CHAPITRE XVIII PuissaAxcE DE SAINTE ANNE
POUR que nous recourions avec confiance à la chère sainte Anne dans toutes nos nécessités, il faut qu'elle puisse nous secourir selon la portée de nos besoins et de
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t de
nos désirs. Le peut-elle? Oui, parce qu’elle est sainte et grande sainte. Or la sainteté de chaque élu est la mesure de son pouvoir auprès de Dieu; en d’autres termes, le degré des vertus d’un saint est précisément le degré de son crédit auprès de Dieu. Examinons donc en particulier
quelques-unes des vertus de sainte Anne.
Considérez sa foi d’abord. La foi au Rédempteur promis a été la grande vertu de tous les justes de l’Ancien Testament. C'était la vertu chère à Moïse qui aima mieux avoir part aux ignominies du Christ futur que de jouir des douceurs passagères de la cour de Pharaon. C'était la vertu chère à David qui, aux accords de sa harpe inspirée, chanta les souffrances, les gloires et les bontés du Messie. C'était la vertu chère au prophète Isaïe qui a parlé du futur roi d'Israël en termes si clairs qu'on a pu le surnommer le cinquième évangéliste. C'était la vertu chère à saint Siméon, à Zacharie, à Elisabeth qui, dans les jeûnes et les prières attendaient le salut d'Israël. Qui peut douter que sainte Anne, objet de tant de révélations divines, n'ait multiplié ses élans de foi pour accélérer la venue du Sauveur des hommes? L'histoire est là pour dire qu’elle a cru à la parole de Dieu contrairement à toutes les prévisions humaines et que c’est en esprit de foi qu’elle
sacrifia au service du temple une Enfant qu'elle chérissait au-delà de toute expression.
Mais la foi a une compagne inséparable qui se nomme espérance. O vertu consolante, que tu as fait des prodiges! Moïse a espéré et il a détruit les armées de Pharaon. Judith a espéré et elle a tranché la tête à Holophernc. David a espéré et il a défait Goliath! Mille traits nous viennent à la pensée. Taisons-les pour considérer sainte Anne pressant sur son cœur la future Reine des cieux et jugeons quelle devait être sa débordante espérance. Notons cependant que l'espérance eb la foi sont deux trésors qui ne se gardent que par une grande prudence à fuir les dangers d’un monde impie. Aussi tous les saints tant de l’Ancien que du Nouveau Testamert ont fui la compagnie des mondains ; ils ont vécu dans la retraite, dans les cavernes et les déserts. Ils ont pris le parti de vivre dans la pauvreté, les privations, les angoisses, les mépris, les persécutions plutôt que de respirer l’air corrompu d’un siècle pervers.
Sainte Anne a vécu aussi dans la retraite, elle a détesté ce monde que le Messie devait maudire plus tard. La meilleure pruve qu’on puisse apporter à l'appui de cette vérité, c’est que nous ne savons prefque rien ée clair sur la vie de sainte Anne.
Le monde ne la voyait pas et les légendes s'accordent à dire qu’elle a passé la dernière partie de sa vie dans le désert, seule avec Dieu seul.
Son amour pour le Messie futur est-il moins admirable que sa foi et son espérance? Serait-elle en ce point inférieure aux saints de l'Ancien Testament qui s’enflammaient des plus saintes ardeurs en lisant dans le livre sacré les souffrances et les ignominies du Rédempteur promis ?
Evidemment non; sainte Anne était la mère de celle que nous appelons la Mère du bel amour, la Mère aimable, la Vierge clémente, le Miroir de justice, le Vase insigne de dévotion, la Rose mystique, la Maison d'or, la Reine de tous les esprits célestes depuis les anges jusqu'aux séraphins, la Reine de tous les saints amis de Dieu.
Sainte Anne, chargée par la Providence d’enflammer la Vierge Marie du plus ardent amour, devait être nécessairement elle-même un indescriptible foyer. L'arche d'alliance, figure de Marie, ne demeura que trois jours dans la maison du- pieux lévite Obédedom et cette maison fut comblée de bénédictions. C’est pendant des années que sainte Ann: a pressé sur son cœur le cœur brûlant de Marie. Ces deux cœurs ne devaient-ils pas s’embraser mutuellement? On n’en peut douter un ins-
tant quand on pense que s'il y avait sur cette terre une personne à qui Marie devait de préférence donner sa bénédiction; c'était bien sa véritable mère.
Que dire maintenant de sa charité pour le prochain? Ecoutons l’apôtre s ‘int Paul nous décrire les caractères de « ïte inséparable compagne de l'amour divin: Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n'avais pas la charité, je ne serais qu’un airain sonnant et une cymbale retentissante. La charité est patiente, elle est douce et bienfaisante, elle n’est point envieuse, elle n’est point téméraire et précipitée, elle ne s’enfle point d'orgueil, La charité n’est point ambitieuse; elle ne cherche pas ses propres intérêts, elle ne se pique point et ne s’aigrit point, elle n'a poiit de mauvais soupçons. La charité ne se réjouit pas de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout !
