DE LA VIE DES EAUX AUTREFOIS
(Voir dans le volume le chapitre spécial de la Vie îles eaux.)
Il est curieux de lire les plaintes que Boileau adresse à Racine sur les eaux de Bourbon auxquelles ce grand poêle avait élé condamné pour une extinction de voix, maladie qui ne disparut que 'ongtemps après et dont la cause tenait à la délicatesse de sa poitrine. D'abord MM. Bourdier, son médecin, et Baudière, son apothicaire, ne sont pas de l'avis dos demi-bains proposés par Amiot et Façon ; il y a sur ce point une longue discussion entre ces médecins sur un objet aussi minime. Boileau écrit ensuite à son ami : « J'ai été saigné, purgé; il ne me manque plus aucune des formalités prétendues nécessaires pour prendre les eaux. La médecine que j'ai prise aujourd'hui m'a fait, à ce qu'on dit, tous les biens du monde; car elle m'a fait tomber quatre à cinq fois en faiblesse, et m'a mis en un état tel, que je puis à peine me soutenir. C'est demain que je dois commencer le grand œuvre, je veux dire que demain je dois commencer à prendre les eaux. » Que dirait-on aujourd'hui de saigner, de purger ainsi violemment toute espèce de malades avant de commencer le grand œuvre? Dans une autre lettre, Boileau assure, en se moquant, « que les eaux lui ont fait le plus grand bien, qu'elles lui ont fait tout sortir du corps, excepté la maladie pour laquelle il les prend. » Racine l'encourage de la part du médecin Fagon ; il lui promet d'ailleurs que le roi le recevra bien. « Je suis persuadé, lui dit-il en vrai courtisan, que la joie de revoir un prince qui. témoigne tant de bontés pour vous vous fera plus de bien que tous les remèdes. M. Roze m'avait déjà dit de vous mander de sa part qu'après Dieu, le roi était le plus grand médecin du monde; et
je suis même fort édifié que M. Roze voulût bien mettre Dieu avant le roi. » Cependant les soins les plus empressés ne manquaient pas à Boileau ; il le reconnaît et loue ses médecins. « Je n'ai jamais vu, dit-il, des gens si affectionnés à leur malade, et je crois qu'il n'y en a pas un d'entre eux qui ne donnât quelque chose de sa santé pour me rendre la mienne. » Que fallait-il donc ? Une bonne méthode hygiénique, cet ensemble de soins, de précautions que l'on connaît si bien à notre époque, où l'on met l'air libre et pur, le soleil, l'exercice, la bonne nourriture, au nombre des moyens de guérison. Sans eux, on ne peut obtenir que de médiocres effets ; eux seuls suffisent, dans certains cas, pour opérer une guérison complète, ou bien une amélioration marquée.
Il est aussi un point d'hygiène particulièrement étudié de nos jours : c'est le régime le plus convenable à suivre. Il n'y a pas plus de cinquante ans que, dans une foule d'établissements thermaux, les malades pouvaient à peine se procurer les choses indispensables à la vie. Jugez du superllu, maintenant si nécessaire à tant de personnes. Les gens riches autrefois faisaient transporter aux eaux minérales tout ce qui convenait à leurs usages, à leur manière d'être. 11 en résultait que le séjour à ces établissements était aussi dispendieux que désagréable, fatigant et ennuyeux. On y restait le moins possible, en sorte que l'action bienfaisante du médicament restait toujours problématique. Prendre les eaux était une affaire grave, une résolution extrême, une sorte de supplice auquel on ne se décidait qu'après mûr examen, une nécessité trois fois démontrée. On en trouve la preuve dans les vers suivants qui datent de la fin du dernier siècle :
Toujours boire sans soif, faire mauvaise chère, Du médecin Griffet demander le conseil, Voir de mille perclus le funeste appareil, Se trouver avec eux compagnon de misère;
Sitôt qu'on a dîné, ne savoir plus que faire; Éviter avec soin les rayons du soleil; Se garder du serein, résister au sommeil, Kt voir pour tout régal arriver l'ordinaire;
NOt ES.
Quoiqu'on meure de faim, n'oser manger son soûl ; Tendre docilement les pieds, les mains, le cou Dessous un robinet aussi chaud que la braise;
INe manger aucun fruit, ni pâté, ni jambon; S'ennuyer tout le jour, assis dans une chaise : Voilà, mes chers amis, les plaisirs de Bourbon.
Rûveilll-Paiuse, ibidem.
On croyait autrefois qu'il fallait suivre aux eaux un régime des plus rigoureux. M. de Talleyrand, à Bourbon-l'Archambault, renversa des premiers cette fausse théorie par une succulente pratique dont Carême était le grand officiant, et ne s'en trouva pas plus mal.
Le Tasse, dans une lettre à l'un de ses amis (B. Bernardi), a dit :
L'excellenza dei medici consiste, in buona 'parte, in dur le medicine non solo salutifere, ma piacevole.