‹ La vie de Voltaire [Texto impreso]Chapitre 36 sur 38 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

Deux gens de bien habitaient Verfailles , '

Deux à la fois ! c’était une trouvaille.

AuiÜ chacun était émerveillé;

• Mais tout fripon craint d’être furveillé-

Ch AP. id. 208- ( 29 ) Du Châtelet de Paris & de la Philofophic de la nature.

£e jugement de ce tribunal contre M- de Lisle de Sales, auteur de cette philofophie , était bien dur & les motifs bien, frivoles: qu’on en juge. On lui reprocha d avoir dit:

i°. Qu'il faut adorer fa maîtreffe.

2°. Que les quatre vertus cardinales peuvent être réduites à une feule.

3“. Que le bonheur eft une férié d’inftans voluptueux.

4°. Que la circoncifion eft un outrage à la nature.

Qu’il eft des temps malheureux ou tout homme prend un caraètere , & où le Roi ne parait plus qu’un homme.

On demande à tout homme fenfe , s’il y a là de quoi chaffer un homme de fa patrie , de lui ravir fes biens , de le réduire à la mendicité & au défefpoir.

Il faut fur-tout être bon ignorant pour ne pas favoir qu’il eft des momens , où le Roi ne parait plus qu un homme. Du tems de la ligue , aux yeux des parifiens , qui prirent un très-méchant caradtere , qu’était Henri III ? Moins qu un homme ; car d’après les idées que les prédicateurs leur en donnaient , il leur parut un vrai forcier , un tyran.

Au refte, pendant que M. de Lisle de Sales était dans la geôle du châtelet , il y avait à Paris un fort honnête homme , qui , fans être fon ami , lui rendit de très-grands fervices. Il fe fit fon folliciteur auprès du Parlement, pour faire réformer

NOTES

la fentence qui le condamnait au banniflement. Il lui obtint une efpece de députation de la part de l’Académie Franqaife , les vifites de plufieurs Dames de diftinction , qui allaient le voir dans fa prifon , & l’appeller Socrate. 11 obtint aufli de Voltaire , de lui donner une retraite à Ferney , au fortir de fa prifon.

Le premier aéte de reconnaiflance du moderne Socrate , fut de faire cocu fon bienfaiteur , d'imprimer , en quittant Ferney ., une injure dontre Voltaire.

Chap. XXV. pag. 2io. ()o) Petite anecdote fur le retour de Voltaire à Paris.

Sur la route , le philofophe fe déroba, autant qu’il fut poflible , à tous les honneurs. Il ne put éviter ceux des maîtres de porte. Ils ne le confièrent point à leurs portillons. Ils le menèrent eux-mêmes. Un feul vieux & infirme ne pouvant monter à dheval , après l’avoir recommandé aux foins de fon premier portillon, fonge , lui dit-il, à l'honneur que tu as de mener ce grand homme $ penjes fur-tout qu’en Europe , il y a dix Rois , qu'au monde il n'y a qu’un Voltaire.

Chap- id. pag. 220. ( î 1 ) De la Tolérance.

Prenons , en effet , en preuve de notre texte , la tolérance pour exemple. Voltaire, dans fa première jeuneffe , & dans le tems qu’on fefait une perfécution violente à ceux qu’on nommait janféniftes , ofa écrire que fi les Français étaient fages, ilsfe toléreraient mutuellement: que c’était une fottife de fe perfécu ter pour des opinions. Non-feulement le Gouvernement ne l’écouta pas, mais il crut devoir lui accorder une bonne part dans la perfécution.

Un jeune prince alors enfeveli dans une petite retraite, fyr les bords du Rhin, en lifant les ouvrages de Voltaire, fentit tout le prix de cotte tolérance; il s’en enthoufiafma , & lorfqu’il monta fur le trône, il mena avec lui cette tolérance.

en Prufle , où il n’y a forte de bien qu’elle n’ait fait* Lei catholiques fur tout s’en font très bien trouvés.

