‹ La vie des fleursChapitre 11 sur 21 · QUATORZIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME TABLEAU

De la soetabllité den flenrii.

Tous ceux qui ont observé la nature ont remarqué dans les plantes , comme dans tes animaux , des espèces qui vivent isolées et d'autres qui se réunissent entr'elles et constituent des sociétés plus ou moins nom^ breuses. Dans les aniniaux , on aperçoit souvent les causes de ces associations ; elles ont un but déterminé» et Ton croit y découvrir quelques lois qui découlent de rinstinct ou de Tintelligence des êtres qui les composent. Ils travaillent en commun ou ils chassent ensemble ; ils reconnaissent une autorité qui les gouverne, ou réunissent leurs efforts pour se créer une habitation commune ou pour voyager avec plus de sécurité. D'autres animaux fuient leurs semblables par gène, par ja-

lousie ou pour vivre plus commodément d'une manière égoïste. Aucune de ces causés ou de ces apparences ne peut être invoquée pour ou contre la sociabilité des végétaux , et cependant , on trouve des espèces constamment isolées et d'autres qui sont toujours réunies.

Nous remarquons surtout la sociabilité dans les végétaux ligneux. Des forêts de nos climats sont entièrement ou preçqu'entièrement composées de Ghéneçy de HétreSy de Bouleaux, de Pins sylvestres ou de Sapins. Ailleurs y ce sont des fourrés de Trembles, de Saules ou d'autres espèces arborescentes.

On conçoit qu'une espèce, trouvant, dans certaines localités , les conditions d'existence les plus favorables à son développement, multiplie ses individus au détriment des autres végétaux, les chasse et les éloigne, en quelque sorte ^ par droit de conquête ; mais telle n'est pas toujours la cause de la sociabilité.

Le mode de dispersion des graines ne paratt pas non plus avoir beaucoup d'influencesur ces réunions. Nous ne voyons pas que les plantes dont les graines sont munies d'aigrettes , par exemple comme les Chardons, les Valérianes, ou d'ailes membraneuses comme les Ormes, les Frênes i les Érables^ les Pins et les Sapins^ vivent plus dispersées que les autre»» Les Bruyères et les Orchis ont des graines très^fines que le moindre souille peut enlever ; les premières se ras-

semblent en nombreuses tribus , et les seconds vivent disséminés et souvent isolés.

Cette multitude d'individus d'une même espèce, d'où résultent des flores locales extrêmement restreintes f semble augmenter vers les régions froides et diminuer au contraire dans les pays chauds. Les plantes sociales 9 dans ces dernières contrées , y sont moins communes y mais en revanche les espèces distinctes y sont plus nombreuses et plus variées. On peut cepen» dant citer les Bambous , le Convolvulus brasiliensis , et ces Mangliers qui , soulevés sur leurs puissantes racines f couvrent les rivages marécageux des grands fleuves du Nouveau-Monde.

Si f au contraire , on avance vers le nord » il semble que la nature ait voulu se dédommager du peu de variété qu'elle apporte dans ses œuvres , en multipliant à Texcès les individus qui les représentent.

Ces plantes sociales ont, relativement aux autres, une très-grande importance ; elles donnent l'aspect au paysage , déterminent son caractère et souvent le colorent , en diverses saisons, de teintes uniformes, douces ou éclatantes , qui nous sont données par la verdure des forêts, par les fleurs dorées des Renoncules, par la nuance rose de nos Bruyères. Ailleurs , c'est le rouge de nos Coquelicots , l'azur de nos Bleuets ou de nos Campanules, et la teinte dorée de nos mois^ns.

Aussi chacune de ces plantes sociales a reçu un nom

vulgaire particulier ; chacun connatt un Geuét , un Ghéne^ une Marguerite , toutes plantes sociales , et les personnes qui ne sont pas initiées à la botanique ne savent à quoi rapporter une Pyrole ^ un Ophrys, un Botrychium^ etc.^ etc.

La recherche des causes, si attrayante dans Tétude des mœurs des végétaux , semble , au premier abord » interdite dans le sujet qui nous occupe , car dans les mêmes lieux où nous voyons TOphrys nid d'oiseau et la Pyrole uniflore vivre isolés et dispersés ^ nous foulons des tapis étendus d' Aspérule odorante et de^ fragiles Oxalis.

