‹ La vie des fleursChapitre 2 sur 21 · SECOND TABLEAU · texte numérisé non relu

SECOND TABLEAU

I^a cellule, on la création des fleurn.

Dieu se montre partout et ne 5e comprend nulle part. Sa grandeur se révèle dans les infiniment petits de la terre comme dans les astres éblouissants qui peuplent l'univers. Il ne nous suffit pas de savoir qu'un végétal est formé d'une tige , d'une racine, qu'il offre un feuillage varié, des fleurs élégantes > des fruits savoureui et des graines fécondes ; nous voulons coanaitre encore quelles sont les parties constituantes de ces organes , ce qui forme les feuilles , ce qui constitue le tissu de la fleur ; nous voulons, avec l'aide du microscope, atteindre les premiers éléments de la vie, l'origine de tous ces organes , nous arrivons à la cellule.

Il existe dans la nature inorganique des éléments ,

des corps simples qui , par leur combinaison , constituent tous les autres : ces éléments sont en petit nombre.

Avec les lettres de Talphabet qui sont les éléments de récriture et de la parole , nous transmettons toutes nos pensées , nous écrivons toutes les langues.

Les sept notes de la musique livrées à un habile compositeur , deviendront par son génie la base des plus ravissantes créations.

Les dix chiffres de l'arithmétique suffisent à exprimer toute la science des nombres , à résoudre les plus intéressants problèmes.

Nous sommes en admiration devant le génie de ces signes , devant ce petit nombre d'éléments qui produisent de si grandes choses !

Vêlement végétal est encore plus simple. Cet élément , c'est une cellule , c'est une petite vésicule close de toutes parts*; en un mot , c'est la plante élémentaire qui jouit de la vie , qui est organisée pour vivre , et qui pourtant n'est formée que d'une membrane transparente^ incolore, invisible à l'œil nu.

Qu'y a-t-il de plus admirable pour nous que la création des cellules , de ces organismes végétaux qui s'ajoutent à ceux qui existent déjà au moyen d'une force que nous ne pouvons comprendre et qui se disposent suivant des lois qui appartiennent à chaque espèce ! Comment le liquide si varié qui existe dans la cellule

y a-t-il pénétré? Comment s'y est-il modifié pour nous oiîrir les mille couleurs , les mille saveurs , les odeurs , et enfin toutes les propriétés des végétaux ? Et tandis que le microscope nous révèle dans la poussière de la craie d'innombrables carapaces d'infusoires, et nous laisse voir un monde animé dans une goutte d'eau stagnante , il ne nous montre aucune ouverture , aucun pore dans les parois de la cellule , mystérieux laboratoire de tous les végétaux et de tous leurs produits*

La principale différence outre les plantes et les animaux consiste dans l'état particulier de la nourriture. Aucun animal ne peut s'approprier des aliments gazeux; tous les végétaux, même ceux qui sont aquatiques, vivent dans l'air et ajoutent tout au plus quelques aliments liquides à cette nourriture aérienne , tandis que les animaux n'absorbent pas de corps gazeux et rarenoent des aliments liquides. Leur nourriture est ordinairement solide «

C'est ainsi que les principes tous primitivement gazeux des corps organisés se transforment dans les cellules végétales en substances particulières , en sucre, en gomme , en fécule , en cellulose , en huiles , en 9cides divers , etc. , et que ces corps , changés en chair par les herbivores , subissent une dernière transformation dans les animant carnassiers.

Les plantes sont de vrais magasins où s'accumule la

nourriture; elles produisent contiDuellement, et sans cesse, les animaux consomment» admirable et merveilleuse solidarité de tous les êtres de la création.

Que de scènes curieuses nous offre la nature avec les premières combinaisons de cellules ! Les feuilles mourantes des grands végétaux se couvrent de poussière rose ou dorée , où les germes existent par millions; des cellules carminées paraissent sur la neige des montagnes ; le Protococcm nivalis , et sans doute aussi d'autres espèces, teignent de pourpre les abords des glaciers.

Ailleurs , ce sont les élégantes moisissures simulant déjà les formes arborescentes , et présentant dans leur évolution rapide les scènes de destruction et de renaissance que nous offrent les forêts dans la série des siècles. Là c'est un fourré dont tous les individus sont jaunes ou orangés , ici ce sont des bocages aux tiges transparentes comme le cristal et aux cimes verdoyantes et arrondies. Une goutte de rosée les fait naître , un souffle les détruit ; qn fruit qui dépasse la maturité , une tige mourante , un fragment d'écorce en décomposition sont pour elles des supports presqu'élernels , lesquels reçoivent et abandonnent tour à tour des centaines de générations.

