CHAPITRE XX SAINTE ANNE 2: L'ENFANT JÉSUS
SE conformant aux renseignements qu'on lui avait fournis, sainte Anne, l'âme palpitante d’une indicible émotion, s’acheminait à travers la campagne vers le triste réduit indiqué. Marie, l’ayant aperçue de loin, alla à sa rencontre, la salua respectueusement, la prit dans ses bras, la presea sur son cœur avec une grande joie et la conduisit à la crèche où Jésus reposait sur un peu de paille, Quand sainte Anne le vit, elle se prosterna de suite devant lui, et s'écria: ‘‘O mon Dieu! O mon Créateur!
O Roi des rois! Seigneur des seigneurs, cette étable est-elle votre palais royal?
Cette crèche est-elle votre précirux ber-
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ceau?'" Puis, s'adressant à Marie, elle dit en émissant: ‘‘O fille bien-aimée! Este R le lit douillet que j'avais préparé pour vus «t votre Enfant?’ Voyant que l'ét:ble était ruinée par la vétusté, et que, pour 1 ment, on ne pouvait trouver d'autre … fut extrémement désolée.
Mais Alerie et Joseph, triomphant d'une joie celeste au milieu de leurs cruelles aventures, se chargèrent de la consoler pur le récit détaillé de tous les événements.
Huit jours s’écoulèrent ainsi pendant lesquels Marie et Joseph duent attendre l'poque déterminée par la loi pour la cértimonie de la Circoncision. Pendant ces huit jours, Marie, Joseph et Aune ne fu:
rent occupés que du divin Enfant. Il Verbe fait chair leur montrait à tous trois un visage agréable, il se réchauffait sur leu” cœur et leur donnait de gentilles marque:
d'affection. Vrañnent ces huit jours fi:
rent pour sainte Anne, Joseph et Marie une source de consolations telles qu'on ne sut rait les comparer qu'aux déliees du ciel.
‘Lorsque, dit saint Luc, s’accomplirent les huit jours où devait étre circoncis le:
fant, il fut appelé Jésus.”
Les prophètes avaient annoncé que le Christ naîtrait à Bethléem, et le Christ y est né: ils avaient annoncé que le Christ viendrait dans le sec.ad temple, et qu'il
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s'offrirait lui-même à Dieu son Père, à la place des anciens sacrifices. Et le Christ va accomplir cette prophétie, il va sortir de Bethléem pour venir à Jérusalem dans son temple.
L évangéliste continue: ‘‘Et quand les jours de la purification de Marie furent sonnés, ils portèrent l'enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, car il est écrit dans la loi de Moïse: Que tout mâle premier-né sera consacré à Jéhovah et aussi pour offrir deux tourterelles où deux petits de colombe.”
La loi de Moïse ordonnait deux choses aux parents des enfants nouvellement nés.
La première, si cet enfant était l’ainé, de le présenter et de le consacrer au Seigneur.
La seconde loi regardait la purification des mères. Dans cette cérémonie, les parents devaient offrir un agneau; et s'ils étaient pauvres, ils pouvaient offrir à la pace ‘‘de * tourterelles ou deux petits de colomi pour être immolés, l’un en holoea:ste l'autre pour le péché.”
Marie et Joseph choisirent l'#frande des pauvres, et ne rougirent |oir de passer pour ce qu'ils étaient. Er cux on verra des pauvres; iis en sont fiers. Dans l'oblation du Sauveur, l'Evangile, excluant l'agneau et ne mention ant que des RCRrÉ bes où des tourterelles, à v ‘lu expresré
ment marquer que le sacrifice de Jésus- Christ a-été celui des pauvres. C’est ainsi que Jésus se plait dans la pauvreté, qu'il en aime la bassesse, qu'il en étale les marques en tout et partout.
‘Pour moi, dit un ancien, j'estime heureuses ces tourterelles ‘et ces colombes d'itre offertes pour leur Sauveur; eiles vont sacrifier leur petite vie pour honorer leur suprème Créateur, lequel va bientôt sacrifier sa propre vie pour nous délivrer de la mort. "”
Allez, innocentes victimes, allez mourir pour Jésus. C’est nous qui devions mourir à cause de nos péchés; vous êtes la figure de Jésus.”
Mais laissons à saint Luce, le soin de nous dépeindre iei un tableau qui va être pour sainte Anne un triste sujet de méditation.