C'est principalement au mode de reproduction et à l'envahissement de certaines espèces vivaces que nous devons les plantes sociales. L'uniformité d'une contrée est aussi une des causes qui tend le plus & favoriser la multiplication d'une espèce aux dépens des autres. Ainsi les landes , les grandes forêts , les pelouses et les plateaux étendus y sont les principales stations delà sociabilité. Les plantes sociales sont comme des peuples vainqueurs qui détruisent peu à peu les tribus faibles qu'ils envahissent , et les forcent à se réfugier dans des lieux qui sont inaccessibles pour eux. On peut donc trouver les motifs de la sociabilité, dans les régions tempérées et surtout dans les contrées polaires, non, comme on l'a dit, dans la nécessité qu'éprouvent les végétaux de se serrer pour éviter Faction du froid , mais plutôt

dans runiformité de structure et de composition du sol /dans le petit nombre d'espèces propres à ces régions et dansTabsence des plantes annuelles. Ces dernières , bien que sociales, ne constituent guère que des associations éphémères , excepté pourtant dans les pays chauds. Ainsi , il est peu de plantes aussi sociales que les Garduacées ; il en est peu qui profitent avec autant d'habileté et d'assurance des travaux de l'homme et des terres qu'il abandonne. Tantôt ces plantes s'étendent sur les ruines , sur les berges des chemins» ou bien elles envahissent le sol des nations déchues, comme on peut le voir dans presque toutes les tles de la Grèce ; 4ant6t elles paraissent avoir habité toujours d'immenses contrées où leurs individus serrés repoussent , comme des cohortes armées , toute invasion étrangère. Les pampas de la Plata, la Palestine, les terres de l'Afrique septentrionale , nous montrent cette multitude de Garduacées , ou plutôt le nombre iminense des individus de quelques espèces qui forment dans ces lieux des fourrés que le fer et le feu sont souvent impuissants à détruire. G'est seulement dans les pays chauds que les Garduacées prennent un tel développement ; elles fuient les régions du nord et s'y éparpillent , et plus loin encore , elles disparaissent tout à fait.

Ge n'est donc que dans les végétaux ligneux et vivaces qu'il faut chercher les grandes associations , et encore lessociétéç composée9 de ces djeroiecs. ont-elles

plus àt cfaaœiB^ 49 duré^ que les forêts. On rencontre parmi eux des espèces souterraines qui habiteot à des profondeurs variables » et qui, ^mblables aux plante» submergées 9 laissent chaque année leurs fleurs sortir de terrQ pour s'épanouir dans Tair atmosphérique. Leurs tiges » très-étendues , très-ramifiées par suite des bourgeoqs qu'elle^ émettent , sont horizontales ou inclinées , trèfr^loogues y et les groupes que constituent ces plantes paraissent au premier abord formés d'un grand nombre d'individus. Tels sont les Carex , les PresleSf les Typha^ etc., etc. Leurs tiges, toujours cachées dans le sol, ne sont pour ainsi dire sujettes i aucune espèce d'accidents dans les terrains non cul«tivés , et dans ceux-ci elles peuvent tout au plus ôtre divisées ep plusieurs tronçons dont chacun conserve et multiplie se^ germes et son existence.

Il peu{t SI9 f^ire que toutes les Presles d'une prairie humide fassent partie d'un même pied dont la tige marche et avance sous terre dans toutes les directions, donnant naissance chaque année è des bourgeons qui paraissent au jour, soit pour développer des feuilles , soit pour épanouir des fleurs. On remarque même, dans ces singulières plantes , des faits de spécialisation semblables à ceux que l'on trouve dans certains genres d'insectes. Le même pied de Presie produit des individus stériles , munis de nombreux organes appendiculairesp uniquement destinés à la végétation. Ce sont

les poorvoyeiiri âe ta souche c^mnimie ; ils sont privés d'organes de la géDération. D'autres , an contraire, délivrés de tons soins d'existence » ne paraissent qu'un instant. Nourris par la société » leurs fonctions sont de reproduire Tespëce , de livrer au vent leurs germes légers I puis ils disparaissent pendant que les individus stériles continuent de jouir longtemps encore d'une existence utile au tronc commun» La société était indispensable h des êtres remplissant des fonctions dif** férentes et ne pouvant se suffire à eux-mêmes. Nous voyons les mêmes faits se reproduire sur nos arbres fruitiers dont plusieurs bourgeons donnent des fleurs et d'autres du feuillage.

Nous venons de reconnaître la tendance qu'ont cer«» taines plantes à se rapprocher pour vivre en société , c'est-à*dire , entre individus de la même espèce. Nous allons maintenant voir les espèces s'associer pour Yt«vre ensemble , quand elles ont les mêmes goûts , les mêmes habitudes. L'association n'a donc , comme on le voit» presqu'aucun rapport avec la sociabilité. C'est, pour ainsi dire, un état inverse ; car, plus les plantes sont sociales, plus elles excluent les espèces étrangères qui cherchent à se rapprocher d'elles et à profiter des mêmes stations.

