‹ La vie des fleursChapitre 1 sur 21 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

Introduction.

Si l'idée du bonheur pur , cette douce illusion de la vie 9 vient parfois saisir notre Âme^ ce n est jamais dans les palais de l'opulence que nous plaçons son séjour. C'est dans les champs, au milieu des bosquets, que les oiseaux égayent de leurs douces mélodies ; c'est au milieu des prairies couvertes de fleurs , oii le papillon vient étaler sa brillante parure , c'est sous l'azur du ciel que nous rêvons le bonheur.

Ce bonheur existait sans doute lorsque la terre , parée de sa verdure, sortit des mains du Créateur.

L'homme , sa créature intelligente ^ fut placé au milieu de ces sites enchanteurs , et sa première émotion fut un sentiment d'admiration et de respectueuse reconnaissance*

Que de merveilles devaient alors l'éblouir ! Les montagnes étaient déjà couronnées de neiges resplendissantes ; des eaux pures et murmurantes descendaient de leurs flancs i et les fleurs à peine écloses abandonnaient aux brises leurs plus suaves émanations.

Toutes ces beautés de la création , nous les avons encore sous les yetix. Leur étude est celle de la nature , étude si vaste, si étendue que son domaine est infini comme la puissance de celui qui l'a créé.

Mais l'univers , l'éternité sont à Dieu , et nous n'avons qu'un jour, a La vie d'une fleur » peut remplir un livre si notre esprit peut en saisir tout l'intérêt. Pourquoi ne pas adopter ce titre qui rend notre pen-^ sée? L'apparition des fleurs n'est-elle pas la preuve la plus éclatante de la vie dans ces végétaux nombreux dont la terre est décorée ? La fleur n'est-elle pas le signal du printemps? N'indique-t-elle pas la plénitude de l'existence? N'est-ce pas la fleur qui, en ouvrant le cercle des saisons , appelle ces légions d'insectes qui viennent en bourdonnant prendre leur part du banquet auquel la nature les convie? A peine ces petits êtres ailés ont-ils quitté leur asile , à peine leurs larves ontelles abandonné leurs terrestres enveloppes pour revêtir

Téclat de corolles aériennes , que les chantres de nos bois reviennent aninaer les forêts et chanter leurs amours à l'ombre du feuillage,. Ce mouvement , cette vie , ce réveil de toute une contrée , ne commencent-ils pas par une fleur? Et n'est-ce pas encore la fleur qui , préludant à la graine , assure à la terre sa splendide parure et à rhomme les sources les plus pures et les plus réelles de douces émotions.

Les fleurs nous accompagnent pendant la vie; ce sont elles qui sourient , sur la pelouse ou dans la prairie f aux premières joies de l'enfance ; ce sont elles qui , plus tard 5 vont servir de parure à l'innocence et de symbole à l'amour. Combien de gracieuses pensées , de dous sentiments sont exprimés par les fleurs. Elles assistent hpos fêtes, se tressent en couronnes pour les plus beaux jours de la vie , et quand nous dormons dans la tombe, ce sont encore des fleurs qui nous accompagnent et ne s'éloignent janiais. Si des mains pieuses ne viennent pas déposer près de nous les guirlandes de l'Immortelle , ou couvrir notre demeure des fleurs que nous avons chéries , la nature y place elle-même le signe de l'immortalité.

Les fleurs ont remplacé sur l'autel les sanglantes hécatombes; elles sôtit lé pàrfam de la prière et l'anneau d'alliance qui unit l'homme à la divinité.

C'est donc la vie que je veux essayer de décrire , la vie dans cette partie du règne organique que l'on

croit privée de- sentiment, mais où l'instinct remplace toutes les facultés que les animaux possèdent. Ce sont ces intéressantes métamorphoses que nous allons essayer de poursuivre.

, Observateur fidèle , voyageur attentif , nous allons parcourir la terre , nous égarer dans de ténébreuses forêts , nous asseoir au milieu des prairies , gravir les flancs escarpés des montagnes ou nous reposer dans leurs ombreuses vallées ; nous suivrons pendant la nuit le papillon nocturne sur ses fleurs chéries » et nous attendrons? au retour de Taurore , les perles de rosée que la nuit a déposées sur le riant tapis que le soleil vient encore éclairer.

Nous tâcherons de ne rien oublier dans cet intéressant voyage ; nous atteindrons , dans les montagnes , jusqu'à la limite des neiges éternelles ; nous voguerons sur les lacs bleus, où le règne végétal montre ses plus grandes merveilles , et , non contents de pénétrer sous les arceaux de verdure que les lianes ont formés en étendant leurs guirlandes , nous plongerons nos regards jusque dans TOcéan , où les Algues arborescentes , mollement balancées par les flots , servent de retraites assurées aux habitants des mers que menace la tempête.

A ceux qui voudront bien nous suivre dans ce pèlerinage , nous espérons raconter , chemin faisant , les mœurs de ces tribus végétales , leur naissance et les

soins dont leur enfance est entourée , leur adolescence et leurs amours. Nous rencontrerons , sans doute y des preuves de leurs sympathies ou de leurs inimitiés ; nous assisterons à leurs combats , à leurs défaites comme à leurs victoires. Nous serons témoins de leurs voyages , des ingénieux moyens de transport qu'ils doivent à la Providence ; et si vous voulez nous suivre encore , nous essayerons d'atteindre leurs colonies et de retrouver les points de départ de leur émigration.

Au Veste , nous ne parlons ici que de quelques-uns des incidents du voyage ; nous laissons beaucoup à rimprévUy beaucoup à trouver, beaucoup à admirer. La vie des fleurs est liée à l'existence de tous les êtres organisés ; elle est soumise aux vicissitudes des saisons , aux variations des climats. Elle se développe sous le ciel constellé de la zone torride comme sous l'atmosphère brumeuse des régions polaires ; elle est partout sur la terre , et ses harmonies sont une des preuves les plus évidentes de la sagesse et de la puissance de celui qui préside au mouvement des astres comme à l'épanouissement d'une simple corolle.

La lumière qui se décompose dans les tissus d'une plante et lui donne ses admirables couleurs, ne vientelle pas pour elle d'un astre éloigné de trente-cinq millions de lieues de la terre ? Et si nous pensons à la sève qui circule dans ses vaisseaux , à l'action que les feuilles exercent sur l'air qu'elles respirent ; si nous nous repor-

tons à toutes les métamorphoses que la plante a subies , au développement de tous ses organes depuis la germination de la graine^ nous arriyerons aux questions les plus sérieuses de la science , à toutes les profondeurs de la philosophie naturelle, et jusqu'à la sublimité du spectacle des cieut.

Cherchons donc à comprendre quelques-uns des grands phénomènes de la vie des fleurs. En plaçant lliomme à la tête des êtres de la création , Dieu lui a donné la raison et l'intelligence ; Dieu a donné à rht)mme le sceptre de la terre; il a marqué son front d'un rayon de sa gloire; il l'a rendu impérissable en lui donnant une âme immortelle ; à l'homme seul Dieu a permis de soulever un coin du voile mystérieux qui cache les beautés de la nature , et d'élever jusqu'au ciel le sentiment de son respect et les accents de sa reconnaissance.

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