Mais arrêtez-vous un instant sur le bord de ce fossé que vous alliez traverser, et qui a retenu Teau d'un orage. Â peine cette eau a-t-elle reçu quelques rayons

de soleil que la vie s'y manifeste ; des cellules vertes se développent y se réunissent bout à bout en longs filaments translucides qui restent suspendus au milieu du liquide; ces filaments se ramifient , ils s'étendent, et bientôt une trame merveilleuse flotte dans cette mare improvisée ; des bulles d'air sont sécrétées par ces plantes , et, soulevées par ces légers ballons , elles remontent et oscillent au moindre vent. Ce sont des Algues ou des Conferves qui simulent aussi des bosquets y des forêts formées de tubes articulés^ de bifurcations ou de verticilles , et qui servent de retraite aux infusoires et bux larves d'une multitude d'insectes. C'est avec des cellules soudées que la nature construit tout ce monde d'infiniment petits et cette population des eaux y aussi admirable que les parterres émailiés de nos prairies et de nos campagnes.

Les cellules se réunissent pour constituer des racines et des tiges ; elles se modifient pour se transformer en vaisseaux ; elles s'étendent en feuillages ^ en corolles brillantes, ou se groupent en fruits savoureux.

Là c'est une plante imperceptible qui vit en parasite sur un végétal languissant ou qui se développe et se multiplie rapidement dans les eaux ; ailleurs , c'est le géant des forêts, lé Cèdre, le Chêne ou le Palmier? c'est la fleur éclatante des Nymphéacées , le groupe bizarre des Orchidées, le gaion des prairies ou la Pâquerette du printemps ; ce sont toujours des assem-

blages dç cellules , un ou plusieurs ordres de combinaisons ; formation d*axes et d'appendices , situation variée des feuilles , des pétales et des autres organes^ puis enfin dispositipns symétriques des individus sur le même groupe.

Chaque organe doit remplir les fonctions auicquelles il est destiné ^ sans que le végétal privé de volonté puisse s'y soustraire ou modifier les plans du Créateur. La plante ne peut s'opposer à l'allongement de sa tige , au développement de ses racines , à l'apparilion de ses feuilles ^ à l'épanouissement de ses fleurs ^ à la maturation de ses fruits , à la dispersion de ses graines. Â chacune des époques fixées par les saisons ^ ces métamorphoses auront lieu , et chaque année le même cercle d'évolutions recommencera. La plante ne pourra pas davantage changer les propriétés des principes immér diats qui doivent s'accumuler dans ses tissus. La cellule qui f dans la canne à sucre , va créer un liquide sirupeux , formera un principe amer dans la Gentiane et dans le Quinquina. La cellule qui sera remplie d'adde dans un fruit éloigné de la maturité , contiendra plus tard du sucre parfumé^ ou plus tard encore de la fécule ou toute autre matière.

* Mais l'homme lui-même avec sa volonté , avec son intelligence et sa raison , l'homme avec son âme divine ne peut non plus s'opposer aux battements de son cœur y aux mouvements intérieurs de ses viscères , à la

sécrétion des liquides par les glandes. Il ne peut inter* vertir Tordre des fonctions ni faire sortir les larmes des glandes salivaires ^ ni la salive des glandes lacrymales.

De même qu'il existe dans l'espace des réunions d'innombrables étoiles que les astronomes désignent sous le nom de nébuleuses ^ de même l'assemblage d'innombrables cellules constitue un végétal.

De même que les nébuleuses offrent des formes variées dues sans doute à des lois dérivées de l'attraction , mais que nous ne connaissons pas , de même les cellules reliées entr'elles par des rapports de symétrie que nous voyons sans les comprendre , donnent naissance aux organes ^ puis en dernier lieu aux êtres variés qui constituent le règne végétal.

Pan9 chaque nébuleuse les étoiles ont leur existence indépendante autour de chacun de ces lointains soleils , et les planètes subordonnées ont aussi une existence qui leur appartient.

Si l'ensemble des cellules forme un tout déterminé ^ avec sa forme particulière ^ s'il existe dans la plante comme dans l'univers des lois de subordination et de symétrie , il n'en est pas moins vrai que chacune des imperceptibles cellules qui composent une plante ^ a sa vie propre comme chaque étoile d*une nébuleuse , comme chaque planète d'un monde.

N'est-ce pas une chose admirable que cette vie partielle et parfois indépendante d'un organisme si petit

que nous avons be^tn d'un microscope pour le découvrir? et pourtant cet être infiniment petit , est formé de deux membranes , Tune extérieure , c'est la mem" bimane cellulaire, l'autre intérieure et constituant Tw^rt- , cule primordial. Cet utricule est le laboratoire microscopique dans lequel la nature opère sa plus haute chimie, cette chimie physiologique qui , le plus souvent, ne devient sensible à nos sens que par ses résultats. Ainsi la cellule plongée dans les liquides de la végétation y puise son aliment , et absorbe les éléments qui doivent concourir aux modifications incessantes*qu'elle leur fait subir pendant la vie. La matière verte des feuilles s'y dépose en granulations ; le riche coloris des pétales est créé dans les cellules ; ce sont elles qui élaborent le pollen et les parfums des fleurs. La cellule rejette certains corps, elle s'en assimile d'autres , elle natt« elle vit et travaille sans cesse , elle se reproduit et elle meurt. Il n'est pas d'existence plus. active, mieux remplie que celle d'une cellule.

Ici se présente maintenant la puissance de l'association , le jeu d'un grand nombre de cellules ; c'est la vie de la plante , laquelle n'est que la réunion de toutes les cellules qui la composent et qui obéissent dans leur groupement à des lois inconnues pour nous. Cette vie spéciale des cellules est sans doute admirable , mais elles font plus encore , elles se multiplient et se métamorphosent. Leur existence est souvent éphémère et la

reproduction est d'une incroyable activité. Une cellule est bientôt remplacée par plusieurs autres auxquelles elle a donné naissance; celles-ci se multiplient rapidement à leur tour ^ et nous pouvons citer des chiffres prodigieux qui nous prouvent que cette vie intérieure et invisible surpasse en activité toutes les forces de la nature perceptibles à nos sens et toute la vie apparente de la surface du globe.

Le nombre de cellules qui existent dans une plante est quelque chose d'incroyable; la rapidité de leur développement étonne l'imagination la plus hardie. Lindiey a calculé que certaines feuilles qui se développent très-vite , comme celles des Lupins , augmentent d'environ 2,000 cellules par heure. Admettons seulement cette quantité pour chaque jour et pour chaque feuille des arbres de nos forêts ! A-t-on compté les feuilles d'un Hêtre ou d'un vieux Chêne ; a-t-on supputé les brins d'herbe de la prairie, les touffes de la Bruyère , les frondes des Fougères , les tapis immenses de Sphagnum qui cachent les marais des régions septentrionales de notre hémisphère? Connait-^on le nombre des arbres d'une forêt et l'étendue de la surface terrestre ornée de ces magnifiques associations de végétaux ? Multipliez donc ce nombre journalier de cellules par celui des feuilles d'un arbre , ce dernier par le nombre des arbres , puis continuez de multiplier par e nombre et l'étendue de toutes les forêts du globe,

vous élèverez ainsi ce chiffre à une telle puissance , que la génération actuelle tout entière , occupée à augmenter par des un chiffre primitif aussi élevé que possible (9) , ne parviendrait pas à en exprimer la réalité.

Mais ne croyez pas que ce développement de cellules se borne à étendre le feuillage que développe le printemps ; les millions de fleurs qui éclosent sont formées de cellules transparentes et remplies de sucs colorés qui donnent aux corolles des nuances et des teintes si variées , et un nombre infini de cellules naissent souvent pour un jour, pour quelques heures seulement.

Contemplez un moment Taccroissement et la maturation des fruits » la rapidité avec laquelle quelques-uns d'entr'eux grossissent! N'avez-vous pas remarqué ces fruits énormes de Gucurbitacées , ces citrouilles » ces potirons, dont le poids augmente de plus d'un kilogramme par jour? Un kilogramme de cellules! Hais ce sont des milliards si nous essayons de traduire en nombre ce poids qui est au-dessous de la vérité. Jungius cite un champignon , le Lycoperdon giganteum,, qui en une seule nuit parvint de la grosseur d'une noisette à celle d'une gourde assez volumineuse. Le calcul de la dimension des cellules , appliqué à la grosseur acquise et divisé par le nombre d'heures de végéta-^ tion f lui donna le chiffre de soixante-sii millions de cellules par heure , et un total de quarante-sept mil-

Kards poar une seule nuit. Ne sait-on pas qu'à l'automne le sol des bois se couvre de champignons à rapide croissance , que tes feuilles mêmes où les cellules ne se développent plus deviennent les supports d'innombrables parasites. Que l'on réfléchisse donc un instant à l'immensité de ce travail de la vie qui occupe toutes les saisons, toutes les plantes, tous les animaux, la terre entière ! Que Ton pense à ces astres nombreux, à ces planètes visibles ou inconnues sur lesquelles le Créateur a placé comme sur la nôtre la preuve irrécusable de sa toute^puissance ! Et qui peut encore dire le nombre de ces corps célestes , dépassant peut-être le chiffre même des cellules que l'année développe sur la terre? Mais n'allons pas plus loin dans ces infinis et dans ces mystérieuses profondeurs dont l'homme a besoin de s'approcher quelquefois pour humilier son orgueil ; oublions l'individualité de la cellule pour étudier les tableaux que ses associations vont nous ofTrir.

La cellule organique , première base , premier élé-* ment de tout être vivant , est l'anneau qui rattache l'atmosphère è la terre, l'océan des airs à l'océan liquide qui enveloppe le globe. La cellule trouve dans l'air les éléments inorganiques dont elle est formée. Elle les réunit, non par l'attraction et l'affinité qui sont les forces de la nature inanimée , mais par la puissance de vie qui lui permet d'organiser la matière et d'en former spontanément un être vivant.

La contemplation de la nature nous habitue dès Tenfancé à toutes ces merveilles , à tous ces miracles , à ces nombreujses métamorphoses; mais quand , plus tard , nous cherchons à pénétrer le mécanisme des fonctions des plantes » ou , comme nous l'avons dit , la vie de la fleur, nous restons étonnés de la simplicité des moyens » du petit nombre d'éléments employés^ et de la variété , de la beauté des résultats obtenus.

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