On rencontre dans les plantes des intimités très* remarquables ; ainsi un joli Aster à fleurs bleues {As-ter Amellus) vit avec le Linosyris aux corymbes oran^-

gés [Linosyris vulgaris). Chaque fois que h première de ces espèces existe , Tautre n'est pas éloignée ; mais rinverse n'a pas également lieu. Le Linosyris vit souvent seul, loin de la présence de V Aster. '

Une charmante Primulacée, YAnagallis tenella nous montre ses corolles délicates près des frêles gazons de la Campanule à feuilles de lierre ( Vahlenbergia hede-rifolia)f dont les clochettes bleues contrastent avec la couleur de chair des fleurs de VÀnagallis. Mais la Campanule peut aussi vivre seule sans se soucier de sa fidèle compagne.

Le Bouleau, le Myrtille, le Genévrier croissent souvent ensemble. Les plantes aquatiques ont aussi leurs sympathies. Cependant le nombre des espèces qui font partie de ces grandes réunions est, en général, peu considérable. Habituées à la conquête d'un sol qui présente toujours les mêmes éléments , elles excluent une foule de plantes accidentelles, et les steppes, ainsi que les savanes et les bruyères sont toujours pauvres en espèces et riches en individus. Le climat et là latitude, qui ont une si grande influence sur la variété du tapis végétal , n'exercent plus cette action. Les steppes de la Sibérie nourrissent plus d'espèces que les steppes de l'Amérique é^quinoxiale , et nos plaines , couvertes de Bruyères et de Genêts , ne le cèdent pas aux mers de verdure des contrées les plus chaudes, par la variété des types qui les composent.

Le degré d'humidité » Taltitode et les conditions d'une même station ^ appellent nécessairement toutes les espèces végétales auxquelles ces conditions conviennent , et si le nombre de ces plantes est » comme nous venons de le dire , très-souvent limité, cela tient à des causes particulières.

La présence d'une espèce dans une contrée » quand cette espèce est commune et caractéristique, entraîne» presque toujours d'une manière certaine , la présence de plusieurs autres, et ce sont là les conséquences naturelles de l'influence des stations dans lesquelles des espèces très-différentes trouvent leurs moyensd'existence.

Il ne suffit pas d'avoir reconnu que certaines espèces associées forment des groupes que nous avons remarqués depuis longtemps et qui ont même reçu des dénominations vulgaires , il faut encore admirer le contraste de ces associations. Ainsi personne ne mettra en doute la beauté d'une forêt et la majesté qu'elle imprime au paysage ; mais si , tout à coup , on arrive sur la lisière de la futaie et qu'une prairie tout émaillée se déroule à nos yeux , la sensation que vous éprouverez en voyant à la fois le bois et la prairie , l'un silencieux, formant d'épais ombrages, l'autre animé de nombreux insectes bourdonnant sur ses fleurs et luttant avec elle d'éclat et de coloris, cette sensation sera plus vive que celle inspirée par la vue de la forêt seule ou de la prairie isolée.

Maintenant opposons à la forêt de Tautre côté de la prairie un coteau couvert de Bruyères et teint en rose par leurs fleurs multipliées^ cette association nou« velle augmentera Tintérét que nous présentent les autres. Ajoutons 9 disséminés sur les Bruyères j là quelques Bouleaux à l'écorce satinée et aux branches débiles ; plus loin , des groupes de Sorbiers couverts de leurs fruits écarlates , et la beauté du paysage nous frappera plus vivement. Ainsi voilà des associations qui y parleurs contrastes , éveillent en nous lé sentiment de l'admiration.

Tout cela cependant n'est dû qu'à la réunion de plantes différentes ou de nombreux individus de la même espèce. Si ^ par la pensée , nous ajoutons on rui{!seau dans la prairie, la fraîche végétation des eaux vives pour embellir ses méandres ; si nous plaçons quelques rochers couverts de mousses veloutées , sur lesquelles l'eau s'épanche en filets argentés ; si nous dispersons sur ce paysage les perles de la rosée , les reflets de l'aurore ; si nous le plaçons sous un ciel d'azur ou sous des nuages de pourpre , la variété des objets nous attirera vers ce charmant séjour, et personne ne contestera que la beauté d'un tel paysage ne soit une source de pures émotions.

QUINZIÈME TABLEAU, Les voyages des fleurs.

Le paysage nous présente fine foule de tableaux des plus variés et des plus saisissants ; nous les devons à la végétation qui couvre le sol et qui s'y distribue se« Ion certaines conditions*

Cette végétation varie selon les climats , selon les latitudes et selon la hauteur au-*dessus du niveau de la mer* C'est ainsi qu'il y a des plantes européennes, des plantes américaines , d'autres qui vivent sous la zone torride et un plus petit nombre qui s'avance jusque dans les régions polaires. On dit alors que telle espèce habite l'Europe» l'Amérique, la zone torride ou la zone glaciale. Mais indépendamment de sa patrie, chaque plante a dans cette même patrie sa station de prédilection.

Ainsi telle espèce recherche Fombre des forêts, telle autre vit au milieu des prairies. Les champs ont leur parure , les haies et les buissons ont aussi leur brillante société ; les eaux sont animées de fleurs éclatantes , et rOcéan a ses parterres comnie les glaciers des montagnes.