DePrufTe, la tolérance palfa avec les écrits de Voltaire en Ruflie, & l’immortelle Catherine II, en l’embraiTant , s’écria: Malheur aux perfc'cuteurs ! Depuis cette époque, tout a profpéré chez elle. Son régné eft devenu le régné des merveilles.

Stanislas II l’appella en Pologne; mais quelques vieux Palatins, tout en marmottant leurrofaire, reçurent la belle voyageufe à coups de fabre. Elle fouffrit en patience tous les affronts que lui firent ces vieux imbécillcs , s’affit tranquillement fur le trône avec le fage Stanislas , & la plupart de fe$ perfécuteurs ont fini par l’adorer.

Le jeune Gujlave III tenant encore plus à des principes de philofophie , qu’aux opinions d’un Martin Luther , mais animé par de fi grands exemples, vient d’établir la tolérance en Suede. Le Souverain Pontife l’en a béni , & il a eu raifon ; car le peu de Suédois qui croient en lui, en fon autorité & en fes reliques , étaient ceux qui avaient le plus befoin d’être tolérés.

11 ferait trop long de dire tous les honneurs que l’Empereur Jofcph II a faits à la tolérance- Il l’a naturalifée en Hongrie , en Bohême, en Autriche & dans tous fes Etats. 11 n’a déclaré la guerre qu’à la fainéantife & à l’inutilité, & cela pour la mieux faire aux Turcs, lorfqu’il en fera tems.

Cette tolérance, établie aujourd’hui dans les deux tiers de l’Europe , peut être regardée comme l’ouvrage de Voltaire. On lui doit encore beaucoup d’autres changemens heureux.

En 1769, il commença à réclamer l’abolition du fervage dans les communautés du Mont Jura. Le Roi de Sardaigne entendit fa voix, & l’année fuivante , ce Souverain proferivit, dans fes Etats , ce reile d’antique barbarie.

NOTES. 2 6 i

Chap. id. pag. 220. (32) Du couronnement de Voltaire, "& du poète Gilbert.

Nous avons une dixaine de gravures fur ce couronnement. On en diftingue une très-belle , & que les amateurs confervent précieufement. On y voit les fpeclateurs dans une efpece d’ivrefle. RI. le comte à' Artois, frere du Roi, le corps à demi élancé hors de fa loge: en regard du prince, font madame la duchefle de Chartres , & madame la duchefle de Cojfc donnant le premier fignal des applaudiiTemens.

Dans un coin de l’eftampe, on a grouppé la figure de quatre à cinq Fréron , dans l'attitude de gens qui proteftent contre ce couronnement.

Le portrait du poète Gilbert, qui parmi une foule de mauvais vers, en a fait une trentaine de bons, y eft fort remarquable. Ce Gilbert était un des ennemis des plus violens de la Philofophie, & en particulier de Voltaire. 11 était penfionné du Clergé & de l’Archevêque de Paris. Après le couronnement de Voltaire, il tomba en frénéfie , onl’enferma à l’hôpital. Revenu à fon bon fens, il fut fi honteux d’avoir été fou , qu’il s’étrangla en avalant une clef, & expira en criant : N’en dites rien aux phïlofophes.

Chap. XXVI. pag. 226. (};lDu cœur de Voltaire & de M. Laborde.

La méchanceté a ofé imprimer que ce cœur était fur une planche de l’office du château de Ferney, abandonné aux hommages de la valetaille.

Ce qui eft incroyable, c’eft qu’un ancien valet de chambre de Louis XV a répété férieufement cette horrible calomnie.

Ce valet-de-chambre eft ce même M. de Laborde , qui en s’en allant en Italie, s’arrêta à Ferney pour rendre fes hommages au philofophe, qui déjeûna avec lui devant fon lit qui enfuite trouva fort plaifant de faire graver ce déjeuner ,

ou figurant au milieu de l’eftampe , il femblait par fa vaite corpulence , vouloir à lui feul attirer tous les regards.

Voltaire, en voyant cette carricature , s’écria : Ma niece , écrivez à M. Laborde que je fuis là comme Lazare à la table du mauvais riche.

Fin des Notes.

table

des CHAPITRES Contenus dans ce volume.

Chantre I.

ÜÜ ntroduction. Page i

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