‹ La vie de sainte Anne, pouvant servir de mois de juillet aux âmes pieuses [microforme]Chapitre 43 sur 52 · CHAPITRE XXVII DiIGNITÉ DE SAINTE ANNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII DiIGNITÉ DE SAINTE ANNE

POURQUOI le saint Evangile parle-t-il si sommairement et comme par occasion de la Vierge Marie, dont la vie et la dignité l’'emportent cependant sur celles de tous les autres saints? Pourquoi ne relate-t:il pas très au long sa naissance, son enfance, ses qualités, ses vertus, ses rapports avec son Fils et ceux qu’elle eut avec les apôtres après l'ascension du Sauveur? Elles étaient grandes ces choses et dignes de passer à la postérité. Les fidèles les auraient lues avec amour et les peuples les auraient apprises

avec empressement. Pourquoi les Evangélistes, par leur silence, nous ont-ils privé d'une si grande joie? ont-ils tenu cachées ces merveilles si belles et si peu connues ?

Qui doute que dans la conception, la nativité et l’enfance de Marie, se soient accomplies des choses merveilleuses? Déjà, dans ses jeunes années, cette fille privilégiée a pratiqué toutes. les vertus; et c’eût été un monument cher à tous les siècles que d’en conserver le souvenir. Cependant, l’Evangile garde le silence et nous dit en deux mots: ‘Marie de qui est né Jésus qu'on appelle le Christ."’

Mais qu'on ne s’y trompe pas: ce récit de l'Evangile, dans sa brièveté, en dit beaucoup. Il était impossible de célébrer la vertu de la Vierge avec plus de plénitude et de perfection qu’en l'appelant Mère de Dieu.

De même toute la grandeur de sainte Anne lui vient de ce qu'elle est l’aïeule de Jésus-Christ, et la Mère de la très sainte Vierge Marie. On peut résumer toutes ses perfections en ces sept mots: Sainte Anne de qui est née Marie.

Sabellicus raconte qu'un illustre orateur, voulant célébrer dignement les grandeurs de’ Philippe, roi de Macédoine, se garda de raconter la magnificence de ses œuvres, ses hauts faits d'armes, ses actes héroïques,

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ses combats et ses victoires; il dit seulement ces paroles: ‘‘Vous avez pour fils Alexandre.” De même on pourrait dire à sainte. Anne : ‘‘Vous avez pour fille Marie.” C’est comme si l’on disait: ‘‘Je pourrais, Ô glorieuse sainte Anne, exalter longuement

votre magnifique généalogie. Je pourrais

célébrer votre naissance désirée depuis tant de siècles, vos vertus surnaturelles et si méritoires; mais il suffit que je dise de vous une seule chose : Vous avez donné le jour à une Fille qui est la Mère de Dieu, et cela suffit. Par ces paroles on dit plus de vous que si l’on déroulait devant les yeux du lecteur le tableau de votre vie tout entière avec ses innombrables merveilles; on vous élève, on vous glorifie plus que si l’on composait mille volumes en votre honneur.”

‘‘Anne de qui est née Marie.” Et qui est Marie? Marie est celle que tous les Saints proclament leur mère, que les démons -edoutent, que les anges vénèrent et bénissent, que Dieu aime par-dessus toutes ses créatures. Elle est celle qui, Dieu excepté, ne voit rien de supérieur, ni d’égal à elle-même en sainteté, en gloire et en puissance. .

Sainte Anne est la mère de la Vierge des vierges: de cette héroïne, qui la première arbora l’étendard de la virginité et dont la pureté surpasse en perfection non

seulement la pureté des hommes, mais encore celle des anges. Ceux-ci sont purs par nécessité; Marie l’est par vertu. Les esprits célestes la possèdent dans un séjour paisible où tout n’est qu’édification ; Marie la garde au milieu d’un monde corrupteur et corrompu.

Sainte Anne est la mère d’une Vierge Mère. Seule sa Fille porte la couronne de la virginité rehaussée par l'éclat d’une riche maternité : elle est Mère de Dieu et Vierge à perpétuité, sans exemple et sans égale.

Marie seule a reçu du ciel ue bénédiction à la fois toute miraculeusement féconde et pure. Aussi l’Eglise l’appelle-t-elle, dans ses hymnes : ‘‘Vierge singulière.’ Elle est vraiment singulière; car entre toutes les vierges elle est la seule qui soit mère; entre toutes les mères elle est la seule qui soit Vierge.

Sainte Anne est la mère de celle q s'appelle la Mère de la divine grâce, li:

Mère aimable, la Mère admirable. Les autres mères donnent le jour à des créatures; celle-ci a donné le jour à son Créateur. Les autres mettent au monde des pécheurs ; celle-ci a mis au monde le Sauveur! Le même mérite qui & valu à la bienheureuse Vierge Marie de devenir la Mère de Dieu, lui a valu, comme : conséquence natu-

relle, de devenir la Mère des hommes, des anges et de toutes les créatures.