Toutes les plantes qui ont les mêmes tendances , les mêmes mœurs, les mêmes habitudes se réuniront donc dans les mêmes lieux où elles trouveront les mêmes conditions d'existence, et elles donneront naissance à des associations particulières. La station , représentant l'ensemble des conditions qui appartiennent à une localité, accepte certains végétaux et repousse les autres.

La réunion de toutes les espèces d'une station dans la même contrée constitue une association végétale. On comprend que le paysage est d'autant plus beau , d'autant plus pittoresque , que les divers genres de stations sont plus nombreux.

Les forêts ont un charme tout particulier ; mais si des prairies viennent s'y interposer , si des ruisseaux déroulent dans ces prairies leurs gracieux méandres ; si plus loin des coteaux bornent l'horizon et se montrent , au printemps , dorés par les fleurs des Genêts, à l'automne , empourprés par les Bruyères , nous aurons toujours les beautés de la forêt sans en avoir la monotonie.

La station forme les grands traits de paysage , et souvent son aspect est dû à un très-*petit nombre de plantes répétées à l'infini , comme celles que nous venons de citer pour les coteaux du centre de l'Europe , comme les Romarins et les Lavandes pour la Provence', les Cistes pour les maquis de la Corse y etc.

Si nous supposons par exemple un pays neuf, portant du sein des eaux par suite d'un soulèvement , ou s'élevant des profondeurs de la terre par une commotion volcanique , il y aura des stations vierges qui , après quelques années , seront peuplées de végétaux. Essayons f avant de décrire chacune des principales stations des plantes , de suivre un instant la nature dans la diffusion des espèces sur la terre. Recherchons les moyens de transport qu'elle a mis à la disposition des fleurs ; accompagnons-les dans leurs voyages et dans leur marche envahissante. Nous avons assisté à leurs combats , à leurs conquêtes et à leurs défaites; maintenant que la paix semble régner dans l'empire de Flore f nous essayerons d'en parcourir les plus belles provinces.

Les plantes ont plusieurs manières de se déplacer : elles voyagent jpar^^rre, par eau ^ par Vair^ et elles se font transporter par des animaux et par l'homme lui-même. Quelques-uns de ces moyens sont extrêmement lents f d'autres sont assez rapides pour que certaines espèces aient atteint déjà le bout du monde.

Noos examinerons successivement chacun de ces moyens de trabsport.

Admettons d'abord la plante dans son point initial de création » dans le centre où iDieu l'a placée pour la première fois » dans son paradis terrestre. Ne nous inquiétons pas si la même espèce est sortie d'un seul paradis ou de plusieurs, mais voyons comment cette plante f située sur un point de la terre , a pu s'étendre au loin; et» sans vouloir pénétrer les secrets de la Providence , qu'il nous soit permis de rechercher les lois qu'elle a établies et les moyens dont elle s'est servie pour orner la terre de ses plus riches productions.

Cette espèce , placée dans son centre de création » va se reproduire » et puisque ses conditions d'existence sont aussi favorables que possible j elle sera bientôt entourée d'une postérité nombreuse, qui, ne pouvant s'emparer du sol occupé par ses ancêtres , rayonnera tout autour et dans toutes les directions.

Au bout d'un certain temps , cette plante , devenue très-nombreuse en individus , sera arrêtée dans son émigration ou plutôt dans sa dispersion , par des obstacles divers qui pourront dépendre , ou de la configuration du sol ou du climat , et les individus , trèséloignésde leur paradis , ne pourront plus vivre aussi bien que dans le centre qui était leur patrie primitive ; ils languiront et n'offriront pas les caractères de force et de vigueur de leurs premiers parents. Au delà de

€68 limites » où déjà leur existence e^t une latte continuelle , ils ne pourront plus vivre. Une ligne qoi tonobérait tous les individus les plus éloignés du centre de création et qui formerait ainsi une courbe fermée» certainement très-irrégulière , tracerait Tatr^ <i'«âtpai»ioir ou de dispenion de cette espèce.

On conçoit que cette aire ait peu d'étendue pour une plante très-délicate et qu'elle soit au contraire trèsgrande pour une espèce vigoureuse. Quelques tégé« taux occupent un point sur la terre , d'autres ont en* ^ahi la moitié dti globe.

Admettons maintenant qu'une autre espèce , éga* lement placée dans un centre de prédilection , se reproduise et s'étende comme la première, il pourra ar« river > si les deux centres ne sont pas très-éloignés l'un de l'autre , ou si l'espèce est très-vigoureuse » «pie les limites des deux aires de dispersion viennent à se rencontrer.

