiliation garde la patience””. Elle prenait les croix de la vie avec empressement et elle se soumettait même aux plus lourdes épreuves que Dieu lui envoyait, dût-il lui en coûter beaucoup de larmes.
En un mot elle l’éclairait en tout et partout, lui servant de modèle et de miroir de toute perfection. Telle était sainte Anne.
Grâce à son esprit de prière, son amour de la paix, son esprit de travail, son esprit de bienfaisance, sa chasteté, sa conformit à la volonté du Très-Haut, elle était pour son mari un astre lumineux sur le chemin du salut.
Sainte Anne était encore le Bâton tutélaire de son Epoux. Elle le soutenait sur le chemin de la vie. L’Esprit-Saint dit:
‘Celui qui a une femme vraiment bonne
jonde sa maison: il a un aide semblable à lui, et son repos est tranquille comme une colonne.’ Elle soutint son mari par son travail. 11 incombe surtout au mari de s’oceuper de la culture des champs. Ce n'est pas à Eve mais à Adam que le Seigneur a dit:
‘La terre est maudite dans ton œuvre. Elle ne produira pour toi que des ronces et des épines, et tu mangeras ton pain à la sueur de ton front.” (C’est pourquoi l’homme doit saisir la bêche et sortir pour gagner son pain. Mais la vertueuse épouse doit le soutenir tant qu’elle peut. Sainte Anne ne se croisait pas les bras, ne menait pas une vie oisive et désœurrée : oh! non, elle était occupée toute la journée, travaillant autant que ses.forces le lui permettaient. Tandis que Joachim s’occupait du travail de la campagne, elle prenait soin de la maison et entretenait partout l’ordre et la propreté avec un soin jaloux.
Elle soutint son époux par toutes sortes de bons offices. Une foule de sollicitudes pèsent sur les épaules et le cœur de l’homne : à lui revient le soin de la mère et des enfants, des serviteurs et des servantes, des champs et de leurs dépendances. Que de tracas surviennent en cas de mauvaises récoltes, de malheurs imprévus, de dépenses extraordinaires, de longues maladies. Sainte Anne ne laissa pas tomber tous ces
soins sur les épaules de son mari; elle lui vint en aide du cœur le plus sincère, l’exhorta à la confiance en Dieu et le consol:
par la pensée de la récompense. Grâce à son amabilité et ses bonnes paroles, elle chassa l'inquiétude de son cœur comme le beau soleil du matin dissipe les ombres de la puit.
Sainte Anne soutint son mari par toutes sortes de souffrances. Il est souvent des jours de larmes qui viennent fondre sur les familles; car la parole de l’Ecriture reste éternellement vraie : ‘‘Une grande occupation a été créée pour tous les hommes, et
un joug très dur accable les enfants d'Adam, depuis le jour de leur naissance jusqu'au jour de leur trépas. Heureux l’homme qui au jour de la détresse a une vertueuse épouse! Elle lui tend les deux mains et l’aide à porter la croix. De la plénitude de son âme pieuse, elle lui adresse des paroles d'encouragement; nuit et jour elle ne songe qu’à adoucir ses peines, qu'à sécher ses larmes. Oui, elle oublie ses propres douleurs, pour verser du baume sur les plaies de son mari et pour alléger le plus possible son pénible fardeau. C’est ainsi que la femme vertueuse soutient son mari sur le chemin de la vie par toutes sortes de travaux, de soins et de souffrances.
Saint Joachim a trouvé cette rare aubaine
en sainte Anne. Il est à souhaiter qu'elle compte beaucoup d’imitatrices.
Cependant une union aussi charmante devait bientôt trouver un terme. Cette même année Joachim tomba malade, et, dans son humilité, il désirait seulement que Dieu voulüt bien le recevoir parmi ses ancètres qui dormaient déjà du sommeil des justes.
S'il faut en croire une pieuse révélation, Marie demandn au Seigneur de défe: dre son cher père contre les attaques du démon et de le placer au nombre des élus. Pour y obliger davantage In Majesté divine, elle s'offrit d’endurer tout ce que le Très-Haut ordonnerait.
Le Seigneur agrén : tte demande et consola la sainte enfant. Huit jours avant la mort du saint patriarche, le Seigneur révéla à Marie le jour et l'heure où son père allait mourir. ile demanda aux douze anges de l'apocalypse de le consoler durant sa dernière maladie. Ce qu'ils firent avec beaucoup de zèle. Dans la dernière heure qui précéda sa mort, elle lui envoya les mille anges qui l’escortaient au temple.
Saint Joachim entendit les messagers célestes prononcer ces paroles flatteuses : ‘‘ iTomme de Dieu, votre fille Marie nous envoie ici pour vous assister à cette neure où vous allez payer à votre Créateur la dette
de la mort. Elle est votre fidèle avocat auprès de Dieu. Dieu veut que vous connajssiez avant de mourrir, qu: Marie est a Mère privilégiée du Messie. Que le Dieu de Sion vous bénisse et vous place aù nombre des saints.
Joachim au comble de la joie appela son épouse auprès de son chevet et lui dit:
‘Voyez, ma chère compagne le temps est venu pour moi de reposer auprès de mon père. Pendant toute votre vie, continuez à marcher dans la voie des commandements de Dieu en parfaite droiture de cœur. Rippelez-vous souvent avec reconnaissance les choses merveilleuses que Dieu a opérées pour nous sur la terre. Je descendrai dans les Limbes et j’annoncerai à nos pères Ja bonté de Dieu, afin qu'ils ne s'affligent point au sujet de la future rédemption.
Dites à notre fille Marie qu'elle fixe mon souvenir dans son cœur comme le soleil est fixé dans le firmament du ciel. Adieu, chère Epouse, nous a ons passé ensemble des jours heureux parce que tous les deux nous avons reçu en partage la crainte de Dieu et l’amour de sa loi sainte.”
Après avoir prononcé ces paroles, le saint Patriarche rendit son esprit à son Créateur.
À cette vue, sainte Anne $e prosterna la face contre terre. Les anges retcurnèrent de suite auprès de Marie et Jui apprirent
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la mort de sou illustre père. Alors l'aff-ctueuse enfant se répandit en larmes et en prières ferventes pour l'éternel repos de sa sainte àme et la conslation de sa bonne et tendre mère. Celle-ci pleura la met de son mari avec une telle abondance de lar- ‘aes que. le lit funèbre où Joachim reposait en était comme inondé. Elle embauma le corps du défunt avec des onguents précieux et l’ensevelit auprès de son père comme il l'avait ordonné. Revêtue du voile des veuves, elle demeura assise auprès de la tombe pendant six jours, le visage baigné de larmes. Ensuite elle s’en retourna tristement à sa m.:son où elle pleurs encore pendant quarante jours et p:omit au Sei- “neur que jusqu'à son dernier soupir clle prierait pour un Fpoux si cher et qu'elle ne cesserait pas un instant d'en porter le deuil.
A l'exemple de sainte Anne ‘prions pour nos chers défunts. N'oublions jamais que la justice de Dieu se servira à notre égard de la mesure dont nous nous serons servis à l'égard de notre prochain. Heureux les iniséricordieux, car on leur fera miséricorde! Heureux surtout ceux qui avant de paraître au tribunal de Dieu o'it eu la sacesse de régler tous leurs comptes avec sa Justice et de ire une sincère pénitence de leurs iniquités.