Voilà bien le portrait fidèle que les traditions nous font de la charité de sainte Anne. En cela rien de surprenant; car si Jean est devenu l’apôtre de la charité pour avoir reposé sa tête sur la poitrine du divin: Maître, sainte Anne a eu le privilège de déposer mille baisers de tendresse sur le front de l’Enfant-Jésus. Si saint Paul
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aurait voulu être anathème pour ses frères, précisément parce qu'il avait ne âme d’a- : 7 pôtre, sainte Anne a donné au monde la
Reine des Apôtres. Si de simples serviteurs de Dieu baisaient les ulcères des canur céreux, vendaient tout pour secourir les malul heureux, se vendaient eux-mêmes pour rasé - cheter les captifs, que faut-il croire de la nd charité de sainte Anne qui n'est pes une Les simple sérvante de Jésus-Christ mais qui je en est l’aïeule et qui par conséquent en : m- avait l’esprit et les sentiments d’une mate, nière éminente? La voix de l’histoire a réest pondu à cette question en donnant à sainte ire Anne un surnom qui résume toute sa chaor- rité, c’est le surnom de Bonne sainte Anne. =: Voilà comment sainte Anre pratiqua les ts, trois vertus théologal:s, celles qui sont les nt, reines de toutes les autres et qui nous La unissent le plus intimement au Seigneur.
ais Qu'on juge maintenant de son crédit aurte près du Tout-Puissant dont Isaïie a dit: Île ‘Qui est celui qui a mesuré les eaux dans le
creux de sa main, et qui, la tenant étendue, a pesé les cieux ? Qui soutient de trois doigts D! toute la masse de la terre et qui met les collines dans la belance? C’est Dieu, en | la présence duquel les nations ne sont que comme une goutte d’eau et comme ce petit grain qui donne une légère inclinaison à la balance. C’est Dieu devant qui toutes les
îles ne sont que comme “es grains de poussière ; devant qui tous les peuples dr monde sont comme s'ils n'étaisnt point et qu'il regarde comme le vide et le néuni.” Sainte Anne a montré qu’elle était éminemment puissante sur ce Dieu tout-puissant, lorsqu'elle a donné au monde cette Vierge incomparable dans le sein de Îaquelle le Verbe s’est fait chair- Sans doute grande fut la puissance de ceux qui opérèrent des miracles dans le cours des temps : Moïse dirigea le peuple d’Israël dans le désert par une colonne de feu et de nuée, après lui avoir fait passer la mer rouge à pieds secs. Josué a arrêté le soleil dans sa course. Samuel au temps de la moisson fit gronder le tonnerre. Elie fit descendre le feu du ciel sur les victimes, puis à deux reprises sur cinquante guerriers. Jonathas, en commencant sa prière, fit descendre le feu sur les sacrifices. La puissance de sainte Anne est plus grande, puisque ce n’est pas le feu ou le tonnerre qu'elle a fait descendre du ciel, mais la belle âme de cet enfant qui est devenue la Fille bienaimée du Père, l’Epouse du Saint-Esprit, la Mère du Fils de Dieu. Oui, elle a donné à la terre une Vierge tellement parfaite que le Fils de Dieu s’est décidé à se faire homme et à verser un fleuve de sang que les hommes traverseraient pour sortir de
l'esclavage du péché et se diriger sûrement vers la terre promise. Ce n’est pas d’un soleil matériel que sainte Anne a arrêté la course, c’est d’un soleil vivant qu’elle a . dirigé la marche en avant. N'est-elle pas le crépuscule du soleil de justice, comme
Marie en est l’Aurore ? >
Considérons d’ailleurs la prière des autres saints et la prière de sainte Anne, mère de la Mère de Dieu et l’Aïeule de Jésus. La prière des saints s'appuie sur la grâce de Dieu, celle de sainte Anne s’appuie sur le droit naturel et sur la justice de l'Evangile. Car le petit-fils n’est pas seulement tenu d’aimer sa grand'mère, la fille d'aimer sa mère, mais encore en quelque sorte de lui obéir, suivant cette parole de l’Apôtre : ‘‘Fils, obéissez à vos parents”” c’est même une obligation de la nature.
La prière de sainte Anne adressée à sa Fille est donc une prière toute-puissante, parce qu’il est moralement impossible qu’elle ne soit point exaucée, d’après ce que dit en figure Salomon à sa mère Béthsabée : Ma mère, dites-moi ce que vous désirez; car il ne serait pas juste de vous renvoyer mécontente.”