De deux choses l'une : ou ces plantes s'excluront et s'arrêteront en se cantonnant chacune dans ses limites, ou bien elles s'accepteront réciproquement, et les deux aires empiéteront l'une sur l'autre. Si ^te dernière circonstance se présente , il peut encore arriver deux choses : les deux espèces vivit>nt en bonne intelligence 9 partageront le terrain , el pourront arriver , quoique issus d'un paradis différait ^ à confondre leurs deux patries et à y vivre associées.

Oa biea , l'une d'elles, plus forte et plus robuste» mélangée d'abord à la plante dont elle aura usurpé le territoire , finira parla détruire et par s'y substituer.

Ce qui a lieu pour deux plantes peut se présenter pour trois , pour quatre et pour un nombre considérable f de sorte que les aires de dispersion d'un grand nombre d'entre elles sont aujourd'hui confondues. Le nombre d'espècea mélangées constitue la flore d'une contrée , le nombre des individus en forme le tapis végétal.

Il entre dans les attributions de la géographie botanique de rechercher le point de départ de chaque espèce et la circonscription de leur divagation autour de ce point primitif , de signaler leurs associations constantes, leurs luttes et leurs écarts ; enfin , de connaître, autant que Dieu nous le permet, le plan de la dissémination primitive.

Chaque plante a donc son paradis, son point cen« tral, duquel elle part et rayonne, jusqu'à ce qu'elle arrive à une limite extensible, selon les circonstances qui se présentent. Le nombre des individus de cette plante diminue peu à peu vers cette limite. Il est rare que leur marche soit horizontale; elle suit les inégalités du sol, elle s'élève ou s'abaisse des montagnes aux plaines et occupe une aire dont l'étendue et les inégalités sont toujours difficiles à déterminer.

Pour effectuer ces transports , les plantes emploient^

comme nous Tavons dit , les voyages par terre, par l'eau » par l'air ou par les animaux*

Le Yoyage par terre est ordinairement le moins rapide y mats le plus sûr. L'espèce se propage de proche «n proche , par les graines qui tombent par leur propre poids on que l'élasticité des fruits dissémine autour d'eux. L'extension peut avoir lien par des rejets rampants qui s'enracinent à une petite distance comme dans la Bugle» le Fraisier; par des racines aériennes qui descendent des branches et constituent des générations nouvelles autour du tronc principal , comme dans certains Figuiers et plusieurs arbres des régions tropicales.

Quelquefois ce sont des tiges souterraines qui s'étendent en tous sens , envahissent le sol , et il n'est pas rare de voir ainsi des individus nés d'un seul pied et couvrant une grande étendue de terrain, comme cela a lieu dans les Typha, les Carex, les Equiselum, etc.

Enfin f il est un mode de transport moins rapide encore y c'est celui qui a lieu par bulbes ou tubercules naissant toujours du même côté. Les Orchis nous en montrent des exemples. Le tubercule de rOrcfaismftIe s'avance ainsi en se renouvelant toujours de 1 mètre en 30 ans, en sorte quMI lui faut environ 30,000 ans pour faire un kilomètre* Le Colchique se propage de même dans les prairies; aussi un ruisseau, un fossé l'arrête dans sa lente progression.

Les voyages par eaa s'exécutent plus vile ; ce sont d'ailleurs presque toQJours des eaux courantes qui eotraioeot les graines/Iet Iralbiiles, et souvent des piaates eutièrea qui peuvent aio» étendre au loin leufs colonies. La terre » en effets offre un immense résea« de ruisseaux et de rivières. Pendant leur long tnjet , ces comrs d'eau arrosent des terrains très-divers* Celte dr^ cttlation étendue a la plus grande importance m point de vue des voyages* Les rivières, a dit Pascal , sont des chemins qui marchent , ei les plantes savent en profiter. Non-seulement les plantes aquatiques , celles qui ornent le bord des ruisseaux , mais encore tes es* pèces des terrains secs , peuvent être entrsftnées par l'eau, atteintes par des inondations ou dispersées par les eaux pluviales.

L'expansion géographique d'un grand nombre d'espèces est donc liée à la multiplicité, à la puissance ^ à la rapidité des cours d'eau.

Presque tontes les graines , et souvent même des germes détachés des végétaux vtvatits, peuvent flotter pendant longtemps, ou voyager submergées. Il existe, du reste, un grand noinbre de graines dont la ferme ou les appendices perniettentia navigation, et qtri peuvent voyager très-loin dafM la plus grande sécurité. Celtes qui plongent n'ont pas une telle pesanteur que le courant ne puisse les emporter et les déposer aiHeurs dans la vase ou sur des rivages hospitaliers.

Dans les inondations périodiques des grands fleuves de la zone torride , dans les débâcles des grands courants des régions polaires , dans les débordements accidentels de nos rivières, une foule de graines se trouvent dispersées , et tous ces moyens concourent à décentraliser les types et à les disséminer sur un espace toujours plus étendu.

