‹ La vie des eaux [electronic resource]Chapitre 28 sur 50 · EN G III EN · texte numérisé non relu

EN G III EN

nades hygiéniques à Saint-Germain ou à Versailles lorsqu'en 1766 un curé de Montmorency, l'abbé Cotlo, liomme desavoir et d'observation, crut avoir découvert à Engliien, dans un certain ruisseau puant qui, chargé de vapeurs fétidement sulfureuses, n'inspirait que répugnance et nausées aux bons habitants delà commune, une source d'eaux minérales.

0 l'ortimalos nimiuin, sua si bona oôrinl!...

Mais ils ne les connaissaient point alors.

L'abbé Cotte écrivit à l'un de ses confrères, L'abbé Nollet, assez célèbre physicien de ce temps-là, qui fit un rapport à l'Académie des sciences; et cette compagnie savante chargea l'un de ses membres, le chimiste Macquer, d'étudier cette eau et de lui en soumettre l'analyse.

Macquer constata dans la source d'Enghien la présence d'un foie de soufre terreux, et tout de suite mit cette eau sur le même rang que celles d'Aix-la-Chapelle. De nombreux chimistes français, MM. Deyeux, Fourcroy, Péligot, Longchamp, Henri, Frémy, renouvelèrent cette analyse, et les eaux d'Enghien commencèrent d'être prônées et conseillées contre certaines maladies; mais la vogue, malgré le voisinage propice de Paris, fut lente à se déclarer.

Le colonel anglais Hyde-Park, blessé dans les guerres de l'indépendance américaine, se rétablit parfaitement à Engliien ; et il fallut qu'un étranger vînt apprendre aux Parisiens l'existence de la piscine de salut et de santé qui les appelait en vain depuis un si grand nombre de siècles.

Louis XVlll fit la fortune des eaux d'Enghien. L'homme est si frivole et le malade si faible, qu'en tout il leur faut une impulsion fondée sur l'autorité de l'exemple.

Obtenez un arrêt comme il faut que je dorme!

disait Perrin-Dandin, qui, en ceci, était bon juge des superstitions et des débilités bumaines.

Louis XV III, dont les jambes ulcérées nécessitaient de fréquentes et énergiques lotions, usa, à cet effet, des eaux d'Engbien, sur le conseil de MM. Lefebvre et Alibert, et fonda ainsi la prospérité de ces eaux, comme Pierre le Grand avait (sans comparaison) mis en vogue' Spa; madame de Maintenon et le duc du Maine, Baréges; Montaigne, Plombières; madame de Sévigné, Fléchier et d'Aubigné, Vichy; les congrès, Aix-la-Chapelle; et comme ont fait, depuis, madame la duchesse de Berry pour Dieppe; mesdames de Contades et de Rauzon pour Trouville; le roi des Belges pour Ostende; Ibrahim-Pacha pour le Vernet; lord Brougbam pour Cannes; les monarques absolus du Nord pour ïœplitz, etc., etc.

Il paraît avéré que, si les eaux d'Engbien ne procurèrent pas la guérison impossible du podagre auteur de la Cbarte, elles eurent du moins l'effet de prolonger ses jours sceptiques et inertes.

Jadis le lac d'Enghien offrait, aux portes de Paris, tout l'aspect d'une solitude : il ne s'y voyait qu'un moulin à peu près abandonné. En -1821, l'établissement thermal fut fondé, et, à dater de ce moment, l'affluence des baigneurs fut croissante. De charmantes maisons de tout modèle se groupèrent autour du lac limpide (bien que traversé par un affluent d'eau minérale), dont l'œil sonde sans peine les profondeurs, parées d'une riche végétation aquatique, et où le poisson, vif, alerte — il boit de l'eau d'Enghien — semble nager sur un lit d'herbes.

M. Péligot employa une partie de sa fortune à la distri-

bution et à l'embellissement des sources. MM. Longchamp et Biett contribuèrent ensuite ù les mettre en honneur, après eux, M. le docteur Senyttère en fut le médecin- inspecteur. Enfin M. Bouland père, un des fondateurs des Néothermes, entreprit la mise en valeur de rétablissement thermal d'Enghien. A l'aide de sondages, il lit jaillir une nouvelle source minérale; il avisa à relever la température des eaux, qui, n'ayant que de onze à douze degrés Réaumur, n'étaient point thermales, el il les porta artificiellement jusqu'à vingt-huit ou trente, ce qui, à vrai dire, ne peul avoir lieu sans altérer jusqu'à un certain point le principe minéral isateur des eaux.

Une société fondée par actions, pour l'exploitation des sources, ne réussit point commercialement, et c'est par suite de cet échec que l'établissement d'Enghien tomba, en 1849, aux mains de M. le vicomte de Curzay, propriétaire actuel.

L'édifice thermal, construit aux bords du lac, est de goût tout moderne et sans grand style. Le bâtiment est divisé en plusieurs corps de logis séparés par des cours spacieuses et d'agréables jardins. L'un des compartiments de l'établissement a nom les Quatre-Pavillons, et c'est la portion la plus aristocratique et confortable du lieu. Une fort jolie tour, d'environ cent pieds de hauteur, s'élève près de l'établissement, et, sous couleur de monument uniquement calculé pour le plaisir des yeux, remplit une destination utile, celle de réservoir des eaux minérales, qui, de là, se distribuent dans les diverses parties de rétablissement, suivant les besoins des malades. Le logis est pourvu de baignoires de zinc et peut fournir jusqu'à trois cents bains par jour, chiffre atteint dans la dernière saison.

Miniature des lacs suisses, celui d'Enghien est juste dans

les proportions du plus pur opéra-comique. Il mesure environ un kilomètre du sud au nord, et un demi de l'est à l'ouest; la superficie totale en est de trente-cinq hectares. La profondeur varie d'un à cinq mètres, suivant les basses ou grosses eaux. Le lac est encaissé, ici de fascines, là de bordages ou madriers, plus loin d'un revêtement en pierres de taille de trois cents mètres de pourtour. La surface de l'eau est aussi nette que les couches inférieures sont pures et claires; quelques roseaux parsèment seulement les portions les plus incultes du rivage. Trois ruisseaux d'eau vive alimentent le lac; plusieurs sources profondes et des puits artésiens lui apportent aussi leurs eaux.

Tout le pourtour du lac est généralement bien cultivé; et, aujourd'hui, de ravissants cottages, dont les jardins s'inclinent sur la rive, charment les yeux des circumnavigateurs; car la marine est très-active sur le lac d'Enghien, longtemps improprement flétri du nom d'étang, et où l'on ne craint ni les tourmentes du lac du Bourget, ni les bourrasques de celui des Quatre-Cantons. Le but du voyage est une île d'environ soixante-dix ares (deux arpents), naguère désolée, aujourd'hui plantée d'un jardin anglais dans toutes les règles de l'imprévu et du caprice, ornée d'un pavillon antique, dans le goût des ex-temples de Tivoli, échancrée d'un port qui, d'inhospitalière qu'elle était autrefois, la rend aujourd'hui des plus abordables. Une allée circulaire, plantée d'arbres, offre ses ombrages et permet de faire le tour du lac à ceux qui n'ont pas Yxs triplex. La promenade sur ces bords est salubre autant qu'agréable. Le fond du lac, pierreux ou sablonneux, ne peut dégager aucun miasme délétère. Quelques marécages bordant ses rives ont' été assainis par les propriétaires, à la manière hollandaise, par le moyen d'irrigations et de cou-

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pures; el, ce qui prouve la parfaite innocuité des eaux du lac, c'est que le poisson y jouit d'une santé parfaite et est d'un goût exquis, exempt de toute exhalaison vaseuse.