Sainte Anne est donc aussi la mère de notre Mère. Ohi quelle gloire pour sainte Anre; quel bonheur pour nous! Oui, Marie est véritablement notre mère selon la grâce; et elle remplit à notre égard tous les devoirs de la maternité. Le propre d’une mère est d’engendrer des enfants, de veiller sur eux, de les aimer, de les vêtir, de les nourrir, de les guérir, de les enrichir, de les sombler de bienfaits et de les élever avec grand soin. La très sainte Vierge s’acquitte admirablement de tous ces devoirs à l'égard de ses fiäèles serviteurs.

Sainte Anne a donné une Reine au ciel et à la terre: Marie, sa Fille, est la Reine des anges, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges, la Reine de tous les Saints; Reine conçue sans la tache du péché originel! Reine qui a donné à l’ange un surcroit de joie, au Verbe divin la chair humaine, :1 Père éternel un adorateur digne de sa grandeur, au Saint-Esprit un temple digne de sa sainteté.

Sainte Anne est la mère de celle qui est l’'Echelle du ciel, l’Ancre du naufragé, l’Etoile du nautonnier, le Pont par lequel Dieu a franchi l’abîime qui nous séparait de lui.

Enfin sainte Anne est la mère de celle

que nulle langue, pas même celle des anges, ne saurait louer dignement, dont nulle intelligence créée ne saurait concevoir les grandeurs, que nul cœur, hormis celui de son Fils, ne saurait aimer assez: Sainte Anne est mère de la Mère d’un Dieu rédempteur! Que peut-on dire de plus élogieux! Sainte Anne est la mère de Celle que les saints Pères appellent souvent Corédemptrice, Réparatrice de l'univers, Rénovatrice du genre humain, Auxiliatrice de notre rédemption !

Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à sainte Anne! Quelle consolation ne nous a-t-elle pas procurée dans cette vallée de larmes! Elle nous a donné au ciel une mère, remplie envers nous de tendresse et de bonté; une mère qui a auprès de Dieu un crédit sans bornes et qui exerce envers nous une charité si grande qu'on ne peut la comparer à aucune affection terrestre; une mère enfin, qui nous aime mille fois plus que nos mères de la terre, celles-là mémes qui nous ont donné le jour!

Est-ce tout? Non. Sainte Anne est encore l’Aîeule de Jésus-Christ. Jésus est vraiment le petit-fils de sainte Anne. Quel est ce Jésus? Le Fils de Dieu, vrai Dieu lui-même, la splendeur du Père, la figure de sa substance, l’éclat de la lumière éternelle, l’ornement et la gloire du monde,

la beauté de l'univers, que les anges contemplent avec délices, que la terre entière adore, que les esprits infernaux redoutent.

Sainte Anne est l’Aïeule de Jésus-Christ, notre Sauveur, notre Médiateur, notre Awocat, notre Pontife, notre Pain de vie, notre Roi, notre Seigneur, notre Dieu. Elle est l’Aïeule de celui qui était avant Abraham et avant tous les siècles, de celui qui était au commencement dans le sein de son Père, par qui tout fut fait, et qui soutient eb conserve toutes choses par la puissance de sa parole. Oui, l’Héritier de l'univers, l'Ange du grand conseil, le Fort, l’Espérance des nations, le Désiré des collines éternelles, le Père du siècle futur, le Vainqueur des enfers, lee Destructeur de la mort, le Roi des rois, le Seigneur des seignev-s; Jésus, notre Lumière, notre Voie, notre Vie; Jésus, le Fils unique de Dieu le Père, est le petit-fils de sainte Anne!

Mais serait-ce en vain que sainte Anne porte ces beaux titres ? Loin de là! Ils lui donnent un crédit immense sur le cœur de Jésus et de Marie; une puissance qui nous encourage à demander toutes les gràces dont nous avons besoin pour le corps ct pour l’âme, pour le temps et pour l’éternité. Dieu d’ailleurs a mis au service de cette puissance une bonté secourable qui

u'a d'égale, d'‘ait-on, que la sienne propre.

Recourons donc à sainte Anne avec la plus grande confiance. Considérons-nous devant elle comme des sujets devant la mère d’une reine très puissante, comme des pauvres devant une princesse excessivement riche, comme des malades devant un médecin capable de guérir toutes les infirmités, comme des ignorants devant une maitresse d’une ‘science consommée. Regardons-nous plutôt comme des petits-enfants sur les genoux d’une aïeule qui peut tout nous donner et qui désire plus de nous faire du bien que nous ne le désirons nous-mémes. Dans nos doutes, äans nos peines, dans nos découragements, dans pos tentations, dans toutes les misères de cette terre d’exil, tourrons nos yeux vers la céleste patrie et écrions-nous : Bonne sainte Anne, priez pour nous. Du haut du ciel, bénissez-nous, écoutez-nous, secOurez-Nous, sauvez-nous | |

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