Les graines qui abordent et qui appartiennent à des végétaux terrestres y peuvent ensuite se propager de proche en proche , et s'étendre par voie de terre jusqu'à ce qu'elles rencontrent des obstacles matériels ou des conditions contraires à leur existence.

Lorsfpie Ton parcourt les hautes chaînes de montagndls f on est étonné de la quantité d'espèces que les torrents entraînent vers la plaine^ en les forçant chaque année de descendre bien au-dessous de leur station privilégiée. Ces espèces , il est vrai, périssent souvent avant d'atteindre les points les plus bas; mais chaque année les voyages se renouvellent, et les mêmes causes amènent les mêmes résultats.

La navigation des plantes s'étend aussi sur les mers, et leurs graines profitent comme nous pour leurs voyages des courants de l'Océan et de ceux de l'atmosphère. Les germes déposés dans les eaux peuvent être portés à de grandes distances. Les flores des lies sont là pour le prouver. Ces flores insulaires sont proportionnellement plus pauvres que les flores des continents

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sous les mêmes parallèles ^ et cette pauvreté est d'autant plu^ grat^de que les ttes sont plus éloignées de la terre ferme.

Les germes des plantes mollement couchés dans leurs berceaux ne s^abandonnent pas toujours seuls BU gré des ragues et des courants ; ils ont aussi leurs navires et leurs traîneaux, et sont soumis comme l'homme lui-même aux chances de la navigation et aux périls du naufrage.

Dans les régions polaires comme sur les plateaux élevés des montagnes , la neige qui descend en étoiles régulières ou en cristaux groupés , ne tarde pas à perdre ses formes et elle se change en une masse granuleuse que Ton nomme nevê. C'est un état particulier de Feau, intermédiaire entre la neige et la glace. Mais bientôt le nevé se transforme en véritable glace, et Ton voit descendre des hautes vallées des montagnes de longs fleuves congelés qui arrivent jusque dans la plaine. Ce sont les glaciers^ nappes immenses, aux crevasses couleur d'émeraude oud^aigues-marines, aux obélisques de cristal et aux voûtes transparentes. Des vallées très-longues sont encore occupées par des glacîtt^ qui s'éloignent jusqu^à 15 kilomètres de leur point de départ.

Le glacier n'est pas immobile; il avance, lentement il est vrai, mais il avance. Il part de la partie haute d'une vallée ou des plateaux des montagnes pour des-

cendre dans un point assez bas ponr que la glace puisse fondre. II est alimenté par en haut , il diminue par en bas.

Voilà donc un moyen de dispersion et de transport pour les graines et même pour les végétaux tout entiers. Que les semences des plantes des Alpes tombent sur un ne\é ^ elles finissent , après un laps de temps qui pourra très-bien atteindre ou dépasser un siècle » par arriver à l'extrémité » et si les conditions de vie leur conviennent encore » si , comme tout doit le faire supposer , à cause de la température de la glace des glaciers » les graines ont conservé leur vertu germinative , elles pousseront à une certaine distance de leur point d'origine. Le glacier pourra d'ailleurs livrer ces germes au cours d'eau qui s'échappe toujours de son extrémité » et les graines iront atteindre les bords de l'Océan, et même des lies ou de nouveaux rivages, se trouvant ainsi dans la condition d'un homme qui commencerait un long voyage en traîneau , et qui le con^ tinuerait au loin sur un fleuve et sur l'Océan. Nonseulement les glaciers peuvent transporter des graines de cette manière , mais ils peuvent aussi charrier des végétaux tout entiers avec le terrain qui les supporte.

Les fragments de rochers détachés tombent avec leur végétation sur le glacier qui les conduit lentement à leur extrémité* Là, en efFet, se rassemblent sous la forme d'une barrière transversale tous ses débris ap-

portés par la glace. Celle-ci disparaît i en donnant naissance à un cours d'eau ^ et tous les matériaux qu'elle a apportés forment un ensemble , une sorte de digue , connue sous le nom de moraine frontale. Les plantes ont été amenées avec la moraine ; elles peuvent vivre dans ces nouvelles demeures, car la présence de la glace y maintient leur climat habituel, et si elles ne sont pas par trop dépendantes de ces conditions locales f elles peuvent aussi abandonner leurs graines au torrent, et peupler les plaines de leurs descendants.

L'étude des glaciers nous conduit à reconnaître qu'à une époque peu éloignée de la nôtre , ils avaient une extension bien plus grande , et que des neiges plus abondantes , causées par un climat plus chaud et une évaporation plus active donnaient à leurs glaciers une telle alimentation, qu'ils occupaient en entier de trèslongues vallées , au fond desquelles ils sont aujourd'hui rélégués. Des moraines^ des roches polies, etc., constatent d'une manière irrécusable cette extension, qui n'est, du reste, qu'une conséquence forcée du climat plus élevé qui régnait à cette époque.