On ignore s'il existe une source mère des eaux minérales d'Enghien; mais le fait est de peu d'importance et ne satisferait qu'une curiosité purement spéculative. La vérité est qu'il y a quatre sources principales desservant l'établissement proprement dit :

La source Cotte, du nom de l'inventeur, ou, pour parler mieux, du révélateur des eaux;

La source de la Rotonde;

La source du Roi, où l'on puisait les eaux pour les jambes de Louis XVIII;

•Et la source nouvelle, qui est celle qu'a fait jaillir M. le docteur Bouland.

Cinq autres alimentent les bains de la Pêcherie, d'une importance secondaire. Elles ont été analysées et reconnues bonnes par MM. Henri et Dupasquier.

L'établissement compte trente baignoires où les eaux arrivent, sans altération et sans mélange, par des tuyaux de zinc.

Toutes les eaux de ces sources sont sulfureuses et froides, et leur maximum de température est de quatorze degrés centigrades. Elles sont administrées en boisson et en bains, en douches et en affusions. On les boit, le matin, aux sources, etl'odorat en est plusdésagréableque le goût. Étant froides et dépourvues de principes volatils, elles peuvent, sans grand inconvénient, être transportées au loin. On les prend ]3ures ou coupées d'une infusion ou de lait. Elles manquent de cette onctuosité désignée sous le nom générique de barégine; mais on y supplée au moyen de gélatine mêlée au bain à plus ou moins fortes doses.

Les affections contre lesquelles elles réussissent le mieux sont la maladie scrofuleuse, les tubercules pulmonaires, certains maux constitutionnels, les douleurs rhumatismales, les maladies de peâu, les affections catarrhales, certaines métrites et certaines névroses du tube digestif.

Stimulantes comme la plupart des eaux minérales, les eaux d'Enghien ont plus de force que ne leur en accordent certains praticiens; et, fort loin d'être neutres, elles occasionnent souvent de graves désordres aux malades qui s'obstinent à les prendre contre l'avis des médecins. Si efficaces qu'elles soient, elles ont pourtant besoin, comme toutes leurs pareilles, d'un agréable appoint, qui est l'absence de soucis, la distraction et le plaisir. « Les eaux minérales, dit Ramond, sont un lieu charmant, où le plaisir a ses autels à côté de ceux d'Esculape et veut être de moitié dans ses miracles. »

Sous ce rapport, les eaux d'Enghien, outre le voisinage de Paris, la ville du globe antispleenétique par excellence, ont peu à envier à des rivales plus célèbres et plus loin taines. L'administration les corrobore de bals, de concerts de promenades sur le lac. L'établissement contient billards cabinet de lecture, salon, lien commun de sociabilité d'où la politique est bannie en temps ordinaire, en tan que subversive et anticurative, et où la danse au piano, u jeu honnête et modéré, d'aimables conversations, la sup pléent avec avantage. C'est, selon l'expression heureuse d M. Réveillé-Parise, le régime du repos et du plaisir. Rie dès lors d'étonnant qu'on aille à Enghien, rien que par façon de divertissement et de détente, comme autrefois on se rendait à Pyrmont, séjour si charmant, que les demoiselles nobles stipulaient par contrat qu'on les y conduirait au moins une fois.

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A pied ou en bateau, le tour du lac d'Enghien est bientôt fait. Mais la belle vallée de Montmorency, dont la température est si égale, l'air si doux, les arbres si beaux, offre un champ vaste aux promeneurs. Elle s'étend à peu près de Saint-Denis à Pontoise, et forme un bassin peu profond, borné au nord par les hauteurs de la foret de Montmorency, au midi par les buttes d'Orgemont et de Sannois. Presque partout abritée contre le vent du nord et celui du sud-ouest, elle n'est ouverte qu'au vent d'est, essentiellement sec et salubre. Aussi n'y connaît-on point les épidémies ; et les grandes perturbations atmosphériques y sont si rares et si vénielles, que les paysans disent que le tonnerre recule quand il est au point d'y tomber. Le docteur Perrochet assure (Notice sur Montmorency) que les nuages se divisent en approchant du centre de la paisible vallée. Elle ressemble à un parc immense coupé par des bourgs, des hameaux et des villes. Les coteaux ne sont pas élevés et les plaines sont peu profondes, double condition qui contribue à la salubrité de la vallée.

Le village d'Enghien est situé tout auprès de rétablissement thermal, auquel il doit, sinon sa création, au moins son agrandissement continu; car ce n'est pas à tort que Pline a dit : Urbes aquse coudant. On se rend d'Enghien à la ville de Montmorency par un chemin montueux que sans cesse sillonnent des caravanes de baigneurs à pied, à âne et à cheval. La ville de Montmorency est le Paris de la vallée : elle n'offre pas de très-grandes curiosités au visiteur, et, à part la vieille église Saint-Martin et le Cheval blanc que Gérard peignit par gageure pour l'auberge de ce nom, on ne saurait vraiment qu'y voir; mais elle représente la civilisation dans ce coin de terre, il est vrai, peu sauvage, et l'on y va, comme de Vichy à Cusset, faire une

promenade à pachyderme et renouveler sa prov ision de cigares. Puis, tout près de là, est cet Ermitage où Rousseau connût les derniers beaux jours dont le laissa jouir son li \ pocondrie farouche; où le propriétaire a eu le l»on goût de conserver religieusement sa table, son bois délit, son baromètre, ses bocaux; où il planta ce rosier et ce laurier qu'après lui son illustre successeur, Grétry, cultiva d'une main pieuse ; où enfin Robesj ierre, à qui était échu l'Ermitage en 95 (il le tenait de Regnauld de Saint-Jean-d'Angély), venait à cette époque s'inspirer du déisme de l'auteur du Contrat social et du Vicaire savoyard. C'est là que le médecin Le Bègue de Presle, l'un des derniers et des plus lidèles amis du philosophe, raconte que. l'étant allé voir un jour, il le trouva qui remontait de sa cave, chargé d'un lourd panier de vin.

— Gomment, lui dit-il, pouvez-vous à votre âge porter un pareil fardeau? Que ne chargez-vous de cet emploi madame Rousseau, plus jeune et plus forte que vous?

— Ah! que vous connaissez peu ma femme! répondit tristement Rousseau ; quand elle va à la cave, elle y reste !

On peut aller aussi d'Enghien à Saint-Gratien voir le château de Catinat, que le propriétaire actuel, M. Davilliers, veut bien ouvrir au public. Par Vallée des Soupirs, on va à Épinay, où le château de la Chevrette reçut tant de fois Y ours mal apprivoisé de Genève. A Sannois et à Eaubonne, on retrouvera encore cbez madame d'Houdetot, à qui il écrivait « de ces lettres qui brûlent et qu'on ne brûle pas, » et qu'on brûla pourtant, 1 impérissable souvenir de cet ours sublime et de son heureux rival Saint- Lambert. La vallée de Montmorency demeure encore tout ' entière sous le patronage de cet immortel et atrabilaire génie.