“Et voilà qu’un homme était en Jérusalem. On le nommait Siméon; et cet homme était juste et craignant Dieu. Il attendait ‘la consolation d'Israël, et le Saint-Esprit était en lui. Il avait été averti par l'Esprit-Saint qu'il ne verrait point la mort, qu’il a’eût contemplé d’abord le Christ du Seigneur. Conduit par l'Esprit, il vint dans le temple; et comme le père et la mère de Jésus l'apportaient, il le prit lui-même entre ses bras, et il bénit Dieu en disant:
C'est maintenant, Seigneur, que vous lais-
serez aller votre serviteur en paix, selon votre parole. Car mes yeux ont vu votre salut, le salut que vous avez préparé devant la face de tous les peuples, comme la lumière des nations et la gloire de votre peuple d'Israël. Et le père et la mère de l'enfant étaient en admiration de ce qu'on disait de lui. Et Siméon les bénit et dit à Marie: Voilà que celui-ci est établi pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs en Israël, pour être un signe de contradiction; et votre âme sera transpercée d’un glaive, afin que soient découvertes les pensées que plusieurs, cachent au fond de leur cœur.”
Voila de nouvelles et d'’étranges révélations pour Marie. Ce Fils du Très-Haut, qui est venu pour sauver son peuple d'Israël, sera une occasion de ruine pour plusieurs en Israël. Ce cher Fils, loué, béni jusqu'alors par les anges et les hommes, adoré par les bergers et les rois, sera en butte à des contradictions de tout genre si violentes qu'elles perceront d'un glaive de douleur l’âme de sa sainte Mère. O mystère !
‘Il y avait aussi dans le temple une prophétesse nommée Anne, laqueile était veuve
‘et fort âgée. Elle restait au sanctuaire où
elle servait Dieu nuit et jour dans les jeùte et les prières. Etant donc venue à la
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même heure que Siméon, elle se mit à louer le Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui attendaient le salut d'Israël.”
Saint Luc ajoute: ‘‘Après qu'ils eurent accompli tout ce qui était selon la loi du Seigneur, ils s’en retournèrent en Galilée, en leur ville de Nazareth.”
Apprenons de Jésus et de Marie à ne chercher aucun prétexte pour nous exempter de l'observation de la loi de Dieu. La sainte Vierge n’y était pas tenue. Elle obéit néanmoins ; elle s’y croit obligée pour l'édification publique, comme son Fils avait obéi à la loi servile de la circoncision.
Une légende digne de foi veut que sainte Anne ait assisté à la présentation de Jésus au temple, et qu’à son retour à Nazareth, elle ait médité dans l’amertume de son cœur toutes les paroles qu’elle avait entendues.
On comprend qu'elle devait être toute déconcertée par ces futures épreuves prédites par le saint vieillard Siméon, parce que peu auparavant les arg.s ne lui avaient parlé que de brillantes espérance.
Qui ne se rappelle iei le sacrifice pénible d'Abraham déconcerté lui aussi dans son attente: ‘‘Prends ton fils Isaac, que tu chéris, dit le Seigneur, vas avec lui dans la terre de la vision ; et sacrifie-le-moi en holocauste sur l’une des montagnes que je te montrerai.”’ Chaque parole de cet ordre
sévère, exprime une circonstance nouvelle qui doit rendre plus difficile et plus douloureux le sacrifice exigé de ce tendre père. On demande de lui qu'il sacrifie, non pas une personne quelconque, mais son propre fils; non pas un fils quel qu'il soit, ais celui qu'il aime le plus et dont il est le plus aimé. Ceci ne suffit pas encore; on demände non pas Ismaël, mais Isaac; non point le fils de l’esclave, mais celui de la femme libre; non point l'enfant de la nature, mais celui de la promesse, c’est-àdire le fils qu’Abraham a eu miraculeusement de Sara, laquelle ne peut lui en laisser espérer un second; donc son seul espoir. Cependant sa foi n’a point failli. Sous une si rude épreuve, son obéissance à Dieu ne se dément pa: son courage ne saurait balancer. Il sent toute la peine du sacrifice et il boit le calice jusqu’à la lie. Plus le commandement lui parut dur, plus son obéissance fut prompte. .
Dans la Présentation, Dieu donna à Joseph et à Marie un ordre semblable. Les décrets de Dieu ont destiné Jésus à la contradiction et à la mort. Eux-mêmes, Joseph, Marie et sainte Anne doivent l’élever pour cette ‘in douloureuse.
Quelle imagination pourrait se figurer, quelle langue pourrait raconter le martyre que leur amour pour nous leur fait accepter
eu ce jour! Joseph, Marie et Aune depuis cette prédiction meurent à chaque instant dans leur cœur. Leur vie est un tissu de douloureuses angoisses, de cruelles appréhensions, plus pénibles que la mort ellemème.
Notre vie est aussi une vallée de larmes.
Heureux celui qui comprend que le chemin du Calvaire est le seul chemin du paradis: