‹ La vie de sainte Anne, pouvant servir de mois de juillet aux âmes pieuses [microforme]Chapitre 26 sur 52 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

COMMENT L'ANGE GABRIEL ANNONCE À LA FILLE DE SAINTE ANNE QU'ELLE SERA LA MÈRE DU Fizs DE DIEU.

NOS pieux lecteurs savent qu'Emérentienne, mère de sainte Anne, avait reçu la promesse d’une fille merveilleuse, et que d'après la vision des disciples d’Elie et d'Elisée qui habitaient le Carmel, crtte fille nommée Anne donnerait naissance à une célèbre princesse. C'était la bienheureuse Vierge Marie dont l'Enfant devait procurer le salut au monde. Tels étaient la fleur et le fruit promis. Le temps appro-

chait où la prophétie allait se réaliser complètement. Le grand mystère de l’Incarna.

tion du Verbe allait s’opérer. Mais de quelle facon admirable.

Lorsque la plénitude du temps fut ac.

complie, la Trinité décréta de pourvoir au salut du genre humain par l’Incarnation du Verbe. Le j'ère Kternel céda à son infinie miséricorde, et aux instantes prières de suinte Anne, de Marie et des Anges. Il appela donc l’archange Gabriel et lui dit:

"Va trouver Marie, la fille d'Anne et de Joachim à Nazareth en Galilée: C’est l’é pouse immaculée du juste Joseph: c’est

parmi toutes les filles des hommes, la plus chère à notre cœur. Dis-lui que mon Fils s’est épris de sa beauté, et qu'il l’a choisie pour sa Mère. Prie-la de le recevoir avec effusion de joie; car c’est par mon Verbe que Jj'ui. résolu de procurer le salut au genre humain, et d'expier l’injure qui m'a

été faite.

Représentez-vous Gabriel sous une forme humaine d’ambassadeur:; son air respire l’allégresse ; il fléchit les genoux devant l'E ternel et incline son front par crainte ct par respect; il recoit avec une attention profonde les ordres de son Seigneur. Ensuite il se relève plein d’entrain et de bonheur, part des régions célestes, traverse les espaces en un instant et apparaît à la

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Vierge Marie, qui était alors en prière dans l'endroit le plus retiré de sa chaumière.

Ce n’est plus à Jérusalem que le saint ange est envoyé; ni dans le Temple qui en faisait la grandeur, ni dans le Sanctuaire qui en est la partie la plus sacrée; ce n'est plus à l’heure des exercices les plus solennels d’une fonction toute divine; ce n’est plus à des hommes célèbres par la dignité de leur. charge et l’éclat de la race sacerdotale. Von, c’est dans une petite ville appelée Nazareth dont, le nom était à peine connu. C’est à l’humble fille d'une pauvre veuve, c’est à la modeste épouse d’un ouvrier.

“L'Ange étant entré auprès d’elle, lui dit: Je vous salue, à pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes.”

Marie, humble, retirée, petite à ses yeux, ne pouvait même pas soupçonner qu'un ange pût la saluer, et surtout par de #i hautes paroles. Aussi ‘‘dès qu’elle les entend, dès qu'elle voit celui qui les lui adresse, elle est troublée; elle pense à ce que pouvait être cette salutation.””

‘Et l’Ange lui dit: Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez et vous mettrez au monde un Fils, et vous le nommerez Jésus. Il sera grand, et sera ap-

pelé le Fils du Très-Haut. Et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, «on père; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob; et son règne n'aura point de fin.”

Non, jamais annonce plus glorieuse ne pouvait être faite à une créature. Méditons.

la un instant. Vous avez trouvé grâce devant Dieu, dit l’ange, vous concevrez et enfanterez un Fils, vous l’appellerez Jésus.

c'est-à-dire Sazzeur, parce qu'il sauvera le monde, parce qu’il écrasera la tête du serpent, parce qu’en lui seront bénies toutes les nations de la terre. Il sera grand, il est la grandeur même; on l’appellera le Fils du Très-Haut. Jéhovah lui donnera le trône de David, son père, ce trône dont David même prévoyait la gloire, le:squ'i disait: ‘‘Jéhovah a dit à mon Seigneur:

soyez assis à ma drvite. Et il régnera sur la maison de Jacob #ternellement; son rt.

gne s’étendra sur toutes les nations d’une extrémité du monde à l'autre. Quelle gloire ! quelle dignité! quel bonheur pour la fille de sainte Anne!

Que va répondre Celle qui est bénie entre tontes les femmes? Elle dit : Comment se fera ceci, puisque je ne connais pas d'homme ? Dieu devant naître d’une vierge.

avait inspiré à Marie, dès son enfance, de lui consacrer sa virginité. Mais en même

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temps, pour qu'elle ne fût pas exposée aux soupçons injurieux du monde, cette virginité fut confiée, sous le voile sacré du

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là pourquoi Marie se troubla. On lui annonce qu'elle sera la Mère de Dieu et cependant elle a promis à Dieu de demeurer vierge. Elle ne voudrait pas même devenir cette mère fortunée, si elle devait cesser d’être une vierge très pure. Son amour de la virginité tient donc en suspens l’Incarnation du Verbe éternel et la rédemption des hommes. Quel spectacle grandiose ! Quelle subliue perplexité !

Quel incommensurable abime d’humilité!

Quel indicible culte pour la plus belle des vertus! © altitudo!

“‘Et l’Ange lui répondit: Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Faut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi la chose sainte qui naïitra de vous sera nommée le Fils de Dieu. Et voilà qu'Elisabeth, votre cousine, a « 'e-même conçu un fils en sa vieillesse, et aoiïs est le sixième pour celle qui est appeice stérile. Car rien n’est impossible à Dieu.”

Ainsi la toute-puissance de Dieu concilie dans la fille de sainte Anne, la pureté virginale et la maternité divine. Elle sera mère sans cesser d'être vierge; le Saint- Esprit, auteur de sa pureté, viendra en

elle et la rendra encore plus pure. Le Très-Hauut la couvrira de sa vertu; et ce Fils qu'il engendre de toute éternité avec une pureté infinie, il l’engendrera d’une manière plus éclatante encore et avec la méme pureté.

Marie, ayant désormuis tous ses upaisciuents, étant sûre de la volonté de Dieu «t confiante en l'assistance de sa grâce, donne à l'ambassadeur céleste cette réponse, dont les Saints ont tant admiré la puissance divinement créatrice: ‘‘Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum, Voici lu servante du ‘eigneur; qu'il me soit fait

selon votre parole,’ Dieu, au commenccment, a dit: ‘‘Fiat,'’ qu'il soit fait; et le le monde a été fait; Marie dit aussi Fiut et “Le verbe a été fait chair, et il est venu

habiter parmi nous.’ C'est-à-dire qu’en ce moment, qui n'aura plus son pareil, le Fils unique de Dieu s’unit à un corps animé par une âme, de manière à n'être qu’une seule et même personne divine, la seconde de la Trinité, mais subsistant dorénavant en deux natures: la divine qu'il tient de son Père éternel, l’humaine qu'il vient de recevoir de sa Mère; de manière aussi que Celle-ci devient dans toute la rigueur des termes, Mère de Dieu. C'était cet humble acquiescement qu’attendaient les trois personnes de l'adorable Trinité. C'était après

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ce jour, c'était après ce moment que soupiraient depuis tant de siècles nos premiers parents, Adam et Eve, désireux de voir enfin la réparation de leur faute.

O abaissement de l'être des êtres, de Celui par qui tout fut fait, et dont la parole soutient l'univers! Le voilà devenu Fils de la femme: Factum ex muliere! O grandeur ineffable d’une fille d'Adam, née d'hier, et devenue Mère de l'Eternel! La fille d'Anne et de Joachim sera donc la corédemptrice du monde et la reine du Ciel.

Lorsque Gabriel eut obtenu le consentcement de la Vierge, il se mit à genoux devant sa Souveraine pour lui faire son salut d'adieu, puis il reprit son vol vers les parvis célestes où le récit de ses succès fut pour les Anges ravis le signal d’une fête tellement pompeuse et délirante que jamais les échos des cieux n’en ont entendu de semblable.

Quant à la Vierge, elle se sentit enflammée et embrasée de l’amour de Dieu plus que jamais, se prosterna en terre, rendit grâces à Dieu d’une faveur si extraordinaire et le supplia humblement et pieusement de daigner l’instruire lui-même, afin qu’elle püt s'acquitter sans faute des grands devoirs qu'elle aurait à remplir envers son Fils.

Oh! quel jour de bénédiction pour Marie que celui de l’Annonciation et de l’Incarnation du Verbe! Quels saints transports

et quelle débordante reconnaissance la bon:

ne sainte Anne n'’eût-elle pas fait monter jusqu'au trône de Dieu si Marie l’avait mise au courant du mystère accompli. Mais la tradition rapporte que la Mère de Dieu garda le plus profond silence sur son en.

trevue avec l’Ange du ciel. Quoi qu'il en soit, le jour de l’Incarnation du Verbe, c'est un jour de salut pour nous, un jour de gloire pour Dieu. C’est le jour solennel où Dieu le Père a fait les noces de son Fils en le fiançant à la nature humaine.