Quoique nul ne soit, dit M. Isidore Bourdon à propos d'Enghien, prophète en son pays, et que ce charmant séjour d'eaux ne soit plus, grâce au chemin de fer, qu'un faubourg pittoresque et ombreux de Paris, la fortune de rétablissement thermal est maintenant très-assurée. M. Bourdon ne croit pas à la [îvs-grande efficacité des eaux minérales d'Enghien, qu'il répute fort inférieures à celles de Bonne et de Baréges; M. Réveillé-Parise. qui a écrit sur Knghien un spirituel et intéressant petit livre, est d'un avis contraire : de tout quoi nous concluons que le mieux est d'y aller voir.

Bien que propriété privée, l'établissement d'Enghien est placé sous le contrôle du gouvernement. Deux praticiens de talent, MM. Bouland et de Puisaye, y remplissent, l'un les fonctions d'inspecteur, l'autre celles d'inspecteur adjoint.

La petite ville historique de Pierrefonds, située à cent pas de la belle forêt de Compiègne, doit la découverte de ses eaux thermales à un homme d'esprit et du monde, aimant les arts et peintre distingué lui-même, qui se choisit, il y a quelque vingt ans environ, cette agréable retraite. A cette époque, le pays, riche de beautés et de ressources naturelles, mais ignorées, était pauvre et peu visité. M. de Flubé s'y dévoua corps et âme ; et, si la récompense a tardé, tout annonce qu'elle sera digne de l'effort fait, du sacrifice accepté.

En 1846, M. de Flubé trouva clans un coin de son parc certaines eaux dont l'odeur sulfureuse l'avait plus d'une fois frappé, et qui, depuis des siècles, coulaient mystérieusement à fleur de sol, cachées et comme perdues parmi les hautes herbes. Un premier examen ht reconnaître des traces de soufre , de chaux et d'une matière grasse déposée sur le» végétaux recueillis. Quelques

fouilles consécutives amenèrent la découverte de la précieuse nappe d'eau à un mètre de profondeur. L'application en fut faite à des affections chroniques nombreuses, quelques-unes désespérées, de l'estomac, de la poitrine. La plupart des malades se trouvèrent soulagés; plusieurs guérirent.

Un savant chimiste, M. 0. Henry, délégué par l'Académie de médecine, fit l'analyse de ces eaux, dont, sur son rapport, le gouvernement autorisa l'exploitation.

Deux années de suite, les sources furent laissées à la discrétion du public, afin qu'il pût les apprécier; et, de proche en proche, le succès s'établit de façon à contraindre M. de Flubé à aller planter plus loin sa tente, et, faisant place aux buveurs d'eau , à transformer sa riante et vaste habitation en un hôtel de bains, dont l'ouverture a eu lieu le 15 mai 1853.

Pierrefonds , transformé aussi depuis la découverte de l'eau thermale, et animé par les colonies parisiennes qu'y déversent périodiquement en été des trains de plaisir, organisés depuis deux ans , présente maintenant , en ressources et en confort, tout ce qu'a droit de trouver, là où elle daigne se transporter, l'aristocratie baigneuse et touriste. Il y a de bons hôtels dans la ville, outre celui que nous avons déjà nommé. Les familles y trouvent aussi des maisons et des appartements meublés, le tout à des prix honnêtes.

L'hôtel des bains est pourvu d'un beau salon de compagnie. Le logement y donne droit à des promenades et à la pêche sur le lac. Indépendamment de la bibliothèque nombreuse et choisie du propriétaire de cet aimable séjour, on y trouve la quotidienne et plus actuelle ressource des journaux français et anglais. Voulez-voub des

chevaux, des voilures ; faites un signe, et les commodités de la promenade vous seront amenées sur l'heure. On parle toutes les langues dans cette fashionahle posada. « English spoken here, — Hier spricht man dentsch, » n'y sont point une fiction.

J'ai visité, l'année dernière, Pierrefonds, en compagnie de douze ou quinze de mes confrères de la presse parisienne, et par l'occasion charmante d'un train spécial de plaisir qu'avait bien voulu mettre à notre disposition la direction du chemin de fer du Nord.

Partis de Paris à huit heures par le train exprès de Bruxelles, nous étions rendus à Compiègne à neuf et demie, ayant fait cent kilomètres en six quarts d'heure. Là nous attendait un immense char à bancs, attelé de quatre chevaux conduits par deux postillons, qui, remontant au grand trot la jolie ville de Compiègne, nous déposaient peu de temps après en pleine forêt, sous Tune des plus riantes feuillées, où la table dressée nous invitait à un déjeuner de chasseurs servi par le propriétaire de la Cloche, hôtel fort en réputation dans tout le Valois, et qui, sur ce spécimen, nous parut mériter pleinement son renom.

Nous aurions voulu visiter ensuite, mais nous ne pûmes que traverser le magnifique parc attenant au château impérial de Compiègne, où tout se préparait déjà pour le camp du suivant automne. Ces parcs grandioses, ces demeures splendides, si multipliés dans cette belle Ile-de-France, sont un argument monarchique dont je m'étonne que les anciens partis n'aient pas tiré meilleur profit. Leur avantage le plus réel est de prouver aux Français l'utilité d'avoir des princes; car, s'ils n'en avaient pas, qui tuerait ces chevreuils, mangerait ces faisans entretenus à grands frais pour un délassement auguste? Réponse : « Tout le

PIERREFONDS. 257 monde, » me direz-vous peut-être ; mais c'est justement là le mal. On me contait précisément dans ce voyage l'histoire navrante d'un braconnier de Compiègne qui, après Février 1848, se voyant, comme on dit en style politique, débordé dans son innocente et lucrative industrie, se pendit de désespoir. Que n'avait-il, l'infortuné, un peu de patience! Aujourd'hui ses confrères mieux avisés voient refleurir les bénéfices du collet, de la pipée et de l'affût. C'est pour eux que l'on élève, à un louis la pièce, dans la grande faisanderie, ce millier de jeunes coqs que, vienne septembre, ils happeront pour les revendre aux amateurs, au prix très-modéré d'une pistole la paire. C'est tout profit... pour le public. Car, que peut-on tuer dans une chasse princière? Une centaine de faisans tout au plus : beau massacre! Le reste est pour les braconniers, c'est-à-dire pour nous, simples dîneurs, qui n'avons ni faisanderies, ni châteaux, ni parcs.

Nous disons adieu aux faisans argentés, aux faisans de Chine, aux faisans de toutes couleurs; et, les ajournant au carnaval prochain, nous remontons sur notre char, qui nous entraîne à grande vitesse, et nous fait traverser dans toute sa largeur (quatre lieues sur huit d'étendue) la belle forêt de Compiègne. En émergeant de la lisière de cette admirable futaie, nous voyons se dresser devant nous les ruines du géant du Valois, de ce fameux château de Pierrefonds, autrefois la terreur de l'autorité royale, à telles enseignes qu'il fut démantelé sous Louis XIII pour cause de sûreté publique. Ces formidables nids d'aigle qui couvraient alors la France, c'étaient les sociétés secrètes de l'époque, et bien autrement dangereuses que des affiliations campagnardes et des serments plus ou moins ridicules; elles n'allaient à rien moins qu'à annuler partout

le pouvoir monarchique et à constituer autant de petits États dans l'État qu'il y avait de châteaux forts. Mais Richelieu y mit bon ordre; et le château de Pierrefonds, qui, je ne sais combien de fois, avait lenu en échec des armées entières, résisté au comte d'Auvergne, au duc de Nevers et à Henri IV lui-même ; du haut duquel une poignée de partisans titrés dominaient le pays et le pressuraient, fut, non pas démoli, heureusement pour l'art, mais entaillé régulièrement dans ses tours et son mur d'enceinte, mesure qui équivalait à une destruction complète, et mit pour toujours cette terrible et incorrigible ferté hors d'état d'opposer la moindre défense à qui voudrait s'en emparer.

Telles qu'elles sont venues jusqu'à nous, ces ruiner, étagées sur une colline de tout point inaccessible, conservent une grande et poétique tournure, un air de majesté et de force qui les distinguent entre tant de débris épars sur notre sol, et ont déterminé leur classement parmi nos monuments historiques. Deux tours restent debout et entières sur les huit ou neuf qui flanquaient le château autrefois ; la force en est cyclopéenne, et la conservation parfaite. On avait eu le projet de jeter bas le château, et maintes foison Ta repris par spéculation commerciale, après l'avoir conçu par intérêt public: mais, le marteau, la mine et la sape échouant contre ces remparts de granit de quinze ou vingt pieds d'épaisseur, il a fallu laisser debout ces maçonneries gigantesques, aujourd'hui dévolues à l'État, qui les garde et y a effectué quelques réparations à l'aide desquelles on peut descendre dans les souterrains et monter au faîte des tours.

Car il existe sous le château et sous la forêt des conduits mystérieux, en partie comblés aujourd'hui, qui autrefois

reliaient Pierrefonds à Compiègne, et par lesquels la garnison du château faisait de subites irruptions dans tous les lieux d'alentour. On raconte que, pendant la Ligue, Rieux, l'un de ces capitaines moitié brigands, moitié papistes, à qui était confiée d'ordinaire la défense de la forteresse, faillit, par ce moyen, prendre Henri IV s'en allant à Cœuvres voir Gabrielle d'Estrées, et traversant, par une de ces imprudences que seul l'amour des femmes lui fit commettre, la forêt de Compiègne près de Pierrefonds.

Le château actuel n'est pas ancien : il fut reconstruit vers le quinzième siècle par Charles d'Orléans, père de Louis XII, et achevé tant par ce monarque lors de son avènement au trône que par son successeur François Ier. 11 appartient cependant tout entier à l'ordre gothique, sauf quelques rudiments d'ornementation renaissance, notamment dans l'architecture de la chapelle, qui était vaste et qui dut être magnifique, et dans celle des appartements privés. Pierrefonds occupe plus de trois mille mètres de superficie; il peut rivaliser avec le château d'Arqués pour l'étendue et l'importance ; de plus, il est infiniment mieux conservé. Ses ruines, puisque ruines il va, sont toutes neuves; on voit qu'elles sont faites de main d'homme. L'action du temps est plus lente, il est vrai, mais bien autrement destructive.

Du haut de la principale tour, l'œil s'étend sur un panorama enchanteur. Au pied de soi , on a le village de Pierrefonds, réfléchissant ses propres et coquettes villas dans un lac de plaisance, et que surmontent des collines à pente douce, toutes chargées de la végétation admirable de la jeunesse de Tannée. Tout auprès s'étend la magnifique forêt de Compiègne, et, un peu plus loin, celle

de Villers-Cotterets, si proches Tune de l'autre, que l'œil

discerne mal où celle-ci finit, où celle-là commence.

Une pluie diluvienne ne nous empêcha pas de visiter les ruines dans le plus grand détail. Après avoir tout parcouru, bastions, chapelle, tours, souterrains, cachots, sans oublier les oubliettes, ce nécessaire accessoire des châteaux du bon vieux temps, nous redescendîmes au village. Là, de nouveaux plaisirs nous attendaient, grâce à l'aimable et cordiale hospitalité de M. de Flubé, propriétaire du lac, des eaux minérales de Pierrefonds, a peu près semblables, pour la composition et les qualités curatives, à celles d'Enghien, et de l'élégante demeure dont cette petite mer méditerranéenne, d'un kilomètre de pourtour et de deux brasses de profondeur, bat le pied de ses flots limpides. M. de Flubé voulut bien nous accueillir d'une façon véritablement fraternelle. 11 est le roi de ce canton, qu'il habite été et hiver, au développement et à l'embellissement duquel il n'a cessé de consacrer, avons-nous dit, la plus grande partie d'une fortune qu'on dit assez considérable. — Le ciel s'élant un peu rasséréné, nous mîmes à la voile sous sa direction, et nous croisâmes sur le lac autour d'une goélette dont il est l'amiral, et qui nous salua d'une salve d'artillerie, ni plus ni moins que si notre barque eût porté quelque ministre et sa fortune.

La population cependant, tirée de son repos par ces détonations inusitées, se demandaient quels princes ou quels généraux de division lui avaient amené ce rural char à bancs et ces deux postillons splendides. On lui répondit que c'était une charretée de poètes qui causait tout ce brouhaha : elle n'en voulut rien croire. Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

Un praticien distingué de Paris, M. le docteur Jules

PIERREFÔNDS. 261 Giron, est attaché à l'établissement de Pieryefonds comme médecin inspecteur. Les eaux placées sous son contrôle ont, dit-on, plus d'onctuosité et contiennent une plus haute dose de barégine que leurs similaires, les eaux d'Enghien.

Pour se rendre de Pau à Laruns, et de là aux Eaux- Bonnes et aux Eaux-Chaudes, on traverse constamment» par Jurançon, par Bielle, par le val d'Ossau, avec la double pointe du pic du Midi devant soi, le plus magnifique pays. A travers une double haie de collines boisées que surmonte comme un cataclysme de montagnes arides, on arrive par une vallée qui va sans cesse se resserrant, à Laruns, un charmant village, tout entouré de pics et de crêtes aiguës, et dans le très-proche voisinage duquel sont les fameuses carrières de marbre de Loubie Soubiron, aussi blanc, plus dur que celui de Carrare, mais quelquefois traversé par des veines de teinte grise, qui a servi ici aux bas-reliefs extérieurs de la Madeleine et aux statues de la place de la Concorde. Peu après avoir dépassé Laruns, le chemin se bifurque au delà du pont dit de Marbre; les destinataires d'Eaux-Bonnes tirent à gauche; ceux qui se rendent aux

Eaux-Chaudes continuent leur route au sud, par un chemin bordé de précipices qu'il a fallu conquérir par la sape et par la mine, au-dessus du Gave mugissant dans le rocher qui semble à peu de distance barrer tout à fait le passage. Il y a des endroits où le défilé est si étroit, qu'il ressemble à une fissure imperceptible de loin. Mais on ne côtoie plus, presque à pic, le terriblé gouffre du Thoura ou Hourat (mauvais trou), nom que porte aussi la montagne. L'ancienne route, aujourd'hui abandonnée, le contournait, et présentait, soit à la montée, soit à la descente, de certains et vrais dangers, outre celui de descendre tout d'un trait dans l'insondable précipice. L'approche des Eaux-Chaudes est tout à fait grandiose. La route des Eaux-Bonnes traverse, après la bifurcation, le gave de Gabas, sur un pont d'où la vue embrasse avec prestige l'étroite gorge dans laquelle coule le torrent à une effrayante profondeur. Une montée âpre et elliptique conduit à un autre pont de bois qui marque l'entrée des Eaux-Bonnes, un vrai goulet rocheux, avec un autre torrent à son extrémité, qui est celui que l'on traverse.