Voilà pourquoi nous pouvons prier sainte
Anne avec plus de confiance que tous les autres saints, d’autant plus que le ciel se
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plait à répondre à notre confiance par d'innombrables largesses.
‘Si la multitude des miracles, observe un pieux auteur, prouve la sainteté, aucun saint ne mérite autant de vénération que notre sainte, qui comble de bienfaits innombrables ses fidèles serviteurs. Donc, qui que vous soyez, recourez à sainte Anne :
vous qui êtes effrayés de l’énormité de vos crimes, de la grandeur de vos forfaits; vous qui avez à supporter les tentations les plus terribles ou les travaux les plus difficiles; vous qui êtes agités par la mauvaise fortune ou tourmentés par la calomnie ou la persécution ; vous qui êtes en proie aux passions les plus violente aux chagrins les plus véhéments; vous 4 : maladie accable, jetez les yeux sur sainte Anne pour qu'elle vous obtienne, comme elle l’a fait si souvent, la grâce, la santé, l’adoucissement à vos peines; priez, croyez et espérez; que jamais son nom ne soit éloigné de votre cœur ou de votre bouche. Invoquezla promptement dans toutes les douleurs du corps et de l’âme, et elle sera votre protectrice et votre secours.””
‘Mon ami, disait saint Jacques à un jeune homme qui se lamentait et auquel il se montra sous la forme d’un pèlerin, mon ami, si tu veux trouver conseil et protection dans ton infortune, applique-toi à honorer
la bienheureuse \nne. C'est l’aimable mère de la Vierge Marie et l’aïeule de Jésus-Christ. Elle est le nœud de l’Ancien et du Nouveau Testament, c’est la consolatrice dévouée de tous les affligés qui l'invoquent.””
‘Je t’engage, disait à son tour la sainte Vierge à un pieux solitaire, à honorer et à
‘louer Anne ma mère que j'aime tendre-
ment, Joachim mon bienheureux père et tous les membres’ de ma sainte famille. Je te comblerai des plus grandes faveurs, car je suis très sensible au culte que l’on rend à mes glorieux parents. Tu sauras que mon Fils Jésus-Christ a promis à tous ceux qui honorent ma mère Anne, qu’il les délivrera de toutes leurs peines et les conduira au bonheur éternel.””
Et en effet, le divin Sauveur, ayant apparu au jeune homme dont nous parlions tout à l’heure, s’écria: ‘‘Je suis Jésus, le Fils de la Vierge Marie, et Anne que tu as coutume de vénérer en mémoire de ma sainte Mère, c’est mon aïeule; et parce que tu l’honores, moi aussi je t’honorerai
. à jamais sur la terre et dans les cieux.””
Notre Sainte elle-même lui parla en ces terines dans une autre circonstance : ‘‘Ne te tourmente pas; sois sans crainte, mon très cher enfant. Tu m'as rendu hommage en tant que je suis la mère de Marie et
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l'aieule de Jésus; tu as loujours eu pour moi une tendre dévotion; c’est pourquoi nous te protégerons, nous te comblerons d'honneur et te conduirons au ciel. Quiconque, ou par des aumônes ou par des mc:tifications, des prières et des louanges, ou en allumant des cierges devant moi m'aura honorée, je lui donnerai une vie chaste et religieuse dans le temps; je lui accorderai des consolations abondantes à la mort; dans tout péril je le délivrerai promptement.”’
‘‘Regarde-moi, Ô ma fille bien-aimée, c’est ainsi qu’elle s’exprimait encore en s’adressant à sainte Brigitte. Je suis cette Anne que tu aimes tant; pleine de grâce, de miséricorde, et remplie de propitiation pour tous ceux qui m’aiment. J'aime aussi et je protège, pourvu qu'ils demandent mes suffrages dans leurs prières, tous ceux qui vivent chastement et en paix dans l’état du mariage, ’”
Que pourrions-nous ajouter à des paroles aussi claires, à des assurances aussi certaines? Pour savoir maintenant comment notre protectrice est fidèle à ses engagements et comment le ciel se sert d'elle pour accomplir des merveilles, il faudrait rapporter cette multitude de faveurs prodigieuses que ses dévots servitours ont obtenues de tout temps et obtiennent encore de nos jours par son intercession. Cette
besogne serait immense. On peut dire de sainte Anne ce que saint Jean a dit de Jésus à la fin de son Evangile. On peut dire: sainte Anne a encore fait beaucoug d’autres choses prodigieuses. Si on voulait les rupporter en détails, le monde entier, je pense, ne suffirait pas à contenir les volumes qui les relateraient. En voilà sans doute assez pour prouver que notre confiance en elle doit-être sans bornes et que nos supplications seront certainement écoutées si nous sommes persévérants.