Or, ces glaciers agissaient sans doute autrefois comme aujourd'hui , seulement leur sphère d'action était plus étendue et la dissémination qui reconnaissait cette cause devait avoir lieu sur une plus grande échelle.

On trouve très-souvent à une grande distance des glaciers actuels , de gros blocs de roches diverses qui reposent sur un sol tout à fait différent et que Ton regarde comme les restes de moraines frontales ou latérales d'anciens glaciers. L'étude des gisements fait découvrir que ces roches ont été arrachées à des terrains très-éloignéSy puis transportées sur les points où elles se trouvent aujourd'hui. Leur volume est quelquefois si considérable que de nombreuses espèces ont pu très-bien habiter ces blocs de roches et voyager avec eux dans toute l'étendue du trajet. C'est , plus en grand ^ la répétition des* phénomènes de transport que nous venons de voir opérer en petit par les glaciers contemporains.

Il est un fait digne d'être remarqué « c'est l'étendue de dispersion que cette cause peut amener. On sait que des blocs très-nombreux , déposés jusqu'au sommet du Jura , proviennent du fond du Valais , et qu'ils ont traversé la plaine suisse et la longue vallée du Rhône. On sait que des blocs^ existant sur les côtes de l'Ecosse/ n'ont leur origine que dans les montagnes de la Scandinavie.

Il est bien dilBcile, dans ce dernier cas, d'admettre des glaciers assez puissants pour avoir été les agents de ces mystérieux transports ; il vaut mieux accepter la théorie des glaces flottantes. Rien de plus naturel que de supposer sur les côtes de la Norvège des gla-

cierâ qui viennent verser dans TOcéan des montagnes de glace portant des rochers entiers avec leurs habitants^ montagnes qui viennent échouer sur des rives étrangères. Ne voyons-nous pas de nos jours d'énor* mes montagnes de glace se détacher des terres les plus boréales! Ces masses flottantes descendent lentement vers des latitudes plus basses » et si les unes font naufrage durant la traversée , il en est d'autres qui abordent I et dont le navire échoué se détruit en laissant ses passagers sur une nouvelle patrie*

Si nous nous reportons è Tépoque de l'extension glaciaire » dans ce temps peu reculé oh la Scandinavie et la plupart des terres polaires amenaient leurs gla« ciers jusque sur les bords de l'Océan ^ et y versaient leurs moraines^ nous nous rendrons compte très-facilement de cette dispersion si remarquable des espèces boréales, et nous devons même supposer que si l'élévation de température ne s'y était pas opposée , ces mêmes espèces auraient envahi une partie de la terre. L'émigration par glaces flottantes est peut-être celle qui peut franchir les plus vastes espaces , surtout à l'époque où les glaces dominaient , et où leurs masses immenses pouvaient résister plus longtemps encore à l'action dissolvante des mers» où Tabondance des glaces devait tempérer la chaleur des eaux.

Mais s'il e^ des fleurs assurées d'un navire pour leurs excursions lointaines , il en est aussi dont l'air

entraîne et balance les berceaux » nacelles admirables destinées à parcourir cette enveloppe légère dont la terre est entourée. Quelquefois c'est le soir que le berceau fragile prend sou essor ; la brise l'emporte sous un ciel empourpré des dernières lueurs de l'occident; et il reste suspendu sous les nuances changeantes des nuages vaporeux que le vent dirige vers les mêmes rivages. Le berceau mobile est entraîné dans les plaines de Tair où la splendeur de la lune verse en abondance les flots nacrés de sa lumière. II passe sur les voûtes épaisses des forêts et se balance encore quand l'iris , montrant ses couleurs pures , lui annonça qu'une pluie fécondante descend sur la terre et prépare les campagnes à iéter son adolescence.

Vous les avez vues cent fois» ces voiles soyeuses que Tair soutient. Si le calme parfait règne dans l'atmos-» phère » elles descendent lentement pour s'enlever encore au moindre souille , ou bien, chassées par la tempête» elles disparaissent rapidement è nos yeux, comme ces astres errants qui apparaissent un instant et s'enfuient près des mondes innombrables qui peuplent l'empyrée.

Souvent dans les belles matinées d'automne , alors que le soleil a dispersé la rosée , la voile du berceau rencontre dans l'Océan des airs le tissu neigeux d'une imperceptible araignée qui se confie comme la graine aux courants aériens. Ils voyagent ensemble» et» par-

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fois saisis par l'orage ^ la même goutte d'eau les précipite sur la terre.

Mais ce n'est pas seulement dans les plaines de l'éther que le berceau de la fleur est exposé au naufrage ; il va maintenant lutter sur la terre , et , semblable à Taéronaute qui cherche le lieu de son abordage f le sol peut lui refuser son appui , et la nacelle, comme le berceau de Moïse , peut errer longtemps sur les eaux.