Le village des Eaux-Bonnes se compose d'une seule rue, que termine une sorte de jardin anglais, et que forment vingt ou trente grands hôtels ou maisons meublées, pouvant contenir à la fois, à la condition de les y bien tasser, de quinze à seize cents habitants. En juillet et août, il est presque impossible d'y espérer le moindre asile. Un mois avant, un mois après, il en était et il en sera autrement.

Bien que ces sources ne soient pas fréquentées depuis longtemps, elles ont depuis nombre d'années un assez grand renom, et c'étaient celles que les soldats d'Henri d'Albret, blessés à la bataille de Pavie et ramenés dans leurs montagnes, nommaient Y Eau d'arquebusade, en mé-

moire et reconnaissance du prompt soulagement qu'ils avaient dû à leur emploi.

La maison du gouvernement, qu'a occupée l'été dernier l'Impératrice aux Eaux-Chaudes, est un assez grand bâtiment sans caractère, qu'avait acquis l'empereur Napoléon Ier pour en faire, à l'exemple de Henri d'Albret, un hospice ou maison de santé militaire. Après d 8 1 5, elle resta aux mains de la commune, qui la passa à bail à un entrepreneur, pour être louée aux étrangers. Depuis un an, elle a été appropriée au service de la maison impériale et l'a été avec goût par les ouvriers et l'architecte qui avaient récemment réparé le château de Pau.

La vie est assez chère aux Eaux-Bonnes et pas très-animée, nonobstant les bals et réceptions d'hôtels garnis. La plus grande ressource est encore dans les promenades, qui sont, on le conçoit, admirables par les aspects magiques qu'elles déroulent en tout sens, et dues, pour la plupart, à la munificence de M. Eynard , de Genève. Par des sentiers en zigzags, on a rendu accessibles aux pauvres malades ces coteaux boisés qui entourent Eaux-Bonnes. Du haut de la butte du Trésor, on commande Laruns et le val d'Ossau. D'autres jolis méandres conduisent aux cascades du Valentin, petites, mais assez gracieuses. Une jolie vallée de hêtres mène à la belle promenade Jacqueminot, à demiheure du village. Enfin Eaux-Bonnes doit à M. Moreau, l'agent de change, bien connu et apprécié pour ses goûts artistes, par une originalité trop rare chez ceux de sa profession et autres financiers, la Promenade horizontale, si précieuse et si agréable aux infirmes, d'où l'on découvre les vais d'Aas et d'Ossau, et qui doit être continuée, assuret-on, jusqu'aux Eaux-Chaudes.

Les personnes infiniment alertes et douées d'un certain

courage peuvent tenter, mais tentent rarement, avec les chasseurs d'ours, d'izards et de vautours, l'ascension du pic du Ger, point élevé de plus de deux mille six cents mètres au-dessus du niveau de la mer, et qui domine les Eaux-Bonnes. — C'est un voyage pénible où l'on est exposé à de terribles tourmentes, mais au terme duquel on est bien amplement dédommagé par la vue d'un panorama gigantesque, qui a pour points extrêmes Pau, le pic du Midi et la chaîne majestueuse des Hautes-Pyrénées, au sud.

Les Eaux-Chaudes, qui, par parenthèse, ne le sont pas beaucoup plus que celles du reste de la chaîne pyrénéenne, sont spéciales contre les rhumatismes, les paralysies et les obstructions abdominales. Elles sont situées sur le gave de Pau, dans la principale gorge de la vallée d'Ossau. Le village, peu considérable, est bâti sur le granit d'où jaillissent les diverses sources, également sulfureuses, au nombre de six ou sept, et dont les principales sont celles du Roi [Ion Rey), ainsi nommées des très-fréquentes visites de Henri IV à cette source, et de l'Esquirette, la plus recherchée après, et la plus chargée de principes minéralisateurs. Il y a ensuite la source Baudot, de découverte récente, et qui passe pour avoir de grandes vertus digestives, et la source Minvielle, par laquelle on combat les névralgies avec succès. Trois de ces sources sont employées en bains dans l'établissement, qui est très-beau, très-complet, renferme de belles et profondes baignoires de marbre, une piscine, des appareils à douches en arrosoirs, en nappes, en lances, (jets aigus), etc., etc. Cet établissement a de plus, sur celui des Eaux-Bonnes, l'avantage d'avoir un salon pour annexe, ou, pour mieux dire, trois salons : un de réunion ou de conversation, un de lecture et un de musique.

Les promenades intéressantes n'abondent pas moins aux environs des Eaux-Chaudes qu'à l'entour des Eaux-Bonnes. Non loin de celle-ci se trouve une grotte (l'inévitable grotte), qualifiée par une inscription que supporte un poteau : Grotte curieuse, et qui appartient à M. le marquis de Castellane. Les Eaux-Chaudes ont aussi leur grotte, plus ou moins émaillée de stalactites et dont l'entrée est soumise à un tarif un peu judaïque. Mais une excursion un peu plus considérable est celle que l'on ne manque guère de faire jusqu'à Gabas, dernier village français du côté de l'Espagne, intéressant par le pittoresque transit des muletiers aragonais, par sa physionomie tout exotique et par un certain vin de Malaga authentique qui ne laisse pas d'avoir son charme. Si l'on veut se livrer à des jouissances plus nobles, on peut escalader le pic du Midi d'Ossau, faire un tour en Espagne, ou même pousser jusqu'aux Eaux-Chaudes de Penticosa, en Aragon; mais c'est un voyage d'au moins quatorze ou quinze heures. On revient aux Eaux-Chaudes (de France), comme on en est venu, par des défilés boisés d'une luxuriance sauvage, et par le pont d'Enfer, bien qualifié, qui rappelle celui de l'acte diabolique du Freyschiltz.