C'est un jour de triomphe pour l’'Esprit- Saint, à cause de l'opération admirable qui lui est attribuée, et dans laquelle il à fuit éclater la tendresse singulière qu'il portait au genre humain. C’est un jour de bénédiction glorieuse pour notre Reine, car c’est en ce jour qu'elle a été reconnue et prix pour Fille par le Père, pour Mère par le Fils, pour Epouse par le Saint-Esprit. C'est un jour d’allégresse pour toute la cour ct leste, car la réparation de ses ruines est comimencée. C’est un jour de soulagement pour la nature humaine, car la rédemption et aussi la réconciliation du monde entier sont décidées.

En cette circonstance mémorable, le Fils a reçu de son Père une mission nouvelle:

celle d'accomplir notre salut. Descendant du haut des cieux, il s’est élancé comme

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un géant pour parcourir sa course, et il s'est renfermé dans le parterre fleuri de l'Epouse des Cantiques. Il est devenu l’un d’entre nous, notre frère. La lumière véritable est descendue du ciel pour chasser et mettre en fuite les ténèbres du paganisme; le pain vivant, qui donne la vie au monde se prépare dans la fournaise du cœur brûlant d’une Vierge très pure. Le Verbe s’est fait chair, afin d’habiter parmi nous, et ainsi, les cris et les désirs des Patriarches et des Prophètes ont été exauces et satisfaits: ‘Envoyez, Seigneur, envoyez l’Agneau qui doit être le dominateur de la terre.” ‘‘O cieux! versez votre rosée d'en haut!” — ‘‘O Dieu, si vous ouvriez les cieux et si vous en descendiez !”” ‘‘Seiuneur, inclinez ‘os cieux et descendez.’’ ‘‘— Seigneur, montrez-nous votre face, et nous aurons le salut.”’

les vœux ct les prières de la bonne sainte Anne étaient donc réalisés, sans qu'elle le sût. Elle venait de donner au Seigneur une demeure digne de Lui, un temple vivant et plus merveilleux que celui de Salomon. L’épouse de Joachim, comme toutes les illustres dames d'Israël, enviait la loire de procurer une mère au Messie, une maison vivante au Rédempteur des hommes. Les historiens se plaisent surtout à nous représenter sante Anne s’écriant avec

David: ‘Dieu a choisi mon enfant ent:

tous les autres, quoi qu'il soit jeune et delicat, pour une œuvre bien grande. Ce n'est pas pour un homme que nous voulons préparer une maison. Je me suis employé de toutes mes forces à amasser ce qui était nécessaire pour le tabernacle de Jéhovah.

J'ai dit: Souvenez-vous, Seigneur, de David et de toute sa mansuétude! Souvenezvous que j'ai fait un vœu et même un serment au Dieu de Jacob. Quel vœu? quel serment? Les voici: Que Dieu m3 punisse si Je me donne quelque relâche, si je permets à mes yeux de dormir, à mes paupières de sommeiller, à ma tête de se reposer, avant d’avoir trouvé un séjour convenable pour servir de maison au Seigneur st de tabernacle au Dieu de Jacob. Maiatenant done, nous vous rendons nos hommages et nous louons votre saint nom. Tout est à vous ét nous vous avons présenté ce que nous avons reçu de votre main.’

O bonne sainte Anne, quand vous connaîtrez tout le mystère accompli, vous ne porterez pas envie à Salomon. Marie est bien le temple du Très-Haut.

Jusqu'à ce jour le Seigneur avait été indigné contre le genre humain, à cause de la transgression de nos premiers parents; mais désormais en voyant son Fils fait homme, il ne se mettra plus en colère. C’est

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done aujourd'hui que s'ouvre l'ère de Ja miséricorde. A partir de ce moment, dans tous les :x où Jésus-Christ sera connu et adoré, du temple de Dieu au foyer domestique, du palais à la chaumière, du monastère au camp du soldat, et jusqu'à la fin des siècles, on répétera avec l’Archange :

Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seiuneur est avec vous, vous étes bénie entre toutes les femmesi Vous êtes le temple vivant du Roi des rois. À

Redisons “ouvent nous-mêmes cette touchante salutation. Quels charmes n'’a-t-clle pas pour le cœur de Marie et celui de sainte Anne! La gloire de la fille rejaillit sur la mère, Oui, aimons à redire l’Ave Maria! C'est l'hymne du ciel et de Ja terre, du temps et de l'éternité, en l’honneur de la Mère de Dieu et de sainte Anne nos bienfaitrices à jamais aimables et à jamais animées.

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