Un petit nombre d'animaux seulement se trouve au service de l'homme pour ses transports et ses voyages ; les plantes ont , sous ce rapport^ un nombre infini d'auxiliaires. La conformation des graines ou de leurs enveloppes est souvent adaptée à ce genre de transport. Plusieurs d'entr'elles ont des crochets , des poils recourbés, de petits appendices qui les font adhérer aux poils des animaux, et leur permettent ainsi de voyager très-loin.

Les oiseaux et les insectes sont encore des messagers rapides qui se chargent de tous les transports. Bien que ces derniers soient plus aptes à transmettre les messages d'amour qu'à soutenir les berceaux des fleurs , il n'en est pas moins vrai que plusieurs d'entr'eux se chargent également de la dispersion des plantes. Il en est qui abandonnent le soir les eaux pures ou dormantes dans lesquelles ils nageaient sous les feux du soleil pour prendre un essor rapide dans l'at-

mosphère » et des graines adhérentes à leur corps humide peuvent changer comme eux de séjour et de contrée.

La classe si nombreuse et si variée des oiseaux est évidemment celle qui contribue le plus à l'expansion géographique des espèces. Ces animaux peuvent emporter les germes adhérents à leurs pattes ou à leurs plumes ; ils peuvent ingérer des. semences et les rendre intactes à de grandes distances. Il existe même des espèces qui » pour continuer leur existence ^ ont besoin du concours des oiseaux. L'exemple du Guy parasite, aux graines pesantes et charnues , est connu de tout le monde. Les Sorbiers, les Myrtilles atteignent, dans les régions polaires , des latitudes où leurs fruits ne mûrissent plus et où leur végétation ne se soutient que par l'incessante activité des oiseaux.

Une graine plumeuse , emportée par la plus violente tempête , peut à peine être chassée avec une vitesse de trente lieues à Theure ; il est des oiseaux qui en quatre heures traversent la France tout entière. Ce sont donc des messagers plus rapides que le vent.

La plupart des oiseaux qui , en dehors de la zone torride et des contrées chaudes de la zone tempérée , se nourrissent d'insectes et de graines , sont forcés , pour vivre , d'effectuer chaque année de lointaines migrations. Ils opèrent ces voyages avec rapidité , passant sans difficulté au-dessus des montagnes les plus

élevées ^ où les neiges et les champs de glace sont des obstacles pour eux faciles à frauchir. Ils traversent des bras de mer très-étendus et profitent des îles comme de relais, où les germes déposés par eux peuvent être repris plus tard et entraînés plus loin.

Tandis que les vents , régnant pendant les diverses saisons de Tannée , portent les semences des plantes dans certaines directions qui sont généralement les mêmes, les oiseaux au contraire engagent leurs voyages sur des lignes opposées. Dans leur migration , ils marchent presque toujours en remontant les courants aériens. Atteints en automne par les vents chauds du sud , qui viennent dans la région polaire remplacer la masse d'air contractée par le froid , ils s'avancent dans la direction de ces courants attiédis et transportent vers de plus basses latitudes les productions du pays qu'ils habitaient.

Frappés au printemps par les vents da nord qui rayonnent du pôle quand le soleil revient en dilater Tatmosphère, ils se rappellent leur séjour de prédilection , et , suivant la zone qui leur apporte la fraîcheur, ils retournent dans leur première patrie , emportant les graines des lieux où ils ont passé leur exil. C'est ainsi , par ces voyages continuels et rapides , que les échanges s'opèrent entre les îles et les continents , entre les plaines et les montagnes , entre les régions du nord et les contrées du midi ; et si l'on se rappelle que le temps

qui nous manque est constamment à la disposition de la nature , et qu'une seule graine peut couvrir la terre de ses générations ^ on sera convaincu de Timportance des animaux dans la distribution géographique du règne végétal.

L'homme lui-même s'est joint ^ sans le vouloir ^ à ces nombreux voyageurs chargés de semer les fleurs sur le globe tout entier. Il a été chercher le Coquelicot pour égayer ses champs , le Bleuet pour les embellir^ et il ignore leur patrie comme celle du Blé qui le nourrit y comme celle du Chien qui le sert et qui l'aime , comme celle du Mouton qui lui donne sa toison.

Voyageur infatigable, les fleurs l'ont suivi sur les terres les plus éloignées. Les plus humbles ont été ses plus fidèles compagnes. Aux confins du monde ^ dans une tie déserte de la mer du sud , les naviga* leurs ont retrouvé notre Mouron sur la tombe d'un Français. Symbole de la patrie absente , la faible plante avait suivi l'exilé* Seule elle est restée fidèle , et bien loin du sol où existe son berceau , sa petite fleur blanche et étoilée rappelle au rayon du soleil qui la fait édore, que nous trouvons toujours une patrie , mais que nous n'avons pas toujours un ami.

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