Sa Majesté l'Impératrice, qui a honoré cet été ces beaux lieux de sa présence, y a été accueillie à la fois en souveraine et en ancienne connaissance. Les Eaux-Bonnes l'avaient reçue, il y a quelques années, alors qu'elle n'était encore qu'une personne privée de haut rang, et avaient conservé le souvenir très-vif des grâces affables que les personnes qui l'approchent sont unanimes à reconnaître en Sa Majesté. Il y avait d'ailleurs toutes les raisons du monde pour que la réception faite à l'Impératrice fût chaleureuse et enthousiaste. Un touriste distingué et spirituel,

M. Nicolle, nous apprend (Course aux Pyrénées) que, dès 1850, la forme actuelle du gouvernement paraissait désirée dans ces montagnes. « Monsieur, rapporte-t-il, me dit un politique montagnard, ça ne peut pas durer comme ça; il faut absolument que Napoléon gouverne... Nous ne vendons plus nos fromages ! » — Et il parait qu'on vend aujourd'hui les fromages. On les vend même fort cher, comme tout ce qui se débite dans les Pyrénées, et particulièrement aux Eaux-Bonnes, cannes de buis, petits chiens, fragments de minéralogie, morceaux de stalactites, poupées habillées à la mode du pays, voire vieux sabots et vieux habits (à l'usage des réalistes et des amis de la couleur), dont aiment à se charger certains voyageurs. Nous leur souhaitons, comme appoint et par-dessus le marché, un ample regain de santé.

(PYRÉNÉES-ORïENtALES)

Corvisart, par un mot spirituel et vrai que nous avons déjà cité, rendait hommage à cette grande puissance de tous les âges et de tous les pays qui date ses arrêts du milieu de nous, de ces Français, machines nerveuses, comme les définissait l'Empereur et Roi. Parmi nous, en effet, et sur l'homme malade, comme sur le colosse de santé, la mode ne perd aucun droit. Il y a des remèdes qui guérissent par cela seul qu'ils sont en vogue, et ceci est physiologique. Depuis cent ans, on peut compter, en bien cherchant, dix procédés, dix systèmes thérapeutiques diamétralement différents, tous couronnés, ou à peu près, du même laurier médicinal, récompensés des mêmes cures, honorés des mêmes prodiges. Il ne s'agit que d'y avoir recours au bon moment, qui arrive toujours en France. Du temps de Broussais, on mourait pour vouloir conserver du sang dans ses veines et manger de la viande noire. Aujour-

d'il ni, on se trouve bien, à ce qu'il paraît du moins, de suivre la méthode inverse. On avait cessé de purger, aux grands applaudissements de la foule insurgée contre la médecine Leroy. On repurge aujourd'hui, et avec un succès qu'on nous pardonnera d'omettre. L'homœopathic a guéri je ne sais combien de malades; l'hydrothérapie n'a pas fait moins de miracles ; mais tout cela fléchit un peu : la médecine nous paraît en proie à une certaine anarchie qui se prolonge trop ; et il est grand temps qu'une bonne drogue, bien doucereuse ou bien a mère, surgisse à l'horizon clinique pour apprendre à l'humanité souffrante comme elle doit mourir, et en vertu de quel Codex.

« Où ce préliminaire va-t-il nous conduire? » me demandera-t-on. Je me hâte de répondre : « Aux Pyrénées-Orientales. )) — Si la transition paraît un peu brusque, j'espère la justifier. Pourquoi les admirables sources du Ganigou sont-elles relativement délaissées, tandis que le pic d'Ayre et le cirque rocheux, qui a donné son nom au plus spirituel et au plus élégant de nos dessinateurs, voient les visiteurs affluer par milliers chaque été autour des fontaines sulfureuses, alcalines, auxquelles ils donnent naissanceou qui sourdent à leur entour? Sont-elles moins chargées ou de soude ou de soufre que leurs célèbres concurrentes? Leur effet est-il moins actif, leur exhalaison moins infecte? En aucune façon ; d'une égale puissance, les unes et les autres resserrent assez péniblement le nerf olfactif et cicatrisent les vieilles 'plaies, sans parler de tant d'autres influences confortatives sur l'appareil respiratoire et sur le système nerveux. D'où vient donc entre les premières et les secondes la différence de fortune et de renommée? De la mode, toujours de la mode. Les unes sont fameuses, les autres ne le sont plus, ne le sont pas encore,

et le seront plus tard, gardez-vous au moins d'en douter. Pour ma part, je suis plus las que le rustique d'Athènes à l'endroit d'Aristide, d'entendre toujours invoquer et préconiser Cauterets, Saint-Sauveur, Bagnères-de-Bigorre et Bagnères-de-Luchon, Baréges, etc.; et je veux aujourd'hui vous conduire à l'une des sources les moins connues, mais non les moins salubres, de ce gigantesque rempart qu'éleva la main volcanique de la nature entre la Péninsule et la France, et que n'a point encore abattu, que je sache, le mot altier de Louis XIV.

Les Pyrénées-Orientales sont extrêmement riches en ondes sulfureuses, dont la composition, la vertu, l'abondance, paraissent le céder à peine aux eaux thermales des Hautes et Basses-Pyrénées. « Cependant, dit le docteur James, malgré les travaux d'Anglada, elles sont très-peu fréquentées. » La plus connue est le Vernet, à laquelle Ibrahim-Pacha vint demander en vain, il y a quelques années, le rétablissement d'une santé détruite et d'un organisme épuisé. Puis viennent, par ordre de célébrité, les bains d'Arles, aujourd'hui nommés Amélie, du nom de l'ancienne reine des Français.

C'est sur la rive gauche du Tech, gave rapide et pittoresque, que jaillissent les quatorze sources vantées comme très-spécifiques contre les affections dartreuses, les rhumatismes, les humeurs scrofuleuses et les ulcères, dont le groupe constitue les Bains Amélie. Une, entre autres (la source Maujolet), est, de plus, employée en boisson, d'un effet excellent dans les maladies de poitrine. Elles sont généralement très-chaudes, et la plus élevée en température atteint soixante et un degrés centigrades.

Les Romains, ces baigneurs ubiquistes du monde antique, avaient connu et apprécié ces ondes aimées d'Escu-

lape. Ils y avaient construit non un temple, mais un établissement thermal de proportions colossales et d'une merveilleuse distribution interne. Il subsiste encore aujourd'hui et lutte de commodité avec un autre établissement plus moderne, dont le principal avantage est de distribuer l'eau minérale à chaque étage delà maison, de telle façon que le cabinet de bain se trouve être une dépendance, un appendice de l'appartement du malade.

C'est ici le lieu, je pense, de dire quelques mots du principe essentiel, minéralisateur, que l'on constate dans toutes les sources thermales pyrénéennes, aussi bien au Vernet et aux bains d'Amélie qu'à Cauterets et à Baréges.

On a cru longtemps que ces eaux contenaient un hydrosulfatc mélangé d'acide sulfhvdrique. Mais il est démontré qu'il ne s'y en trouve point, et que le soufre n'y existe qu'à l'état de sulfure de sodium, ce qui rend ces eaux à la fois sulfureuses et alcalines.

On conçoit que cette présence simultanée de principes aussi divergents, jointe au mélange d'autres sels presque tous à base de soude, rende l'action de ces eaux extrêmement active et leur emploi très-complexe. De là la variété, la multiplicité de leurs influences curatives et le grand nombre d'affections auxquelles elles peuvent convenir.

Dans toutes on rencontre, quel qu'en soit le degré de température, une notable proportion de barégine. C'est cette substance azotée qui donne à toutes les eaux sulfureuses naturelles leur onctuosité : elle se dépose au fond des réservoirs en masse limpide, en gelée incolore et tremblante qui offre, dit un bon observateur, de la ressemblance avec le corps vitré de l'œil. On n'y trouve point de traces d'organisation : soumise à l'action d'une chaleur intense, elle se carbonise et dégage des vapeurs ammoniacales.

Telle est la base constitutive, à certaines variantes près, de toutes les eaux pyrénéennes, et par conséquent de la source que nous abordons aujourd'hui.

Nous en avons énuméré les propriétés principales. Il est permis de croire, d'après cette uniformité de bases, que d'autres sources du même groupe ou du même bassin montagneux peuvent les présenter à un degré, sinon identique et égal, du moins approximatif. Mais ce qui assure ou devrait assurer à ces sources une grande supériorité sur les eaux thermales de même composition et de même genre, c'est qu'en raison de la douceur privilégiée, exceptionnelle, du climat d'Amélie-les-Bains, elles peuvent continuer, comme celles du Yernet, d'être mises en usage jusqu'aux premières atteintes et même jusqu'au cœur de l'hiver, avantage précieux, décisif dans un fort grand nombre de cas pathologiques, qui ne peuvent céder qu'à un traitement prolongé et ininterrompu sur les lieux mêmes. Car, dit l'illustre Bordeu, « nos eaux sont comme les habitants de nos montagnes : elles ne quittent pas volontiers leur patrie ; et, lorsque cela leur arrive, elles changent bientôt de caractère. »

Un certain nombre de malades passent donc leur hiver à Amélie-les-Bains, comme au Vernet; et ce n'est pas le moindre spécifique, ni le moindre mérite de ces eaux, étrangères, dans leur vogue naissante, ou pour mieux dire renaissante, à toute fanfare industrielle, à tout protectorat frivole, à tout caprice de la mode.

« Passer tout un hiver au pied du Canigou et sous la roche d'Annibal! » — Et pourquoi non, madame? De grâce, ne tremblez ni de peur ni de froid. Un éternel printemps fleurit parmi ces roches pittoresques. Le Canigou, ce géant blanc des Pyrénées-Orientales, en défend l'approche aux

LES BAINS D'AMÉLIE. 275 vents âpres qui fanent les roses et les teints. Vous êtes ici en Espagne, ou peu s'en faut. Brumaire, pluviôse et ventôse, n'y apportent point de frimas. Cette eau limpide, chère à Apollon, dieu sauveur, est douce au cœur — et au poumon. Tout en recouvrant la santé, vous escamotez un hiver, et quel hiver !

(( — Mais l'ennui ! » — Il ne parait pas qu'on s'ennuie aux bains d'Amélie, fût-ce en janvier. Comptez-vous pour rien ces sites magnifiques, accessibles en toute saison; ces riches plantations d'oliviers toujours verts, c'est-à-dire toujours gris; ces champs fertiles qu'alimentent des rivulets aménagés avec tant d'art, et ce gave torrentueux, et ces visages, et ces costumes, et ces usages catalans, immuables depuis quatre siècles et plus; et ces belles filles brunes, et ces mâles visages, et ces mines sombres, et ces belles forges catalanes; et ce pont de la Palalda, dont la hardie structure et la base rocheuse rappellent, tout aussi bien que le site, le fameux Ei-Kantar a de Constantine; et la roche d'Annibal, qui semble toujours prête à vous écraser dans sa chute, et, loin qu'elle réalise un défi si funèbre, fait couler de ses flancs une source de régénération et de vie; et la vallée de Montalba, et les rives du Mondoni, et mille et une autres merveilles d'une nature primitive, grandiose, sévère et pourtant gracieuse, qui, pour cette fois, n'a rien des torrents, des vallons, des chalets, des auberges, des parcs d'opéracomique !

Que si cet aperçu hâtif, que je pourrais développer à l'infini, ne vous émeut point, peut-être un poète réussira mieux près de vous. Lisez-le : cherchez aux poésies diverses de M. Desabes, ancien député, la longue pièce qu'il consacre aux bains d'Amélie; et, si vous n'êtes point

touché, c'est que vous êtes rebelle à Apollon-Phœbus comme à Apollon médecin. Inspirer un ancien député et même — c'est le poëte qui nous l'apprend — un ancien notaire, ce n'est pas un petit mérite. Le poëme de M. Desabes respire non-seulement la joie d'un malade qui a recouvré la santé, mais l'enthousiasme juvénile d'une âme faite pour s'éprendre des grands tableaux de la montagne, non des mesquines saynètes delà judicature et de la politique, et qui a rompu sans retour avec la double et lourde chaîne de la législation et du notariat. Cette monographie peut à bon droit s'appeler une étude de la nature. Nous y pourrions trouver, d'une humeur chagrine, à reprendre quelques inexpériences d'une langue qu'il faut épeler au berceau, quand d'un essor lyrique on prétend s'élever sur le Ganigou des poètes. Mais le chantre des bains d'Amélie n'a certainement pas de si hautes visées; il n'a cherché dans son sujet qu'un délassement poétique, et il n'a emprunté la langue des dieux que pour initier les trop faibles mortels aux charmes naturels et aux propriétés hygiéniques d'une contrée et d'une source trop peu appréciées de nous. Le poëte a atteint son but, et qui le lira comme nous se sentira attractivement porté, que ce soit en avril, en juillet, en août, en décembre, vers ce creux de rochers où l'hiver est si doux, la végétation si vivante, la vie si bonne et si unie, la tranquillité si profonde et la guérison si facile.

Il est à peu près inutile d'ajouter que les bains d'Amélie sont des eaux de nature peu turbulente, de bonnes petites eaux aussi paisibles que le Gave qui les fertilise l'est peu. Ni le cotillon ni le jeu ne tiennent là cour plénière. Les pontes sont priés d'aller voir, à Hombourg ou à Aix en Savoie, si le banquier y est. Les jambes jeunes —

il en est à Amélie-les-Bains — se maintiennent en vigueur et en agilité à gravir les pics du Canigou, ce monarque des airs, et les contre-forts granitiques qui marquent la limite des deux pays voisins. Quant à la vieillesse, et notre conscience de scrupuleux historien nous oblige de convenir qu'elle y est fort prédominante, elle trouve, dans les soins admirablement entendus dont l'entoure le fermier des eaux, des compensations plus que suffisantes à l'absence de plaisirs vifs, inutiles à cet âge. Un ingénieux et immense calorifère conduit les eaux dans chaque chambre de baigneur. L'hiver, cet autre vieillard morose, en est chassé pour faire place à un printemps à la vapeur.

Un couloir chauffé conduit à la galerie qui couronne les bains, et où règne en tout temps une atmosphère douce, mêlée d'émanations sulfureuses. C'est le promenoir des baigneurs en temps de pluie et de brouillard.

Quand l'étoile du soir pâlit à l'horizon,

Le baigneur sort de table et se rend au salon...

Après la discussion brûlante de rigueur sur les événements du jour, quatre tables de jeu se dressent :

L'homme mélancolique a préféré le whiste,

Et le jeu favori du vieux légitimiste,

C'est l'austère échiquier; dans d'éternels combats^

Et reine et courtisans, cavaliers et soldats,

Châteaux fortifiés, tout tombe, tout expire,

Tout se dévoue et meurt pour le roi, pour l'empire.

