EMÉRENTIENNE, LA FUTURE MÈRE DE SAINTE ANNE
VERS la fin du quatrième millénaire du monde, vivait en Judée, dans la petite “ville de Séphoris, à deux milles de Nazareth, une jeune fille nommée £Emérentienne, de la tribu de Juda et de la famille royale de David. Pendant tout le cours de sa vie, elle tâcha de vivre dans la crainte du Seigneur. Aussi était-elle agréable à Dieu et recommandable aux hommes par sa piété, par la pureté de ses mœurs et par l'éclat d’une vie exemplaire.
Sa ville natale était sise au nord du Mont Carmel. Emérentienne avait la pieuse coutume de se rendre souvent sur ce mont ” Célèbre, où habitaient les disciples des saints Prophètes Elie et Elysée. Son lus grand bonheur était de s’entretenir aveu ces hommes de Dieu. Leurs conversations roulaient sur la vie spirituelle, le salut de l’âme et les choses merveilleuses que le Dieu tout-puissant avait opérées dans les douze tribus d'Israël. Ils parlaient aussi de plusieurs prophètes, surtout de ceux qui avaient reçu la promesse que le Fils de
Dieu naîtrait d’une Vierge pour délivrer le genre humain, et ils se demandaient pourquoi Dieu avait tardé si longtemps de réaliser son dessein.
Déjà auparavant les saints disciples avaient souvent entretenu Emérentisnne de ce sujet mystérieux. Parmi eux se trouvait un auguste vieillard. Il s'appelait Archos et avait cent vingt-trois ans. S’adressant à cet homme de Dieu, Emérentienne lui dit: ‘‘O vénéré Père, permettez à votre pauvre servante de vous soumettre quelques doutes. Je désire ‘'vement en connaître la solution.’”’” Le vieillard répondit: ‘‘Emérentienne, aa chère fille, ne craignez pas de me proposer ces doutes.
Parlez hardiment, car votre doux entretien réjouit mon cœur et mon âme.” Emérentienne repri5: ‘‘Vénérable Père, il m'est difficile de coxiprendre comment il se peut faire qu'une chétive créature, engagée dans les liens du mariage, soit capable de donner naissance à la fille bénie de laquélle doit naître le Fils de Dieu, Lui, si grand que le ciel ct la terre ne le peuvent contenir. Oh! comment une simple rmoftelle peut-elle devenir la mère d’un Dieu! Il me semble que toute la sainteté des hor1mes doit s'éclipser äevant la sainteté de la future Mère de Dieu! Cette femme doit être incomparablement sainte et parfaice,
et connüent la trouver jamais en ce monde si changeant? O mon cher Père, mon étonnement monte à son comble, quand je pense que notre futur Sauveur a déjà attendu près de quatre mille ans avant de venir en ce monde qui a purtant un si grand besoin de rédemption l”’ Elle dit, et des larmes abondantes lui coulèrent des yeux. ‘’O Arches, s'écria-t-elle, j'ai une ercinte : c’est qu'il ne faille encore atiendre de longues années, avcnt qu'un si saint mariage ne se contracte sur la terre !”’ En entendant ces paroles, le père Archos s’étonna de l1 profonde sagesse de la jeune fille ; il la regarda en pleurant et dit : ‘‘O noble fille, jeune par l’âge, mais vieille par l'esprit, il me semble que vous êtes la racine providentielle d’où sortira un auguste rejeton, et que de ce rejeton naîtra une vierge très sainte, la future Mère de Dieu. Nous ne descendrons pas au tombeau avant d’avoir contemplé ces merveilles. Je vous dis en vérité qu'on n’a jamais vu votre semblable parmi les filles de Jéru- ‘salem. Réjouissez-vous donc, noble fille ; car le Sairt-Esprit repose en vous; eb par vous seront bénies toutes les nations de la terre.” A ces paroles, Emérentienne fut saisie d’étonnement: elle tombe à genoux en sanglotant, et dit: ‘‘O Dieu d'Israël, jusques à quand détournerez-vous votre vi-
sage de nous et de nos pères qui sont aux Limbes et qui crient sans cesse vers vous, brülants du désir de voir Celui que jadis vous avez promis par les prophètes? Voilà que nous sommes tombés; qui nous relèvera, sinon vous, notre Dieu tout-puissant ?
Quand passero”s-nous en toute liberté au séjour de la lumière? O Dieu tuut-puissant, quand donc viendra cet Agneau sans tache qui expiera la faute de nos premiers parents et l’anéantira? Quand ce Lion très fort brisera-t-il cette porte d’airain de l’Enfer? Quand chanterons-nous en jubilant :
Voici que notre Sauveur est venu, et toute la noirceur des ténèbres est illuminée! Moi, pauvre vierge, j'en suis c2rtaine, je descendrsi aux Jimbes, chez nos pères, avant que luss ce jour fortuné. Ils ont mené une vie plus parfaite que la mienne. Néanmoius, malgré ma douleur, je me réjouis; car j'ai l'espoir que ceux qui naitront de ma race ne seront plus plongés dans les ténèbres des Limbes, puisque, après mon trépas, s’élèvera une lumière impérissable par laquelle les ténèbres seront éclairées et dissipées.”
Lorsque le vénérable vieillard Archos eut observé diligemment la conduite et le langage de la jeune Emé:entienne, il se réjouit avec elle dans :e Seigneur, et lc
cœur inondé de joie, ils offrirent ensemble à Dieu de sincères louanges.
Cette sainte fille Emeérentienne brillait on effet par la pureté de son regard et la beauté de ses traits. Elle se distinguait certes par l'abondance des biens temporels et la noblesse de sa naissance; mais- elle était plus admirable encore par la probitt de ses mœurs et par l’éclat de ses vertus.
Animée de l'Esprit de Dieu, elle réduisait son corps en servitude par d’austères pénitences, depuis l’heure des Vêpres jusqu’au midi du jour suivant. Elle s'était ellemême astreinte à cette règle de conduite.
Durant trois jours de la semaine, toute sa nourriture et son breuvage ne consistaient qu'en des racines d’herbes dures et amères cueillies dans les déserts o1 dans les champs.
Elle évitait avec soin la compagnie des hommes et des femmes aux allures et aux goûts mondains. La société des personnes spirituelles et surtout des habitants du Mont Carmel adonnés aux exercices de la sainte pénitence était sa seule distraction.
D'ordinaire elle se retirait dans une chambre isolée, afin d’être seule avec Dieu seul. Elle se livrait à-la pratique de la religion ! sans trêve ni repos. Dès l’âge le plis tendre, jusqu’au jour de son mariage qu'elle contracta d’après l’avis de ses amis, elle
mble
lait t la uait orels -elle >bité rtus.
isait Jéniu’au elledite.
e sa ient ères
les
des
ne regarda jamais un homme en face. Cette modestie rendit sa sainteté notoire dans toute la Judée.
Imitons la conduite d’Emérentienne.
Que nos mœurs soient irréprochables et nos vertus éclatantes aux yeux de Dieu et des hommes! N'oublions jamais que le chemin de la pénitence est pour nous pécheurs, le seul chemin qui conduise au bonheur éternel.