Plus loin, quelques baigneurs jouant à l'écarté...

Dans le jeu de piquet, l'avocat, le notaire, Cherchent, trouvent l'ennui d'une épineuse affaire. Ces jeux ne sont ici que d'amusants repos. L'or, sur ces tapis verts, ne coule pas à flots.

Ces lieux sont ignorés des grecs et des habiles, Qui vont chercher ailleurs des dupes plus faciles.

Suit 1(3 concerto d'amateurs :

Au uruit qui, tout à l'heure, ébranlait le plafond,

A succédé soudain un silence profond.

Une divine main, légère, se promène

Sur un parquet mobile et d'ivoire et d'ébène.

L'air ondule et frémit; des sons harmonieux

Ont frappé mon oreille

Il faut convenir, à la louange de notre poète, législateur et baigneur, que Delille n'eût pas mieux dit. Il raille un peu plus loin fort agréablement cette foule de malades dandies, ces affamés de. jouissances,

(Jui veulent rencontrer, au bord des précipices, Des concerts et des bals, des peintres, des actrices...

Prétention assez ridicule, en effet.

Nous supplions d'ailleurs le lecteur de tenir, si ce n'est d'après nous, du moins sur la foi de M. Desabes, la peinture pour authentique.

Les autres sources principales des Pyrénées-Orientales sont le Vernet, déjà cité ; Escaldac, en Cerdagne, utile dans les affections cutanées; Molitg, dont la propriété est analogue : Vinça, bonne en boisson dans les affections chroniques de la poitrine; la Berte, spéciale contre les maladies des reins et de la vessie; Ax, plus riche que Baréges en principes sulfureux et en volume d'eau ; Ussat, dans TAriége, employée avec grand succès dans les affections nerveuses.

Nous terminerons en annonçant, sur Ja foi de notre poète, que

La France, s'imposant de nobles sacrifices, Fait construire en ce lieu de vastes édifices.

C'est fort bien fait à elle. Ces vastes édifices seront un hùpital où les vieux soldats et les blessés de notre armée viendront, aux frais du ministère de la guerre, se remettre de leurs glorieuses fatigues et fermer leurs cicatrices.

Nous applaudissons, avec M. Desabes, à cette bonne pensée, grâce à laquelle nous nous plaisons à espérer comme lui que, puisque

Le ministère en a reconnu la valeur,

Ces bains vont recouvrer leur ancienne splendeur.

Nous n'avons, hélas! que la pierre d'une humble prose à apporter à cette œuvre philanthropique, mais nous la donnons de grand cœur.

NICE - VAL-PESIO

Si Ton veut se former, au sein des révolutions qui, périodiquement depuis trois quarts de siècle, ébranlent et convulsionnent la face de l'Europe, l'idée d'une retraite calme, heureuse, échappant à tous les orages politiques comme à tous ceux de la nature, chacun aussitôt songe à ce petit coin de terre privilégié qu'abritent les Alpes maritimes et que baignent à petit bruit les flots mourants d'une mer éternellement bleue : chacun à l'instant nomme Nice. Là le ciel, toujours doux, n'est parcouru que par des brises molles et tièdes ; là , toutes les végétations s'épanouissent, depuis le sapin sombre des latitudes septentrionales jusqu'à l'agave et au cactus de la brûlante et noire Afrique. Entre ces deux flores extrêmes brille sous le vernis d'un feuillage émeraude la pomme d'or de Mignon : fleurs et fruits, appendus à un même rameau , [tarent et embaument l'oranger et le citronnier en plein vent.

Là, point d'hiver : la poétique fiction du printemps éternel de l'île de Calypso est une réalité. Aussi Nice est-elle devenue dès longtemps la maison de santé de l'Europe languissante, spleenétique ou poitrinaire. Les Anglais notamment, cette brumeuse tribu particulièrement sujette aux maux vagues et innommés pour lesquels un beau ciel et une douce atmosphère sont le meilleur des curatifs, affectionnent et recherchent la jolie ville piémon taise ; ils y ont même accaparé tout un quartier : c'est le faubourg de la Croix-de-Marbre. Voilà plus de cent ans en çà qu'ils y ont élu domicile. Ils y possèdent leur chapelle, leurs médecins et leurs pharmacies spéciales, trois viatiques sans lesquels les errants citoyens du Royaume-Uni ne se transplantent nulle part. C'est à eux que ce quartier, originairement composé d'une seule rue, doit sa beauté et le développement qu'il a pris. La plupart des habitations qu'ils y occupent se prolongent par des jardins jusqu'à la mer; et le joli chemin qui longe le rivage, Tune des plus délicieuses promenades de la ville dans les belles soirées d'été, est, il faut se hâter de l'ajouter, leur œuvre. Ce fut la colonie anglaise qui, durant les hivers de 1822 à 1824, le fit exécuter à ses frais pour donner du pain aux ouvriers sans travail. Voilà une hospitalité noblement reconnue; voilà un de ces traits qui honorent et distinguent la généreuse Angleterre.

Non loin de là s'étend, sur une ligne de quai monumentale, semée de magnifiques hôtels, le beau quartier du Pont-Neuf. Les trois arches de cet élégant ouvrage sont jetées sur le lit très-souvent desséché du Paillon , fleuve torrentueux dont Nice occupe l'embouchure, et qui, dans les saisons d'automne et de printemps , apporte le tribut de ses neiges fondues et écumeuse aux flots de l'immense

nappe azurée. Un peu plus loin est le Pont-Vieux , dans le voisinage duquel s'élève, au milieu d'un quartier tumultueux, un sombre édifice, autrefois le collège des Jésuites; au delà, une belle rangée de platanes conduit, sur un chemin espacé de villas, à la plus neuve et à la plus belle église de Nice, qui en compte un grand nombre : les couvents de diverses invocations et confréries n'y sont pas moins multipliés. Les deux principaux sont ceux de Laghetto et de Saint-Pons, tous deux occupant d'admirables sites, but quotidien des promenades et des pèlerinages de l'étranger.

Mais la partie la plus curieuse et la plus pittoresque de la cité, sans contredit, bien qu'elle en soit aussi la moins régulière et la plus incorrecte, est ce qu'on nomme la vieille ville, resserrée entre le promontoire rocbeux qui domine tout l'amphithéâtre de Nice et les rives du Paillon. C'est un écheveau de rues et de ruelles très-difficiles à débrouiller, et dont les constructions tout italiennes remontent au temps gothique le plus pur. Là, en toute saison et en plein midi, règne un demi-jour moins qu'obscur; et les maisons sont tellement resserrées, qu'à peine deux personnes peuvent s'y croiser sans se beurter. Si par hasard un muletier s'avise, peur abréger sa route, de pousser sa bête de somme au milieu de ce dédale inextricable, heureux sont les passants qui trouvent, pour s'y réfugier, une porte ouverte ou un asile temporaire entre les paquets de chandelles et les balais d'un épicier. C'est dans ce noir quartier qu'est, du soir au matin, le grand mouvement de la ville. C'est là qu'est le marché aux fruits et aux légumes ; c'est là que les bouchers contentent leurs pratiques, et que les magasins de troisième ordre, alignés en ileux longues files, appellent de toutes les séductions de

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